Ms C
As noviças e os irmãos missionários
Ma Mère chérie, je vous ai rappelé le premier travail que Jésus et vous, avez daigné accomplir par moi ; ce n'était que le prélude de ceux qui devaient m'être confiés. Lorsqu'il me fut donné de pénétrer dans le sanctuaire des âmes, je vis tout de suite que la tâche était au-dessus de mes forces, alors je me suis mise dans les bras du bon Dieu, comme un petit enfant et cachant ma figure dans ses cheveux, je Lui ai dit : Seigneur, je suis trop petite pour nourrir vos enfants ; si vous voulez leur donner par moi ce qui convient à chacune, remplissez ma petite main et sans quitter vos bras, sans détourner la tête, C 22v je donnerai vos trésors à l'âme qui viendra me demander sa nourriture. Si elle la trouve à son goût, je saurai que ce n'est pas à moi, mais à vous qu'elle la doit ; au contraire, si elle se plaint et trouve amer ce que je lui présente, ma paix ne sera pas troublée, je tâcherai de lui persuader que cette nourriture vient de vous et me garderai bien d'en chercher une autre pour elle.
Minha Madre querida, recordei-vos o primeiro trabalho que Jesus e vós vos dignastes realizar por meio de mim; não era senão o prelúdio dos que me deviam ser confiados. Quando me foi dado penetrar no santuário das almas, vi logo que a tarefa estava acima das minhas forças; então me pus nos braços do bom Deus, como uma criancinha, e, escondendo o rosto nos seus cabelos, disse-Lhe: Senhor, sou pequena demais para alimentar as vossas filhas; se quiserdes dar-lhes por meio de mim o que convém a cada uma, enchei a minha mãozinha e, sem deixar os vossos braços, sem virar a cabeça, C 22v darei os vossos tesouros à alma que vier pedir-me o seu alimento. Se ela o achar a seu gosto, saberei que não é a mim, mas a vós que ela o deve; ao contrário, se ela se queixar e achar amargo o que lhe apresento, a minha paz não será perturbada, procurarei persuadi-la de que esse alimento vem de vós e me guardarei bem de buscar outro para ela.
Ma Mère, depuis que j'ai compris qu'il m'était impossible de rien faire par moi-même, la tâche que vous m'avez imposée ne me parut plus difficile, j'ai senti que l'unique chose nécessaire était de m'unir de plus en plus à Jésus et que Le reste me serait donné par surcroît. En effet jamais mon espérance n'a été trompée, le Bon Dieu a daigné remplir ma petite main autant de fois qu'il a été nécessaire pour nourrir l'âme de mes soeurs. Je vous avoue, Mère bien-aimée, que si je m'étais appuyée le moins du monde sur mes propres forces, je vous aurais bientôt rendu les armes... De loin cela paraît tout rose de faire du bien aux âmes, de leur faire aimer Dieu davantage, enfin de les modeler d'après ses vues et ses pensées personnelles. De près c'est tout le contraire, le rose a disparu... on sent que faire du bien est chose aussi impossible sans le secours du bon Dieu que de faire briller le soleil dans la nuit... On sent qu'il faut absolument oublier ses goûts, ses conceptions personnelles et guider les âmes par le chemin que Jésus leur a tracé, sans essayer de les faire marcher C 23r par sa propre voie. Mais ce n'est pas encore le plus difficile ; ce qui me coûte par-dessus tout, c'est d'observer les fautes, les plus légères imperfections et de leur livrer une guerre à mort. J'allais dire : malheureusement pour moi ! (mais non, ce serait de la lâcheté) je dis donc : heureusement pour mes soeurs, depuis que j'ai pris place dans les bras de Jésus, je suis comme le veilleur observant l'ennemi de la plus haute tourelle d'un château fort. Rien n'échappe à mes regards ; souvent je suis étonnée d'y voir si clair et je trouve le prophète Jonas bien excusable de s'être enfui au lieu d'aller annoncer la ruine de Ninive. J'aimerais mille fois mieux recevoir des reproches que d'en faire aux autres, mais je sens qu'il m'est très nécessaire que cela me soit une souffrance car, lorsqu'on agit par nature, c'est impossible que l'âme à laquelle on veut découvrir ses fautes comprenne ses torts, elle ne voit qu'une chose : la soeur chargée de me dirigée est fâchée et tout retombe sur moi qui suis pourtant remplie des meilleures intentions.
Minha Madre, desde que compreendi que me era impossível fazer qualquer coisa por mim mesma, a tarefa que me impusestes não me pareceu mais difícil; senti que a única coisa necessária era unir-me cada vez mais a Jesus e que O resto me seria dado por acréscimo. De fato, nunca a minha esperança foi enganada; o Bom Deus se dignou encher a minha mãozinha tantas vezes quantas foi necessário para alimentar a alma das minhas irmãs. Confesso-vos, Madre bem-amada, que, se me tivesse apoiado o mínimo que fosse nas minhas próprias forças, logo vos teria entregado as armas... De longe, parece tudo cor-de-rosa fazer bem às almas, fazê-las amar mais a Deus, enfim, modelá-las segundo os próprios pontos de vista e pensamentos pessoais. De perto, é exatamente o contrário, o cor-de-rosa desapareceu... sente-se que fazer o bem é coisa tão impossível sem o auxílio do bom Deus quanto fazer brilhar o sol durante a noite... Sente-se que é absolutamente necessário esquecer os próprios gostos, as próprias concepções pessoais, e guiar as almas pelo caminho que Jesus lhes traçou, sem tentar fazê-las andar C 23r pela própria via. Mas isso ainda não é o mais difícil; o que me custa acima de tudo é observar as faltas, as mais leves imperfeições, e travar contra elas uma guerra de morte. Eu ia dizer: infelizmente para mim! (mas não, seria covardia) digo, portanto: felizmente para as minhas irmãs, desde que tomei lugar nos braços de Jesus, sou como a sentinela que observa o inimigo do mais alto torreão de um castelo forte. Nada escapa aos meus olhares; muitas vezes fico espantada de ver tão claro e acho o profeta Jonas bem desculpável por ter fugido em vez de ir anunciar a ruína de Nínive. Eu preferiria mil vezes receber repreensões a fazê-las às outras, mas sinto que me é muito necessário que isso seja para mim um sofrimento, pois, quando agimos segundo a natureza, é impossível que a alma a quem queremos mostrar as suas faltas compreenda os seus erros; ela só vê uma coisa: a irmã encarregada de me dirigir está zangada, e tudo recai sobre mim, que no entanto estou cheia das melhores intenções.
Je sais bien que vos petits agneaux me trouvent sévère. S'ils lisaient ces lignes, ils diraient que cela n'a pas l'air de me coûter le moins du monde de courir après eux, de leur parler d'un ton sévère en leur montrant leur belle toison salie, ou bien de leur apporter quelque léger flocon de laine qu'ils ont laissé déchirer par les épines du chemin. Les petits agneaux peuvent dire tout ce qu'ils voudront ; dans le fond, ils sentent que je les aime d'un véritable amour, que jamais je n'imiterai Le mercenaire qui voyant venir le loup laisse le troupeau et C 23v s'enfuit. Je suis prête à donner ma vie pour eux, mais mon affection est si pure que je ne désire pas qu'ils la connaissent. Jamais avec la grâce de Jésus, je n'ai essayé de m'attirer leurs coeurs, j'ai compris que ma mission était de les conduire à Dieu et de leur faire comprendre qu'ici-bas, vous étiez, ma Mère, le Jésus visible qu'ils doivent aimer et respecter.
Sei bem que os vossos cordeirinhos me acham severa. Se lessem estas linhas, diriam que não parece custar-me nem um pouco correr atrás deles, falar-lhes num tom severo mostrando-lhes o seu belo velo sujo, ou então trazer-lhes algum leve floco de lã que deixaram rasgar pelos espinhos do caminho. Os cordeirinhos podem dizer tudo o que quiserem; no fundo, sentem que eu os amo com um verdadeiro amor, que jamais imitarei O mercenário que, vendo vir o lobo, deixa o rebanho e C 23v foge. Estou pronta a dar a vida por eles, mas a minha afeição é tão pura que não desejo que eles a conheçam. Nunca, com a graça de Jesus, procurei atrair para mim os seus corações; compreendi que a minha missão era conduzi-los a Deus e fazê-los compreender que aqui na terra éreis vós, minha Madre, o Jesus visível que eles devem amar e respeitar.
Je vous ai dit, Mère chérie, qu'en instruisant les autres j'avais beaucoup appris. J'ai vu d'abord que toutes les âmes ont à peu près les mêmes combats, mais qu'elles sont si différentes d'un autre côté que je n'ai pas de peine à comprendre ce que disait le Père Pichon : «Il y a bien plus de différence entre les âmes qu'il n'y en a entre les visages.» Aussi est-il impossible d'agir avec toutes de la même manière. Avec certaines âmes, je sens qu'il faut me faire petite, ne point craindre de m'humilier en avouant mes combats, mes défaites ; voyant que j'ai les mêmes faiblesses qu'elles, mes petites soeurs m'avouent à leur tour les fautes qu'elles se reprochent et se réjouissent que je les comprenne par expérience. Avec d'autres j'ai vu qu'il faut au contraire pour leur faire du bien, avoir beaucoup de fermeté et ne jamais revenir sur une chose dite. S'abaisser ne serait point alors de l'humilité, mais de la faiblesse. Le bon Dieu m'a fait la grâce de ne pas craindre la guerre, à tout prix il faut que je fasse mon devoir. Plus d'une fois j'ai entendu ceci : ‑ «Si vous voulez obtenir quelque chose de moi, il faut me prendre par la douceur; par C 24r la force, vous n'aurez rien. » Moi je sais que nul n'est bon juge dans sa propre cause et qu'un enfant auquel un médecin fait subir une douloureuse opération ne manquera pas de jeter les hauts cris et de dire que le remède est pire que le mal ; cependant s'il se trouve guéri peu de jours après, il est tout heureux de pouvoir jouer et courir. Il en est de même pour les âmes, bientôt elles reconnaissent qu'un peu d'amertume est parfois préférable au sucre et ne craignent pas de l'avouer. Quelquefois je ne puis m'empêcher de sourire intérieurement en voyant quel changement s'opère du jour au lendemain, c'est féerique... On vient me dire : ‑ «Vous aviez raison hier d'être sévère, au commencement cela m'a révoltée, mais après je me suis souvenue de tout et j'ai vu que vous étiez très juste... écoutez: en m'en allant je pensais que c'était fini, je me disais: «Je vais aller trouver notre Mère et lui dire que je n'irai plus avec ma Sr Th. de l'Enf. Jésus. » Mais j'ai senti que c'était le démon qui m'inspirait cela et puis il m'a semblé que vous priiez pour moi, alors je suis restée tranquille et la lumière a commencé à briller, mais maintenant il faut que vous m'éclairiez tout à fait et c'est pour cela que je viens. » La conversation s'engage bien vite ; moi je suis tout heureuse de pouvoir suivre le penchant de mon coeur, en ne servant aucun met amer. Oui mais... je m'aperçois vite qu'il ne faut pas trop s'avancer, un mot pourrait détruire le bel édifice construit dans les larmes. Si j'ai le malheur de dire une parole qui semble atténuer ce que j'ai dit la veille, je vois ma petite soeur C 24v essayer de se raccrocher aux branches, alors je fais intérieurement une petite prière et la vérité triomphe toujours. Ah ! c'est la prière, c'est le sacrifice qui font toute ma force, ce sont les armes invincibles que Jésus m'a données, elles peuvent bien plus que les paroles toucher les âmes, j'en ai fait bien souvent l'expérience. Il en est une entre toutes qui m'a fait une douce et profonde impression.
Eu vos disse, Madre querida, que, instruindo as outras, eu tinha aprendido muito. Vi primeiro que todas as almas têm mais ou menos os mesmos combates, mas que, por outro lado, são tão diferentes que não tenho dificuldade em compreender o que dizia o padre Pichon: «Há muito mais diferença entre as almas do que entre os rostos.» Por isso é impossível agir com todas da mesma maneira. Com certas almas, sinto que preciso fazer-me pequena, não ter medo de me humilhar confessando os meus combates, as minhas derrotas; vendo que tenho as mesmas fraquezas que elas, as minhas irmãzinhas me confessam por sua vez as faltas de que se acusam e se alegram de que eu as compreenda por experiência. Com outras, vi que, ao contrário, para lhes fazer bem, é preciso ter muita firmeza e nunca voltar atrás numa coisa dita. Rebaixar-se não seria então humildade, mas fraqueza. O bom Deus me fez a graça de não temer a guerra; a todo custo é preciso que eu cumpra o meu dever. Mais de uma vez ouvi isto: — «Se quiserdes obter alguma coisa de mim, é preciso levar-me pela doçura; pela C 24r força, nada conseguireis.» Eu sei que ninguém é bom juiz em causa própria e que uma criança a quem um médico faz sofrer uma operação dolorosa não deixará de dar gritos e de dizer que o remédio é pior que o mal; no entanto, se poucos dias depois se vê curada, fica toda feliz de poder brincar e correr. O mesmo acontece com as almas: logo reconhecem que um pouco de amargor é às vezes preferível ao açúcar e não temem confessá-lo. Às vezes não posso deixar de sorrir interiormente ao ver que mudança se opera de um dia para o outro, é feérico... Vêm dizer-me: — «Tínheis razão ontem em ser severa; no começo, isso me revoltou, mas depois me lembrei de tudo e vi que éreis muito justa... escutai: ao ir embora, eu pensava que estava tudo acabado, dizia comigo: “Vou procurar nossa Madre e dizer-lhe que não irei mais ter com a minha Irmã Teresa do Menino Jesus.” Mas senti que era o demônio que me inspirava isso, e depois me pareceu que estáveis rezando por mim; então fiquei tranquila e a luz começou a brilhar, mas agora é preciso que me ilumineis de todo, e é para isso que venho.» A conversa começa logo; eu fico toda feliz de poder seguir a inclinação do meu coração, sem servir nenhum prato amargo. Sim, mas... logo percebo que não se deve avançar demais, uma palavra poderia destruir o belo edifício construído entre lágrimas. Se tenho a infelicidade de dizer uma palavra que pareça atenuar o que eu disse na véspera, vejo a minha irmãzinha C 24v tentar agarrar-se aos galhos; então faço interiormente uma pequena oração e a verdade sempre triunfa. Ah! é a oração, é o sacrifício que fazem toda a minha força, são as armas invencíveis que Jesus me deu; elas podem, muito mais que as palavras, tocar as almas, fiz muitas vezes a experiência disso. Há uma, entre todas, que me causou uma doce e profunda impressão.
C'était pendant le carême, je ne m'occupais alors que de l'unique novice qui se trouvait ici et dont j'étais l'ange. Elle vint me trouver un matin toute rayonnante : «Ah! si vous saviez, me dit-elle, ce que j'ai rêvé cette nuit, j'étais auprès de ma soeur et je voulais la détacher de toutes les vanités qu'elle aime tant, pour cela je lui expliquais ce couplet de: Vivre d'Amour. -T'aimer Jésus, quelle perte féconde» - Tous mes parfums sont à toi sans retour. Je sentais bien que mes paroles pénétraient dans son âme et j'étais ravie de joie. Ce matin en m'éveillant j'ai pensé que le Bon Dieu voulait peut-être que je lui donne cette âme. Si je lui écrivais après le carême pour lui raconter mon rêve et lui dire que Jésus la veut tout à Lui ? »
Era durante a quaresma; eu só me ocupava então da única noviça que havia aqui e de quem eu era o anjo. Ela veio procurar-me certa manhã, toda radiante: «Ah! se soubésseis, disse-me ela, o que sonhei esta noite: eu estava junto da minha irmã e queria desprendê-la de todas as vaidades de que ela tanto gosta; para isso, eu lhe explicava esta estrofe de: Viver de Amor. — Amar-te, Jesus, que perda fecunda — Todos os meus perfumes são teus sem volta. Eu sentia bem que as minhas palavras penetravam na sua alma e estava arrebatada de alegria. Esta manhã, ao acordar, pensei que o Bom Deus queria talvez que eu lhe desse essa alma. E se eu lhe escrevesse depois da quaresma para lhe contar o meu sonho e lhe dizer que Jesus a quer toda para Si?»
Moi, sans en penser plus long, je lui dis qu'elle pouvait bien essayer mais avant, qu'il fallait en demander la permission à Notre Mère. Comme le carême était encore loin de toucher à sa fin, vous avez été, Mère bien-aimée, très surprise d'une demande qui vous parut trop prématurée ; et certainement inspirée par le bon Dieu, vous avez répondu que ce n'était point par des lettres que les carmélites C 25r doivent sauver les âmes mais par la prière.
Eu, sem pensar muito, disse-lhe que ela podia muito bem tentar, mas que antes era preciso pedir licença a Nossa Madre. Como a quaresma ainda estava longe de chegar ao fim, vós ficastes, Madre bem-amada, muito surpresa com um pedido que vos pareceu prematuro demais; e, certamente inspirada pelo bom Deus, respondestes que não era por cartas que as carmelitas C 25r devem salvar as almas, mas pela oração.
En apprenant votre décision, je compris tout de suite que c'était celle de Jésus et je dis à Sr Marie de la Trinité : «Il faut nous mettre à l'oeuvre, prions beaucoup. Quelle joie si à la fin du carême, nous étions exaucées!...» Oh ! miséricorde infinie du Seigneur, qui veut bien écouter la prière de ses enfants... A la fin du carême, une âme de plus se consacrait à Jésus. C'était un véritable miracle de la grâce, miracle obtenu par la ferveur d'une humble novice !
Ao saber da vossa decisão, compreendi logo que era a de Jesus e disse à Irmã Maria da Trindade: «Temos de pôr mãos à obra, rezemos muito. Que alegria se, no fim da quaresma, fôssemos atendidas!...» Oh! misericórdia infinita do Senhor, que se digna escutar a oração dos seus filhos... No fim da quaresma, uma alma a mais se consagrava a Jesus. Era um verdadeiro milagre da graça, milagre obtido pelo fervor de uma humilde noviça!
Qu'elle est donc grande la puissance de la Prière ! On dirait une reine ayant à chaque instant libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce qu'elle demande. Il n'est point nécessaire pour être exaucée de lire dans un livre une belle formule composée pour la circonstance ; s'il en était ainsi.... hélas ! que je serais à plaindre !... En dehors de l'Office Divin que je suis bien indigne de réciter, je n'ai pas le courage de m'astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant !... et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres... Je ne saurais les réciter toutes et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend... Pour moi, la prière, c'est un élan du coeur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve comme au sein de la joie ; enfin c'est quelque chose C 25v de grand, de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus.
Como é grande, pois, o poder da Oração! Parece uma rainha que tem a todo instante livre acesso junto do rei e pode obter tudo o que pede. Não é necessário, para ser atendida, ler num livro uma bela fórmula composta para a circunstância; se assim fosse.... ai! como eu seria digna de pena!... Fora do Ofício Divino, que sou bem indigna de recitar, não tenho coragem de me obrigar a procurar nos livros belas orações; isso me dá dor de cabeça, há tantas!... e depois são todas umas mais belas que as outras... Eu não conseguiria recitá-las todas e, não sabendo qual escolher, faço como as crianças que não sabem ler: digo muito simplesmente ao Bom Deus o que lhe quero dizer, sem fazer belas frases, e Ele sempre me compreende... Para mim, a oração é um impulso do coração, é um simples olhar lançado ao Céu, é um grito de gratidão e de amor no seio da provação como no seio da alegria; enfim, é alguma coisa C 25v de grande, de sobrenatural, que me dilata a alma e me une a Jesus.
Je ne voudrais pas cependant, ma Mère bien-aimée, que vous croyiez que les prières faites en commun au chœur, ou dans les ermitages, je les récite sans dévotion. Au contraire j’aime beaucoup les prières communes car Jésus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en son nom, je sens alors que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne, mais toute seule (j’ai honte de l’avouer) la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitence... Je sens que je le dis si mal ! J’ai beau m’efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n’arrive pas à fixer mon esprit... Longtemps je me suis désolée de ce manque de dévotion qui m’étonnait, car j’aime tant la Sainte Vierge qu’il devrait m’être facile de faire en son honneur des prières qui lui sont agréables. Maintenant je me désole moins, je pense que la Reine des Cieux étant ma mère, elle doit voir ma bonne volonté et qu’elle s’en contente.
Eu não gostaria, porém, minha Madre bem-amada, que julgásseis que as orações feitas em comum no coro, ou nas ermidas, eu as recito sem devoção. Ao contrário, gosto muito das orações comuns, pois Jesus prometeu estar no meio dos que se reúnem em seu nome; sinto então que o fervor das minhas irmãs supre o meu, mas sozinha (tenho vergonha de confessá-lo) a recitação do terço me custa mais do que pôr um instrumento de penitência... Sinto que o rezo tão mal! Por mais que me esforce por meditar os mistérios do rosário, não consigo fixar o espírito... Por muito tempo me afligi com essa falta de devoção, que me espantava, pois amo tanto a Santíssima Virgem que me deveria ser fácil fazer em sua honra orações que lhe são agradáveis. Agora me aflijo menos, penso que, sendo a Rainha dos Céus minha mãe, ela deve ver a minha boa vontade e que se contenta com ela.
Quelquefois lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu’il m’est impossible d’en tirer une pensée pour m’unir au Bon Dieu, je récite très lentement un «Notre Père» et puis la salutation angélique ; alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois...
Às vezes, quando o meu espírito está numa secura tão grande que me é impossível tirar dele um pensamento para me unir ao Bom Deus, recito muito lentamente um «Pai Nosso» e depois a saudação angélica; então essas orações me arrebatam, alimentam a minha alma muito mais do que se as tivesse recitado precipitadamente uma centena de vezes...
La Sainte Vierge me montre qu’elle n’est pas fâchée contre C 26r moi, jamais elle ne manque de me protéger aussitôt que je l'invoque. S'il me survient une inquiétude, un embarras, bien vite je me tourne vers elle et toujours comme la plus tendre des Mères elle se charge de mes intérêts. Que de fois en parlant aux novices, il m'est arrivé de l'invoquer et de ressentir les bienfaits de sa maternelle protection !...
A Santíssima Virgem me mostra que não está zangada C 26r comigo, nunca deixa de me proteger assim que a invoco. Se me sobrevém uma inquietação, um embaraço, bem depressa me volto para ela, e sempre, como a mais terna das Mães, ela se encarrega dos meus interesses. Quantas vezes, falando às noviças, me aconteceu invocá-la e sentir os benefícios da sua proteção maternal!...
Souvent les novices me disent : «Mais vous avez réponse à tout, je croyais cette fois vous embarrasser... où donc allez-vous chercher ce que vous dites?» Il en est même d'assez candides pour croire que je lis dans leur âme parce qu'il m'est arrivé de les prévenir en leur disant ce qu'elles pensaient. Une nuit, une de mes compagnes avait résolu de me cacher une peine qui la faisait beaucoup souffrir. Je la rencontre dès le matin, elle me parle avec un visage souriant et moi, sans répondre à ce qu'elle me disait, je lui dis avec un accent convaincu : Vous avez du chagrin. Si j'avais fait tomber la lune à ses pieds je crois qu'elle ne m'aurait pas regardée avec plus d'étonnement. Sa stupéfaction était si grande qu'elle me gagna, je fus un instant saisie d'un effroi surnaturel. J'étais bien sûre de n'avoir pas le don de lire dans les âmes et cela m'étonnait d'autant plus d'être tombée si juste. Je sentais bien que le Bon Dieu était tout près, que, sans m'en apercevoir, j'avais dit, comme un enfant, des paroles qui ne venaient pas de moi mais de Lui.
Muitas vezes as noviças me dizem: «Mas vós tendes resposta para tudo, eu pensava desta vez deixar-vos embaraçada... onde ides buscar o que dizeis?» Há até algumas bastante ingênuas para crer que leio na alma delas, porque me aconteceu antecipar-me a elas, dizendo-lhes o que pensavam. Certa noite, uma das minhas companheiras tinha resolvido esconder-me um desgosto que a fazia sofrer muito. Encontro-a logo de manhã, ela me fala com um rosto sorridente, e eu, sem responder ao que ela me dizia, digo-lhe num tom convicto: Estais triste. Se eu tivesse feito cair a lua a seus pés, creio que ela não me teria olhado com mais espanto. A sua estupefação era tão grande que me contagiou; fui por um instante tomada de um pavor sobrenatural. Eu estava bem certa de não ter o dom de ler nas almas, e por isso mesmo me espantava ainda mais ter acertado tão em cheio. Sentia bem que o Bom Deus estava muito perto, que, sem perceber, eu tinha dito, como uma criança, palavras que não vinham de mim, mas d'Ele.
Ma Mère bien-aimée, vous comprenez qu'aux novices tout est permis ; C 26v il faut qu'elles puissent dire ce qu'elles pensent sans aucune restriction, le bien comme le mal. Cela leur est d'autant plus facile avec moi qu'elles ne me doivent pas le respect qu'on rend à une maîtresse. Je ne puis dire que Jésus me fait marcher extérieurement par la voie des humiliations, Il se contente de m'humilier au fond de mon âme ; aux yeux des créatures tout me réussit, je suis sur le chemin des honneurs, autant comme cela est possible en religion. Je comprends que ce n'est pas pour moi mais pour les autres qu'il me faut marcher par ce chemin qui paraît si périlleux. En effet si je passais aux yeux de la communauté pour une religieuse remplie de défauts, incapable, sans intelligence ni jugement, il vous serait impossible, ma Mère, de vous faire aider par moi. Voilà pourquoi le Bon Dieu a jeté un voile sur tous mes défauts intérieurs et extérieurs. Ce voile, parfois, m'attire quelques compliments de la part des novices, je sens bien qu'elles ne me les font pas par flatterie mais que c'est l'expression de leurs sentiments naïfs ; vraiment cela ne saurait m'inspirer de vanité car j'ai sans cesse présent à la pensée, le souvenir de ce que je suis. Cependant, quelquefois il me vient un désir bien grand d'entendre autre chose que des louanges. Vous savez, ma Mère bien-aimée, que je préfère le vinaigre au sucre ; mon âme aussi se fatigue d'une nourriture trop sucrée, et Jésus permet alors qu'on lui serve une bonne petite salade, C 27r bien vinaigrée, bien épicée, rien n'y manque excepté l'huile, ce qui lui donne une saveur de plus... Cette bonne petite salade m'est servie par les novices au moment où je m'y attends le moins. Le bon Dieu soulève le voile qui cache mes imperfections, alors mes chères petites soeurs me voyant telles que je suis ne me trouvent plus tout à fait à leur goût. Avec une simplicité qui me ravit, elles me disent tous les combats que je leur donne, ce qui leur déplaît en moi ; enfin, elles ne se gênent pas davantage que s'il était question d'une autre, sachant qu'elles me font un grand plaisir en agissant ainsi. Ah ! vraiment, c'est plus qu'un plaisir, c'est un festin délicieux qui comble mon âme de joie. Je ne puis m'expliquer comment une chose qui déplaît tant à la nature peut causer un si grand bonheur ; si je ne l'avais expérimenté, je ne pourrais le croire... Un jour que j'avais particulièrement désiré d'être humiliée, il arriva qu'une novice se chargea si bien de me satisfaire qu'aussitôt je pensai à Sémeï maudissant David, et je me disais : Oui, c'est bien le Seigneur qui lui ordonne de me dire toutes ces choses... Et mon âme savourait délicieusement la nourriture amère qui lui était servie avec tant d'abondance.
Minha Madre bem-amada, compreendeis que às noviças tudo é permitido; C 26v é preciso que possam dizer o que pensam sem nenhuma restrição, o bem como o mal. Isso lhes é tanto mais fácil comigo porque não me devem o respeito que se presta a uma mestra. Não posso dizer que Jesus me faça andar exteriormente pela via das humilhações; Ele se contenta em me humilhar no fundo da minha alma; aos olhos das criaturas, tudo me sai bem, estou no caminho das honras, tanto quanto isso é possível na vida religiosa. Compreendo que não é por mim, mas pelas outras, que tenho de andar por esse caminho que parece tão perigoso. De fato, se eu passasse aos olhos da comunidade por uma religiosa cheia de defeitos, incapaz, sem inteligência nem discernimento, seria impossível, minha Madre, que vos fizésseis ajudar por mim. Eis por que o Bom Deus lançou um véu sobre todos os meus defeitos interiores e exteriores. Esse véu, às vezes, me vale alguns elogios da parte das noviças; sinto bem que não os fazem por lisonja, mas que são a expressão dos seus sentimentos ingênuos; na verdade, isso não poderia inspirar-me vaidade, pois tenho sem cessar presente no pensamento a lembrança do que sou. No entanto, às vezes me vem um desejo bem grande de ouvir outra coisa que não louvores. Sabeis, minha Madre bem-amada, que prefiro o vinagre ao açúcar; também a minha alma se cansa de um alimento açucarado demais, e Jesus permite então que lhe sirvam uma boa saladinha, C 27r bem avinagrada, bem condimentada, nada lhe falta, exceto o azeite, o que lhe dá um sabor a mais... Essa boa saladinha me é servida pelas noviças no momento em que menos espero. O bom Deus levanta o véu que esconde as minhas imperfeições; então as minhas queridas irmãzinhas, vendo-me tal como sou, já não me acham inteiramente a seu gosto. Com uma simplicidade que me encanta, dizem-me todos os combates que lhes causo, o que lhes desagrada em mim; enfim, não se constrangem mais do que se estivessem falando de outra, sabendo que me dão um grande prazer agindo assim. Ah! na verdade, é mais que um prazer, é um banquete delicioso que cumula a minha alma de alegria. Não consigo explicar-me como uma coisa que desagrada tanto à natureza pode causar uma felicidade tão grande; se não o tivesse experimentado, não poderia crê-lo... Um dia em que eu tinha desejado particularmente ser humilhada, aconteceu que uma noviça se encarregou tão bem de me satisfazer que logo pensei em Semei amaldiçoando Davi, e dizia comigo: Sim, é bem o Senhor que lhe ordena dizer-me todas essas coisas... E a minha alma saboreava deliciosamente o alimento amargo que lhe era servido com tanta abundância.
C'est ainsi que le bon Dieu daigne prendre soin de moi. Il ne peut toujours me donner le pain fortifiant de l'humiliation extérieure, mais de temps en temps, Il me permet de me nourrir des miettes qui tombent de la table des enfants. Ah ! que sa miséricorde est grande, je ne pourrai la C 27v chanter qu'au Ciel.................................
É assim que o bom Deus se digna cuidar de mim. Ele nem sempre me pode dar o pão fortificante da humilhação exterior, mas de tempos em tempos permite que eu me alimente das migalhas que caem da mesa dos filhos. Ah! como é grande a sua misericórdia, não a poderei C 27v cantar senão no Céu.................................
Mère bien-aimée, puisqu'avec vous j'essaie de commencer à chanter sur la terre, cette miséricorde infinie, je dois encore vous dire un grand bienfait que j'ai retiré de la mission que vous m'avez confiée. Autrefois lorsque je voyais une soeur qui faisait quelque chose qui me déplaisait et me paraissait irrégulier, je me disais : Ah ! si je pouvais lui dire ce que je pense, lui montrer qu'elle a tort, que cela me ferait de bien ! Depuis que j'ai pratiqué un peu le métier, je vous assure ma Mère, que j'ai tout à fait changé de sentiment. Lorsqu'il m'arrive de voir une soeur faire une action qui me paraît imparfaite, je pousse un soupir de soulagement et je me dis : Quel bonheur ! ce n'est pas une novice, je ne suis pas obligée de la reprendre. Et puis bien vite je tâche d'excuser la soeur et de lui prêter de bonnes intentions qu'elle a sans doute. Ah ! ma Mère, depuis que je suis malade, les soins que vous me prodiguez m'ont encore beaucoup instruite sur la charité. Aucun remède ne vous semble trop cher, et s'il ne réussit pas, sans vous lasser vous essayez autre chose. Lorsque j'allais à la récréation, quelle attention ne faisiez-vous pas à ce que je sois bien placée à l'abri des courants d'air ! Enfin, si je voulais tout dire, je ne terminerais pas.
Madre bem-amada, já que convosco procuro começar a cantar na terra essa misericórdia infinita, devo ainda contar-vos um grande benefício que tirei da missão que me confiastes. Outrora, quando eu via uma irmã fazer alguma coisa que me desagradava e me parecia irregular, dizia comigo: Ah! se eu pudesse dizer-lhe o que penso, mostrar-lhe que ela está errada, como isso me faria bem! Desde que exerci um pouco o ofício, eu vos garanto, minha Madre, que mudei inteiramente de sentimento. Quando me acontece ver uma irmã praticar uma ação que me parece imperfeita, solto um suspiro de alívio e digo comigo: Que felicidade! não é uma noviça, não sou obrigada a repreendê-la. E depois, bem depressa, procuro desculpar a irmã e atribuir-lhe boas intenções, que ela sem dúvida tem. Ah! minha Madre, desde que estou doente, os cuidados que me prodigalizais ainda me ensinaram muito sobre a caridade. Nenhum remédio vos parece caro demais e, se não dá resultado, sem vos cansardes tentais outra coisa. Quando eu ia ao recreio, que cuidado não tínheis em que eu ficasse bem colocada, ao abrigo das correntes de ar! Enfim, se eu quisesse dizer tudo, não terminaria.
En pensant à toutes ces choses, je me suis dit que je devrais être aussi compatissante pour les infirmités spirituelles de mes soeurs, que vous l'êtes, ma Mère chérie, en me soignant avec tant d'amour.
Pensando em todas essas coisas, disse comigo que deveria ser tão compassiva para com as enfermidades espirituais das minhas irmãs quanto vós o sois, minha Madre querida, ao cuidar de mim com tanto amor.
J'ai remarqué (et c'est tout naturel) que les soeurs les plus saintes sont les C 28r plus aimées, on recherche leur conversation, on leur rend des services sans qu'elles le demandent, enfin ces âmes capables de supporter des manques d'égards, de délicatesses, se voient entourées de l'affection de toutes. On peut leur appliquer cette parole de notre Père St Jean de la Croix : Tous les biens m'ont été donnés quand je ne les ai plus recherchés par amour-propre.
Notei (e é muito natural) que as irmãs mais santas são as C 28r mais amadas; procura-se a sua conversa, prestam-lhes serviços sem que elas o peçam; enfim, essas almas, capazes de suportar faltas de consideração, de delicadeza, veem-se cercadas da afeição de todas. Pode-se aplicar a elas esta palavra do nosso Pai São João da Cruz: Todos os bens me foram dados quando já não os busquei por amor-próprio.
Les âmes imparfaites au contraire, ne sont point recherchées, sans doute on se tient à leur égard dans les bornes de la politesse religieuse, mais craignant peut-être de leur dire quelques paroles peu aimables, on évite leur compagnie. - En disant les âmes imparfaites, je ne veux pas seulement parler des imperfections spirituelles, puisque les plus saintes ne seront parfaites qu'au Ciel, je veux parler du manque de jugement, d'éducation, de la susceptibilité de certains caractères, toutes choses qui ne rendent pas la vie très agréable. Je sais bien que ces infirmités morales sont chroniques, il n'y a pas d'espoir de guérison, mais je sais bien aussi que ma Mère ne cesserait pas de me soigner, d'essayer de me soulager si je restais malade toute ma vie. Voilà la conclusion que j'en tire : Je dois rechercher en récréation, en licence, la compagnie des soeurs qui me sont le moins agréables, remplir près de ces âmes blessées l'office du bon Samaritain. Une parole, un sourire aimable, suffisent souvent pour épanouir une âme triste ; mais ce n'est pas absolument pour atteindre ce but que je veux pratiquer la charité car je sais que bientôt je serais découragée : un mot que j'aurai dit avec la meilleure intention sera peut-être interprété tout de travers. Aussi pour ne pas perdre mon temps, je veux être aimable avec tout le monde C 28v (et particulièrement avec les soeurs les moins aimables) pour réjouir Jésus et répondre au conseil qu'Il donne dans l'évangile à peu près en ces termes : ‑ «Quand vous faites un festin n'invitez pas vos parents et vos amis de peur qu'ils ne vous invitent à leur tour et qu'ainsi vous ayez reçu votre récompense; mais invitez les pauvres, les boiteux, les paralytiques et vous serez heureux de ce qu'ils ne pourront vous rendre, car votre Père qui voit dans le secret vous en récompensera. »
As almas imperfeitas, ao contrário, não são procuradas; sem dúvida, não se ultrapassam para com elas os limites da cortesia religiosa, mas, temendo-se talvez dizer-lhes alguma palavra pouco amável, evita-se a sua companhia. — Ao dizer as almas imperfeitas, não quero falar só das imperfeições espirituais, pois as mais santas só serão perfeitas no Céu; quero falar da falta de discernimento, de educação, da suscetibilidade de certos caracteres, coisas todas que não tornam a vida muito agradável. Sei bem que essas enfermidades morais são crônicas, não há esperança de cura, mas sei bem também que a minha Madre não deixaria de cuidar de mim, de procurar aliviar-me, se eu ficasse doente a vida inteira. Eis a conclusão que tiro disso: devo procurar, no recreio, em licença, a companhia das irmãs que me são menos agradáveis, desempenhar junto dessas almas feridas o ofício do bom Samaritano. Uma palavra, um sorriso amável, bastam muitas vezes para fazer desabrochar uma alma triste; mas não é propriamente para atingir esse fim que quero praticar a caridade, pois sei que logo ficaria desanimada: uma palavra que eu tiver dito com a melhor intenção será talvez interpretada às avessas. Por isso, para não perder o meu tempo, quero ser amável com todos C 28v (e particularmente com as irmãs menos amáveis) para alegrar Jesus e responder ao conselho que Ele dá no evangelho mais ou menos nestes termos: — «Quando derdes um banquete, não convideis os vossos parentes e os vossos amigos, para que eles não vos convidem por sua vez e assim tenhais recebido a vossa recompensa; mas convidai os pobres, os coxos, os paralíticos, e sereis felizes porque eles não vos poderão retribuir, pois vosso Pai, que vê no segredo, vos recompensará.»
Quel festin pourrait offrir une carmélite à ses soeurs si ce n'est un festin spirituel composé d'une charité aimable et joyeuse ? Pour moi, je n'en connais pas d'autre et je veux imiter St Paul qui se réjouissait avec ceux qu'il trouvait dans la joie ; il est vrai qu'il pleurait aussi avec les affligés et les larmes doivent quelquefois paraître dans le festin que je veux servir, mais toujours j'essaierai qu'à la fin ces larmes se changent en joie, puisque le Seigneur aime ceux qui donnent avec joie.
Que banquete poderia oferecer uma carmelita às suas irmãs, senão um banquete espiritual composto de uma caridade amável e alegre? Quanto a mim, não conheço outro e quero imitar São Paulo, que se alegrava com os que encontrava na alegria; é verdade que chorava também com os aflitos, e as lágrimas devem às vezes aparecer no banquete que quero servir, mas sempre procurarei que no fim essas lágrimas se mudem em alegria, pois o Senhor ama os que dão com alegria.
Je me souviens d'un acte de charité que le Bon Dieu m'inspira de faire étant encore novice, c'était peu de chose, cependant notre Père qui voit dans le secret, qui regarde plus à l'intention qu'à la grandeur de l'action, m'en a déjà récompensée, sans attendre l'autre vie. C'était du temps que Sr St Pierre allait encore au choeur et au réfectoire. A l'oraison du soir elle était placée devant moi : 10 minutes avant 6 heures, il fallait qu'une soeur se dérange pour la conduire au réfectoire, car les infirmières avaient alors trop de malades pour venir C 29r la chercher. Cela me coûtait beaucoup de me proposer pour rendre ce petit service, car je savais que ce n'était pas facile de contenter cette pauvre soeur St Pierre qui souffrait tant qu'elle n'aimait pas à changer de conductrice. Cependant je ne voulais pas manquer une si belle occasion d'exercer la charité, me souvenant que Jésus avait dit : Ce que vous ferez au plus petit des miens c'est à moi que vous l'aurez fait. Je m'offris donc bien humblement pour la conduire : ce ne fut pas sans mal que je parvins à faire accepter mes services ! Enfin je me mis à l'oeuvre et j'avais tant de bonne volonté que je réussis parfaitement.
Lembro-me de um ato de caridade que o Bom Deus me inspirou a fazer quando eu ainda era noviça; era pouca coisa, no entanto nosso Pai, que vê no segredo, que olha mais para a intenção do que para a grandeza da ação, já me recompensou por ele, sem esperar a outra vida. Era no tempo em que a Irmã São Pedro ainda ia ao coro e ao refeitório. Na oração da tarde, ela ficava diante de mim: 10 minutos antes das 6 horas era preciso que uma irmã se incomodasse para conduzi-la ao refeitório, pois as enfermeiras tinham então doentes demais para virem C 29r buscá-la. Custava-me muito oferecer-me para prestar esse pequeno serviço, pois eu sabia que não era fácil contentar essa pobre Irmã São Pedro, que sofria tanto que não gostava de mudar de condutora. No entanto, eu não queria perder uma ocasião tão bela de exercer a caridade, lembrando-me de que Jesus tinha dito: O que fizerdes ao menor dos meus, é a mim que o tereis feito. Ofereci-me, pois, bem humildemente para conduzi-la: não foi sem custo que consegui fazer aceitar os meus serviços! Enfim, pus mãos à obra e tinha tanta boa vontade que me saí perfeitamente.
Chaque soir quand je voyais ma Sr St Pierre secouer son sablier, je savais que cela voulait dire : partons ! C'est incroyable comme cela me coûtait de me déranger surtout dans le commencement ; je le faisais pourtant immédiatement, et puis, toute une cérémonie commençait. Il fallait remuer et porter le banc d'une certaine manière, surtout ne pas se presser, ensuite la promenade avait lieu. Il s'agissait de suivre la pauvre infirme en la soutenant par sa ceinture, je le faisais avec le plus de douceur qu'il m'était possible ; mais si, par malheur, elle faisait un faux pas, aussitôt il lui semblait que je la tenais mal et qu'elle allait tomber. ‑ «Ah! mon Dieu! vous allez trop vite, j'vais m'briser.» Si j'essayais d'aller encore plus doucement - «Mais suivez-moi donc! je n'sens plus vot'main, vous m'avez lâchée, j'vais tomber; ah! j'avais bien dit qu'vous étiez trop jeune pour me conduire.» Enfin nous arrivions sans accident au réfectoire ; là survenaient d'autres difficultés, il s'agissait de faire asseoir Sr St Pierre et d'agir adroitement pour C 29v ne pas la blesser, ensuite il fallait relever ses manches (encore d'une certaine manière), puis j'étais libre de m'en aller. Avec ses pauvres mains estropiées, elle arrangeait son pain dans son godet, comme elle pouvait. Je m'en aperçus bientôt et, chaque soir, je ne la quittai qu'après lui avoir encore rendu ce petit service. Comme elle ne me l'avait pas demandé, elle fut très touchée de mon attention et ce fut par ce moyen que je n'avais pas cherché exprès, que je gagnai tout à fait ses bonnes grâces et surtout (je l'ai su plus tard) parce que, après avoir coupé son pain, je lui faisais avant de m'en aller mon plus beau sourire.
Todas as tardes, quando eu via a minha Irmã São Pedro sacudir a sua ampulheta, sabia que aquilo queria dizer: vamos! É incrível como me custava incomodar-me, sobretudo no começo; no entanto, eu o fazia imediatamente, e então começava toda uma cerimônia. Era preciso mover e levar o banco de certa maneira, sobretudo não se apressar; depois, fazia-se o passeio. Tratava-se de seguir a pobre enferma amparando-a pelo cinto; eu o fazia com a maior suavidade que me era possível; mas se, por infelicidade, ela dava um passo em falso, logo lhe parecia que eu a segurava mal e que ela ia cair. — «Ah! meu Deus! ides depressa demais, vou me quebrar.» Se eu tentava ir ainda mais devagar — «Mas segui-me, então! num sinto mais a vossa mão, me largastes, vou cair; ah! bem que eu disse qu'éreis nova demais pra me conduzir.» Enfim, chegávamos sem acidente ao refeitório; ali surgiam outras dificuldades: tratava-se de fazer sentar a Irmã São Pedro e de agir com jeito para C 29v não a machucar; em seguida era preciso arregaçar-lhe as mangas (ainda de certa maneira), depois eu estava livre para ir embora. Com as suas pobres mãos estropiadas, ela arrumava o pão na sua tigela, como podia. Logo o percebi e, todas as tardes, só a deixava depois de lhe ter prestado também esse pequeno serviço. Como ela não o tinha pedido, ficou muito tocada com a minha atenção, e foi por esse meio, que eu não tinha buscado de propósito, que conquistei inteiramente as suas boas graças, e sobretudo (soube-o mais tarde) porque, depois de lhe ter cortado o pão, eu lhe dava, antes de ir embora, o meu mais belo sorriso.
Ma Mère bien-aimée, peut-être êtes-vous étonnée que je vous écrive ce petit acte de charité, passé depuis si longtemps. Ah ! si je l'ai fait c'est que je sens qu'il me faut chanter, à cause de lui, les miséricordes du Seigneur, Il a daigné m'en laisser le souvenir, comme un parfum qui me porte à pratiquer la charité. Je me souviens parfois de certains détails qui sont pour mon âme comme une brise printanière. En voici un qui se présente à ma mémoire : un soir d'hiver j'accomplissais comme d'habitude mon petit office, il faisait froid, il faisait nuit... tout à coup j'entendis dans le lointain le son harmonieux d'un instrument de musique, alors je me représentai un salon bien éclairé, tout brillant de dorures, des jeunes filles élégamment vêtues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la malade que je soutenais ; au lieu d'une mélodie j'entendais de temps en temps ses gémissements plaintifs, au lieu de dorures, C 30r je voyais les briques de notre cloître austère, à peine éclairé par une faible lueur. Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon âme, ce que je sais c'est que le Seigneur l'illumina des rayons de la vérité qui surpassèrent tellement l'éclat ténébreux des fêtes de la terre, que je ne pouvais croire à mon bonheur... Ah ! pour jouir mille ans des fêtes mondaines, je n'aurais pas donné les dix minutes employées à remplir mon humble office de charité... Si déjà dans la souffrance, au sein du combat, on peut jouir un instant d'un bonheur qui surpasse tous les bonheurs de la terre, en pensant que le bon Dieu nous a retirées du monde, que sera-ce dans le Ciel lorsque nous verrons, au sein d'une allégresse et d'un repos éternels, la grâce incomparable que le Seigneur nous a faite en nous choisissant pour habiter dans sa maison, véritable portique des Cieux ?...
Minha Madre bem-amada, talvez estejais admirada de que eu vos escreva sobre este pequeno ato de caridade, passado há tanto tempo. Ah! se o fiz, é porque sinto que tenho de cantar, por causa dele, as misericórdias do Senhor; Ele se dignou deixar-me a sua lembrança como um perfume que me leva a praticar a caridade. Lembro-me às vezes de certos pormenores que são para a minha alma como uma brisa primaveril. Eis um que se apresenta à minha memória: numa tarde de inverno, eu cumpria como de costume o meu pequeno ofício; fazia frio, estava escuro... de repente ouvi ao longe o som harmonioso de um instrumento de música; então imaginei um salão bem iluminado, todo brilhante de dourados, moças elegantemente vestidas trocando entre si cumprimentos e gentilezas mundanas; depois o meu olhar se voltou para a doente que eu amparava; em vez de uma melodia, eu ouvia de tempos em tempos os seus gemidos queixosos; em vez de dourados, C 30r eu via os tijolos do nosso claustro austero, mal iluminado por um fraco clarão. Não posso exprimir o que se passou na minha alma; o que sei é que o Senhor a iluminou com raios da verdade que superaram de tal modo o brilho tenebroso das festas da terra que eu não podia crer na minha felicidade... Ah! para gozar mil anos das festas mundanas, eu não teria dado os dez minutos empregados em cumprir o meu humilde ofício de caridade... Se já no sofrimento, no meio do combate, se pode gozar por um instante de uma felicidade que ultrapassa todas as felicidades da terra, pensando que o bom Deus nos tirou do mundo, que será no Céu, quando virmos, no seio de um júbilo e de um repouso eternos, a graça incomparável que o Senhor nos fez ao escolher-nos para habitar na sua casa, verdadeiro pórtico dos Céus?...
Ce n'est pas toujours avec ces transports d'allégresse que j'ai pratiqué la charité, mais au commencement de ma vie religieuse, Jésus voulut me faire sentir combien il est doux de le voir dans l'âme de ses épouses ; aussi lorsque je conduisais ma soeur St Pierre, je le faisais avec tant d'amour qu'il m'aurait été impossible de faire mieux si j'avais dû conduire Jésus lui-même. La pratique de la charité ne m'a pas toujours été si douce, je vous le disais à l'instant, ma Mère chérie ; pour vous le prouver, je vais vous raconter certains petits combats qui certainement vous feront sourire. Longtemps, à l'oraison du soir, je fus placée devant une soeur qui avait une drôle de manie, et je pense... beaucoup du lumières, car elle se servait rarement d'un livre. Voici comment je C 30v m'en apercevais : Aussitôt que cette soeur était arrivée, elle se mettait à faire un étrange bruit qui ressemblait à celui que l'on ferait en frottant deux coquillages l'un contre l'autre. Il n'y avait que moi qui m'en apercevais, car j'ai l'oreille extrêmement fine (un peu trop parfois). Vous dire, ma Mère, combien ce petit bruit me fatiguait, c'est chose impossible : j'avais grande envie de tourner la tête et de regarder la coupable qui, bien sûr, ne s'apercevait pas de son tic, c'était l'unique moyen de l'éclairer ; mais au fond du coeur je sentais qu'il valait mieux souffrir cela pour l'amour du bon Dieu et pour ne pas faire de peine à la soeur. Je restais donc tranquille, j'essayais de m'unir au bon Dieu, d'oublier le petit bruit... tout était inutile, je sentais la sueur qui m'inondait et j'étais obligée de faire simplement une oraison de souffrance, mais tout en souffrant, je cherchais le moyen de le faire non pas avec agacement, mais avec joie et paix, au moins dans l'intime de l'âme. Alors je tâchais d'aimer le petit bruit si désagréable ; au lieu d'essayer de ne pas l'entendre (chose impossible) je mettais mon attention à le bien écouter, comme s'il eût été un ravissant concert et toute mon oraison (qui n'était pas celle de quiétude) se passait à offrir ce concert à Jésus.
Nem sempre foi com esses arroubos de júbilo que pratiquei a caridade, mas no começo da minha vida religiosa Jesus quis fazer-me sentir como é doce vê-lo na alma das suas esposas; por isso, quando eu conduzia a minha Irmã São Pedro, fazia-o com tanto amor que me teria sido impossível fazer melhor se tivesse de conduzir o próprio Jesus. A prática da caridade nem sempre me foi tão doce, eu vo-lo dizia ainda agora, minha Madre querida; para vo-lo provar, vou contar-vos certos pequenos combates que certamente vos farão sorrir. Por muito tempo, na oração da tarde, fiquei colocada diante de uma irmã que tinha uma mania esquisita, e, penso eu... muitas luzes, pois raramente se servia de um livro. Eis como eu C 30v o percebia: assim que essa irmã chegava, punha-se a fazer um ruído estranho, parecido com o que se faria esfregando duas conchas uma na outra. Só eu o percebia, pois tenho o ouvido extremamente fino (um pouco demais, às vezes). Dizer-vos, minha Madre, quanto esse pequeno ruído me cansava é coisa impossível: eu tinha grande vontade de virar a cabeça e olhar a culpada, que, com certeza, não percebia o seu tique; era o único meio de esclarecê-la; mas no fundo do coração eu sentia que era melhor sofrer aquilo por amor do bom Deus e para não magoar a irmã. Ficava, pois, quieta, procurava unir-me ao bom Deus, esquecer o pequeno ruído... tudo era inútil, eu sentia o suor que me inundava e era obrigada a fazer simplesmente uma oração de sofrimento; mas, mesmo sofrendo, eu buscava o meio de fazê-lo não com irritação, mas com alegria e paz, ao menos no íntimo da alma. Então procurava amar o pequeno ruído tão desagradável; em vez de tentar não ouvi-lo (coisa impossível), eu punha a minha atenção em escutá-lo bem, como se fosse um concerto encantador, e toda a minha oração (que não era a de quietude) se passava em oferecer esse concerto a Jesus.
Une autre fois, j'étais au lavage devant une soeur qui me lançait de l'eau sale à chaque fois qu'elle soulevait les mouchoirs sur son banc ; mon premier mouvement fut de me reculer en C 31r m'essuyant la figure, afin de montrer à la soeur qui m'aspergeait qu'elle me rendrait service en se tenant tranquille, mais aussitôt je pensai que j'étais bien sotte de refuser des trésors qui m'étaient donnés si généreusement et je me gardai bien de faire paraître mon combat. Je fis tous mes efforts pour désirer de recevoir beaucoup d'eau sale, de sorte qu'à la fin j'avais vraiment pris goût à ce nouveau genre d'aspersion et je me promis de revenir une autre fois à cette heureuse place où l'on recevait tant de trésors.
Outra vez, eu estava na lavanderia diante de uma irmã que me lançava água suja cada vez que levantava os lenços sobre o seu banco; o meu primeiro movimento foi recuar C 31r enxugando o rosto, a fim de mostrar à irmã que me aspergia que ela me faria um favor ficando quieta; mas logo pensei que eu era bem tola em recusar tesouros que me eram dados tão generosamente e guardei-me bem de deixar transparecer o meu combate. Fiz todos os esforços para desejar receber muita água suja, de modo que, no fim, eu tinha realmente tomado gosto por esse novo gênero de aspersão e prometi a mim mesma voltar outra vez àquele lugar feliz onde se recebiam tantos tesouros.
Mère bien-aimée, vous voyez que je suis une très petite âme qui ne peut offrir au bon Dieu que de très petites choses, encore m'arrive-t-il souvent de laisser échapper de ces petits sacrifices qui donnent tant de paix à l'âme ; cela ne me décourage pas, je supporte d'avoir un peu moins de paix et je tâche d'être plus vigilante une autre fois.
Madre bem-amada, vedes que sou uma alma muito pequena, que só pode oferecer ao bom Deus coisas muito pequenas, e ainda me acontece muitas vezes deixar escapar alguns desses pequenos sacrifícios que dão tanta paz à alma; isso não me desanima, suporto ter um pouco menos de paz e procuro ser mais vigilante da próxima vez.
Ah ! le Seigneur est si bon pour moi qu'il m'est impossible de le craindre, toujours Il m'a donné ce que j'ai désiré ou plutôt Il m'a fait désirer ce qu'Il voulait me donner ; ainsi peu de temps avant que mon épreuve contre la foi commence, je me disais : Vraiment je n'ai pas de grandes épreuves extérieures et pour en avoir d'intérieures il faudrait que le bon Dieu change ma voie, je ne crois pas qu'Il le fasse, pourtant je ne puis toujours vivre ainsi dans le repos... quel moyen donc Jésus trouvera-t-Il pour m'éprouver ? La réponse ne se fit pas attendre et me montra que Celui que j'aime n'est pas à court de moyens ; sans changer ma voie, Il m'envoya l'épreuve qui devait mêler une salutaire amertume à toutes mes joies. Ce n'est pas seulement lorsqu'il veut m'éprouver C 31v que Jésus me le fait pressentir et désirer. Depuis bien longtemps j'avais un désir qui me semblait irréalisable, celui d'avoir un frère prêtre, je pensais souvent que si mes petits frères ne s'étaient pas envolés au Ciel j'aurais eu le bonheur de les voir monter à l'autel ; mais puisque le bon Dieu les a choisis pour en faire ses petits anges je ne pouvais plus espérer de voir mon rêve se réaliser ; et voilà que non seulement Jésus m'a fait la grâce que je désirais, mais Il m'a unie par les liens de l'âme à deux de ses apôtres, qui sont devenus mes frères... Je veux, ma Mère bien-aimée, vous raconter en détails comment Jésus combla mon désir et même le dépassa, puisque je ne désirais qu'un frère prêtre qui chaque jour pense à moi au saint autel.
Ah! o Senhor é tão bom para mim que me é impossível temê-lo; sempre Ele me deu o que desejei, ou antes, Ele me fez desejar o que queria dar-me; assim, pouco tempo antes que começasse a minha provação contra a fé, eu dizia comigo: Na verdade, não tenho grandes provações exteriores e, para ter interiores, seria preciso que o bom Deus mudasse a minha via; não creio que Ele o faça; no entanto, não posso viver sempre assim no repouso... que meio, então, encontrará Jesus para me provar? A resposta não se fez esperar e mostrou-me que Aquele que eu amo não fica sem meios; sem mudar a minha via, Ele me enviou a provação que devia misturar uma amargura salutar a todas as minhas alegrias. Não é só quando quer provar-me C 31v que Jesus me faz pressenti-lo e desejá-lo. Havia muito tempo que eu tinha um desejo que me parecia irrealizável, o de ter um irmão sacerdote; pensava muitas vezes que, se os meus irmãozinhos não tivessem voado para o Céu, eu teria tido a felicidade de vê-los subir ao altar; mas, já que o bom Deus os escolheu para fazer deles os seus anjinhos, eu não podia mais esperar ver o meu sonho realizar-se; e eis que não só Jesus me fez a graça que eu desejava, mas me uniu pelos laços da alma a dois dos seus apóstolos, que se tornaram meus irmãos... Quero, minha Madre bem-amada, contar-vos em pormenores como Jesus satisfez o meu desejo e até o ultrapassou, pois eu só desejava um irmão sacerdote que todos os dias pensasse em mim no santo altar.
Ce fut notre Ste Mère Thérèse qui m'envoya pour bouquet de fête en 1895 mon premier petit frère. J'étais au lavage, bien occupée de mon travail, lorsque mère Agnès de Jésus, me prenant à l'écart, me lut une lettre qu'elle venait de recevoir. C'était un jeune séminariste, inspiré, disait-il par Ste Thérèse, qui venait demander une sœur qui se dévouât spécialement au salut de son âme et l'aidât de ses prières et sacrifices lorsqu'il serait missionnaire afin qu'il puisse sauver beaucoup d'âmes. Il promettait d'avoir toujours un souvenir pour celle qui deviendrait sa sœur, lorsqu'il pourrait offrir le Saint Sacrifice. Mère Agnès de Jésus me dit qu'elle voulait que ce soit moi qui devînt la sœur de ce futur missionnaire.
Foi a nossa Santa Madre Teresa quem me enviou, como ramalhete de festa, em 1895, o meu primeiro irmãozinho. Eu estava na lavanderia, bem ocupada no meu trabalho, quando Madre Inês de Jesus, chamando-me à parte, me leu uma carta que acabava de receber. Era um jovem seminarista, inspirado, dizia ele, por Santa Teresa, que vinha pedir uma irmã que se dedicasse especialmente à salvação da sua alma e o ajudasse com as suas orações e sacrifícios quando ele fosse missionário, a fim de que pudesse salvar muitas almas. Prometia ter sempre uma lembrança para aquela que se tornasse sua irmã, quando pudesse oferecer o Santo Sacrifício. Madre Inês de Jesus disse-me que queria que fosse eu quem se tornasse a irmã desse futuro missionário.
C 32r Ma Mère, vous dire mon bonheur serait chose impossible, mon désir comblé d'une façon inespérée fit naître dans mon coeur une joie que j'appellerai enfantine, car il me faut remonter aux jours de mon enfance pour trouver le souvenir de ces joies si vives que l'âme est trop petite pour les contenir ; jamais depuis des années je n'avais goûté ce genre de bonheur. Je sentais que de ce côté mon âme était neuve, c'était comme si l'on avait touché pour la première fois des cordes musicales restées jusque-là dans l'oubli.
C 32r Minha Madre, dizer-vos a minha felicidade seria coisa impossível; o meu desejo, satisfeito de um modo inesperado, fez nascer no meu coração uma alegria que chamarei infantil, pois tenho de remontar aos dias da minha infância para encontrar a lembrança dessas alegrias tão vivas que a alma é pequena demais para contê-las; havia anos que eu não provava esse gênero de felicidade. Sentia que, desse lado, a minha alma era nova; era como se tivessem tocado pela primeira vez cordas musicais que até então tinham ficado no esquecimento.
Je comprenais les obligations que je m'imposais, aussi je me mis à l'oeuvre en essayant de redoubler de ferveur. Il faut avouer que d'abord je n'eus pas de consolation pour stimuler mon zèle ; après avoir écrit une charmante lettre pleine de coeur et de nobles sentiments, pour remercier mère Agnès de Jésus, mon petit frère ne donna plus signe de vie qu'au mois de juillet suivant, excepté qu'il envoya sa carte au mois de novembre pour dire qu'il entrait à la caserne. C'était à vous, ma Mère bien-aimée, que le bon Dieu avait réservé d'achever l'oeuvre commencée ; sans doute c'est par la prière et le sacrifice qu'on peut aider les missionnaires, mais parfois lorsqu'il plaît à Jésus d'unir deux âmes pour sa gloire, il permet que de temps en temps elles puissent se communiquer leurs pensées et s'exciter à aimer Dieu davantage ; mais il faut pour cela une volonté expresse de l'autorité, car il me semble qu'autrement cette correspondance ferait plus de mal que de bien, sinon au missionnaire du moins à la carmélite continuellement portée par son genre de vie C 32v à se replier sur elle-même. Alors au lieu de l'unir au bon Dieu, cette correspondance (même éloignée) qu'elle aurait sollicitée lui occuperait l'esprit ; en s'imaginant faire monts et merveilles, elle ne ferait rien du tout que de se procurer, sous couleur de zèle, une distraction inutile. Pour moi, il en est de cela comme du reste, je sens qu'il faut, pour que mes lettres fassent du bien, qu'elles soient écrites par obéissance et que j'éprouve plutôt de la répugnance que du plaisir à les écrire. Ainsi quand je parle avec une novice, je tâche de le faire en me mortifiant, j'évite de lui adresser des questions qui satisferaient ma curiosité ; si elle commence une chose intéressante et puis passe à une autre qui m'ennuie sans achever la première, je me garde bien de lui rappeler le sujet qu'elle a laissé de côté, car il me semble qu'on ne peut faire aucun bien lorsqu'on se recherche soi-même.
Eu compreendia as obrigações que me impunha; por isso pus mãos à obra, procurando redobrar o fervor. É preciso confessar que, a princípio, não tive consolação para estimular o meu zelo; depois de ter escrito uma carta encantadora, cheia de coração e de nobres sentimentos, para agradecer a Madre Inês de Jesus, o meu irmãozinho não deu mais sinal de vida até o mês de julho seguinte, exceto que mandou o seu cartão em novembro para dizer que entrava no quartel. Era a vós, minha Madre bem-amada, que o bom Deus tinha reservado concluir a obra começada; sem dúvida, é pela oração e pelo sacrifício que podemos ajudar os missionários, mas às vezes, quando apraz a Jesus unir duas almas para a sua glória, permite que de tempos em tempos elas possam comunicar uma à outra os seus pensamentos e estimular-se a amar mais a Deus; mas para isso é preciso uma vontade expressa da autoridade, pois me parece que, de outro modo, essa correspondência faria mais mal do que bem, se não ao missionário, ao menos à carmelita, continuamente inclinada pelo seu gênero de vida C 32v a fechar-se em si mesma. Então, em vez de a unir ao bom Deus, essa correspondência (mesmo distante) que ela tivesse solicitado lhe ocuparia o espírito; imaginando fazer maravilhas, ela não faria nada senão arranjar para si, a pretexto de zelo, uma distração inútil. Para mim, com isso acontece o mesmo que com o resto: sinto que, para que as minhas cartas façam bem, é preciso que sejam escritas por obediência e que eu sinta antes repugnância que prazer em escrevê-las. Assim, quando falo com uma noviça, procuro fazê-lo mortificando-me; evito fazer-lhe perguntas que satisfariam a minha curiosidade; se ela começa uma coisa interessante e depois passa a outra que me aborrece, sem acabar a primeira, guardo-me bem de lhe lembrar o assunto que ela deixou de lado, pois me parece que não se pode fazer nenhum bem quando se busca a si mesmo.
Ma Mère bien-aimée, je m'aperçois que je ne me corrigerai jamais, me voici encore partie bien loin de mon sujet, avec toutes mes dissertations ; excusez-moi, je vous en prie, et permettez que je recommence à la prochaine occasion puisque je ne puis faire autrement !... Vous agissez comme le bon Dieu qui ne se fatigue pas de m'entendre, lorsque je Lui dis tout simplement mes peines et mes joies comme s'Il ne les connaissait pas... Vous aussi, ma Mère, vous connaissez depuis longtemps ce que je pense et tous les événements mémorables de ma vie ; je ne saurais donc vous apprendre rien de nouveau. Je ne puis m'empêcher de rire en pensant que je vous écris scrupuleusement tant de choses C 33r que vous savez aussi bien que moi. Enfin, Mère chérie, je vous obéis et si maintenant vous ne trouvez pas d'intérêt à lire ces pages, peut-être qu'elles vous distrairont dans vos vieux jours et serviront ensuite pour allumer votre feu, ainsi je n'aurai pas perdu mon temps... Mais je m'amuse à parler comme un enfant ; ne croyez pas, ma Mère, que je recherche quelle utilité peut avoir mon pauvre travail ; puisque je le fais par obéissance, cela me suffit et je n'éprouverais aucune peine si vous le brûliez sous mes yeux avant de l'avoir lu.
Minha Madre bem-amada, percebo que não me corrigirei nunca; lá me fui de novo para bem longe do meu assunto, com todas as minhas dissertações; desculpai-me, eu vos peço, e permiti que eu recomece na próxima ocasião, já que não posso fazer de outro modo!... Agis como o bom Deus, que não se cansa de me ouvir quando Lhe digo muito simplesmente as minhas penas e as minhas alegrias, como se Ele não as conhecesse... Vós também, minha Madre, conheceis há muito tempo o que penso e todos os acontecimentos memoráveis da minha vida; eu não vos poderia, portanto, ensinar nada de novo. Não posso deixar de rir pensando que vos escrevo escrupulosamente tantas coisas C 33r que sabeis tão bem quanto eu. Enfim, Madre querida, eu vos obedeço, e, se agora não achais interesse em ler estas páginas, talvez elas vos distraiam na vossa velhice e sirvam depois para acender o vosso fogo; assim não terei perdido o meu tempo... Mas eu me divirto falando como uma criança; não penseis, minha Madre, que eu procure saber que utilidade pode ter o meu pobre trabalho; já que o faço por obediência, isso me basta, e eu não sentiria nenhuma pena se o queimásseis diante dos meus olhos antes de o terdes lido.
Il est temps que je reprenne l'histoire de mes frères qui tiennent maintenant une si grande place dans ma vie. ‑ L'année dernière à la fin du mois de mai, je me souviens qu'un jour vous m'avez fait appeler avant le réfectoire. Le coeur me battait bien fort lorsque j'entrai chez vous, ma Mère chérie ; je me demandais ce que vous pouviez avoir à me dire, car c'était la première fois que vous me faisiez demander ainsi. Après m'avoir dit de m'asseoir, voici la proposition que vous m'avez faite : ‑ «Voulez-vous vous charger des intérêts spirituels d'un missionnaire qui doit être ordonné prêtre et partir prochainement?» Et puis, ma Mère, vous m'avez lu la lettre de ce jeune Père afin que je sache au juste ce qu'il demandait. Mon premier sentiment fut un sentiment de joie qui fit aussitôt place à la crainte. Je vous expliquai, ma Mère bien-aimée, qu'ayant déjà offert mes pauvres mérites pour un futur apôtre, je croyais ne pouvoir le faire encore aux intentions d'un autre et que d'ailleurs, il y avait beaucoup de soeurs meilleures que moi qui pourraient répondre à son désir. Toutes mes objections furent inutiles, vous C 33v m'avez répondu qu'on pouvait avoir plusieurs frères. Alors je vous ai demandé si l'obéissance ne pourrait pas doubler mes mérites. Vous m'avez répondu que oui, en me disant plusieurs choses qui me faisaient voir qu'il me fallait accepter sans scrupule un nouveau frère. Dans le fond, ma Mère, je pensais comme vous et même, puisque «Le zèle d'une carmélite doit embrasser le monde», j'espère avec la grâce du bon Dieu être utile à plus de deux missionnaires et je ne pourrais oublier de prier pour tous, sans laisser de côté les simples prêtres dont la mission parfois est aussi difficile à remplir que celle des apôtres prêchant les infidèles. Enfin je veux être fille de l'Eglise comme l'était notre Mère Ste Thérèse et prier dans les intentions de notre St Père le Pape, sachant que ses intentions embrassent l'univers. Voilà le but général de ma vie, mais cela ne m'aurait pas empêchée de prier et de m'unir spécialement aux oeuvres de mes petits anges chéris s'ils avaient été prêtres. Eh bien ! voilà comment je me suis unie spirituellement aux apôtres que Jésus m'a donnés pour frères : tout ce qui m'appartient, appartient à chacun d'eux, je sens bien que le bon Dieu est trop bon pour faire des partages, Il est si riche qu'Il donne sans mesure tout ce que je lui demande... Mais ne croyez pas, ma Mère, que je me perde dans de longues énumérations.
Já é tempo de eu retomar a história dos meus irmãos, que ocupam agora um lugar tão grande na minha vida. — No ano passado, no fim do mês de maio, lembro-me de que um dia me mandastes chamar antes do refeitório. O coração me batia bem forte quando entrei na vossa cela, minha Madre querida; eu me perguntava o que teríeis para me dizer, pois era a primeira vez que me mandáveis chamar assim. Depois de me terdes dito que me sentasse, eis a proposta que me fizestes: — «Quereis encarregar-vos dos interesses espirituais de um missionário que deve ser ordenado sacerdote e partir em breve?» E depois, minha Madre, lestes-me a carta desse jovem padre, para que eu soubesse exatamente o que ele pedia. O meu primeiro sentimento foi um sentimento de alegria, que logo deu lugar ao temor. Expliquei-vos, minha Madre bem-amada, que, tendo já oferecido os meus pobres méritos por um futuro apóstolo, eu julgava não poder fazê-lo ainda pelas intenções de outro e que, aliás, havia muitas irmãs melhores do que eu que poderiam corresponder ao seu desejo. Todas as minhas objeções foram inúteis; vós C 33v me respondestes que se podiam ter vários irmãos. Então vos perguntei se a obediência não poderia dobrar os meus méritos. Respondestes-me que sim, dizendo-me várias coisas que me faziam ver que eu devia aceitar sem escrúpulo um novo irmão. No fundo, minha Madre, eu pensava como vós e até, já que «O zelo de uma carmelita deve abraçar o mundo», espero, com a graça do bom Deus, ser útil a mais de dois missionários, e eu não poderia esquecer-me de rezar por todos, sem deixar de lado os simples padres, cuja missão é às vezes tão difícil de cumprir quanto a dos apóstolos que pregam aos infiéis. Enfim, quero ser filha da Igreja, como o era nossa Madre Santa Teresa, e rezar nas intenções do nosso Santo Padre, o Papa, sabendo que as suas intenções abraçam o universo. Eis o objetivo geral da minha vida, mas isso não me teria impedido de rezar e de me unir especialmente às obras dos meus queridos anjinhos, se eles tivessem sido sacerdotes. Pois bem! eis como me uni espiritualmente aos apóstolos que Jesus me deu por irmãos: tudo o que me pertence, pertence a cada um deles; sinto bem que o bom Deus é bom demais para fazer partilhas; Ele é tão rico que dá sem medida tudo o que lhe peço... Mas não penseis, minha Madre, que eu me perca em longas enumerações.
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