Ir para o texto
Biblioteca

Ms A

A espera e a entrada no Carmelo (1888–1890)

O ma Mère chérie ! qu'il m'a été doux de vous revoir, de vous ouvrir ma pauvre petite âme blessée. A vous qui saviez si bien me comprendre, à qui une parole, un regard suffisaient pour tout deviner ! Je m'abandonnai complètement, j'avais fait tout ce qui dépendait de moi, tout, jusqu'à parler au St Père, aussi je ne savais ce que je devais encore faire. Vous me dîtes d'écrire à Monseigneur et de lui rappeler sa promesse ; je le fis aussitôt, le mieux qu'il me fut possible, mais dans des termes que mon Oncle trouva un peu trop A 67v simples. Il refit ma lettre ; au moment où j'allais la faire partir, j'en reçus une de vous, me disant de ne pas écrire, d'attendre quelques jours ; j'obéis aussitôt, car j'étais sûre que c'était le meilleur moyen de ne pas se tromper. Enfin 10 jours avant Noël, ma lettre partit ! Bien convaincue que la réponse ne se ferait pas attendre, j'allais tous les matins après la messe à la poste avec Papa, croyant y trouver la permission de m'envoler, mais chaque matin amenait une nouvelle déception qui cependant, n'ébranlait pas ma foi... Je demandais à Jésus de briser mes liens, Il les brisa, mais d'une manière toute différente de celle que j'attendais... La belle fête de Noël arriva et Jésus ne se réveilla pas... Il laissa par terre sa petite balle, sans même jeter sur elle un regard...

Ó minha Madre querida! como me foi doce rever-vos, abrir-vos a minha pobre alminha ferida. A vós, que sabíeis compreender-me tão bem, a quem uma palavra, um olhar bastavam para tudo adivinhar! Abandonei-me completamente, tinha feito tudo o que dependia de mim, tudo, até falar ao Santo Padre, por isso não sabia o que ainda devia fazer. Vós me dissestes que escrevesse a Monsenhor e lhe lembrasse a sua promessa; eu o fiz imediatamente, o melhor que me foi possível, mas em termos que o meu Tio achou um pouco demasiado A 67v simples. Ele refez a minha carta; no momento em que eu ia enviá-la, recebi uma vossa, dizendo-me que não escrevesse, que esperasse alguns dias; obedeci logo, pois tinha certeza de que era o melhor meio de não errar. Enfim, 10 dias antes do Natal, a minha carta partiu! Bem convencida de que a resposta não se faria esperar, eu ia todas as manhãs, depois da missa, ao correio com Papai, crendo encontrar lá a permissão de levantar voo, mas cada manhã trazia uma nova decepção, que, no entanto, não abalava a minha fé... Eu pedia a Jesus que quebrasse os meus laços, Ele os quebrou, mas de um modo bem diferente daquele que eu esperava... A bela festa de Natal chegou e Jesus não acordou... Deixou no chão a sua bolinha, sem lançar-lhe sequer um olhar...

Mon coeur était brisé en me rendant à la messe de minuit, je comptais si bien y assister derrière les grilles du Carmel !... Cette épreuve fut bien grande pour ma foi, mais Celui dont le coeur veille pendant son sommeil, me fit comprendre qu'à ceux dont la foi égale un grain de sénevé, il accorde des miracles et fait changer de place les montagnes, afin d'affermir cette foi si petite ; mais pour ses intimes, pour sa Mère, il ne fait pas de miracles avant d'avoir éprouvé leur foi. Ne laissa-t-Il pas mourir Lazare, bien que Marthe et Marie Lui aient fait dire qu'il était malade ?... Aux noces de Cana, la Ste Vierge ayant demandé à Jésus de secourir le Maître de la maison, ne Lui répondit-Il pas que son heure n'était pas encore venue ?... Mais après l'épreuve, quelle récompense ! l'eau se change en vin... Lazare ressuscite !... Ainsi Jésus agit-Il envers sa petite Thérèse : après l'avoir longtemps éprouvée, Il combla tous les désirs de son coeur...

O meu coração estava despedaçado quando me dirigi à missa da meia-noite, eu contava tanto assistir a ela por trás das grades do Carmelo!... Essa provação foi bem grande para a minha fé, mas Aquele cujo coração vela durante o sono fez-me compreender que, àqueles cuja fé iguala um grão de mostarda, concede milagres e faz mudar de lugar as montanhas, a fim de fortalecer essa fé tão pequena; mas, para os seus íntimos, para a sua Mãe, não faz milagres antes de ter provado a fé deles. Não deixou Ele morrer Lázaro, embora Marta e Maria Lhe tivessem mandado dizer que estava doente?... Nas bodas de Caná, tendo a Santíssima Virgem pedido a Jesus que socorresse o Dono da casa, não Lhe respondeu Ele que a sua hora ainda não tinha chegado?... Mas, depois da provação, que recompensa! a água se transforma em vinho... Lázaro ressuscita!... Assim agiu Jesus para com a sua pequena Teresa: depois de tê-la provado longamente, Ele cumulou todos os desejos do seu coração...

L'après-midi de la radieuse fête passée pour moi dans les larmes, j'allai voir les carmélites ; ma surprise fut bien grande d'apercevoir lorsqu'on ouvrit la grille A 68r un ravissant petit Jésus, tenant en sa main une balle sur laquelle était écrit mon nom. Les carmélites, à la place de Jésus, trop petit pour parler, me chantèrent un cantique composé par ma Mère chérie ; chaque parole répandait en mon âme une bien douce consolation, jamais je n'oublierai cette délicatesse du coeur maternel qui toujours me combla des plus exquises tendresses... Après avoir remercié en répandant de douces larmes, je racontai la surprise que ma Céline chérie m'avait faite en revenant de la messe de minuit. J'avais trouvé dans ma chambre, au milieu d'un charmant bassin, un petit navire qui portait le petit Jésus dormant avec une petite balle auprès de Lui, sur la voile blanche Céline avait écrit ces mots : «Je dors mais mon coeur veille» et sur le vaisseau ce seul mot : «Abandon!» Ah ! si Jésus ne parlait pas encore à sa petite fiancée, si toujours ses yeux divins restaient fermés, du moins, Il se révélait à elle par le moyen d'âmes comprenant toutes les délicatesses de l'amour de son coeur...

Na tarde da radiosa festa, passada por mim em lágrimas, fui ver as carmelitas; a minha surpresa foi bem grande ao avistar, quando abriram a grade, A 68r um encantador pequeno Jesus segurando na mão uma bola na qual estava escrito o meu nome. As carmelitas, no lugar de Jesus, pequeno demais para falar, cantaram-me um cântico composto por minha Madre querida; cada palavra derramava em minha alma uma consolação muito doce, jamais esquecerei essa delicadeza do coração materno, que sempre me cumulou das mais requintadas ternuras... Depois de agradecer derramando doces lágrimas, contei a surpresa que a minha Celina querida me fizera na volta da missa da meia-noite. Eu tinha encontrado no meu quarto, no meio de uma graciosa bacia, um naviozinho que levava o pequeno Jesus dormindo, com uma bolinha junto a Ele; na vela branca Celina tinha escrito estas palavras: «Eu durmo, mas o meu coração vela», e no navio esta única palavra: «Abandono!» Ah! se Jesus ainda não falava à sua pequena noiva, se os seus olhos divinos continuavam sempre fechados, ao menos Ele se revelava a ela por meio de almas que compreendiam todas as delicadezas do amor do seu coração...

Le premier jour de l'année 1888 Jésus me fit encore présent de sa croix mais cette fois je fus seule à la porter, car elle fut d'autant plus douloureuse qu'elle était incomprise... Une lettre de Mère Marie de Gonzague m'annonça que la réponse de Monseigneur était arrivée le 28, fête des Sts Innocents, mais qu'elle ne me l'avait pas fait savoir, ayant décidé que mon entrée n'aurait lieu qu'après le carême. Je ne pus retenir mes larmes à la pensée d'un si long délai. Cette épreuve eut pour moi un caractère tout particulier, je voyais mes liens rompus du côté du monde et cette fois c'était l'arche sainte qui refusait son entrée à la pauvre petite colombe... Je veux bien croire que je dus paraître déraisonnable en n'acceptant pas joyeusement mes trois mois d'exil, mais je crois aussi que, sans le paraître, cette épreuve fut très grande et me fit beaucoup grandir dans l'abandon et les autres vertus.

No primeiro dia do ano de 1888, Jesus me deu ainda de presente a sua cruz, mas desta vez carreguei-a sozinha, pois foi tanto mais dolorosa quanto era incompreendida... Uma carta de Madre Maria de Gonzaga anunciou-me que a resposta de Monsenhor tinha chegado no dia 28, festa dos Santos Inocentes, mas que ela não me avisara, tendo decidido que a minha entrada só se daria depois da quaresma. Não pude conter as lágrimas ao pensar numa demora tão longa. Essa provação teve para mim um caráter muito particular, eu via os meus laços rompidos do lado do mundo e desta vez era a arca santa que recusava a entrada à pobre pombinha... Bem quero crer que devo ter parecido insensata por não aceitar alegremente os meus três meses de exílio, mas creio também que, sem o parecer, essa provação foi muito grande e me fez crescer muito no abandono e nas outras virtudes.

A 68v Comment se passèrent ces trois mois si riches en grâces pour mon âme ?... D'abord il me vint à la pensée de ne pas me gêner à mener une vie aussi bien réglée que j'en avais l'habitude, mais bientôt je compris le prix du temps qui m'était offert et je résolus de me livrer plus que jamais à une vie sérieuse et mortifiée. Lorsque je dis mortifiée, ce n'est pas afin de faire croire que je faisais des pénitences, hélas ! je n'en ai jamais fait aucune, bien loin de ressembler aux belles âmes qui dès leur enfance pratiquaient toute espèce de mortifications, je ne sentais pour elles aucun attrait ; sans doute cela venait de ma lâcheté, car j'aurais pu, comme Céline, trouver mille petites inventions pour me faire souffrir, au lieu de cela je me suis toujours laissée dorloter dans du coton et empâter comme un petit oiseau qui n'a pas besoin de faire pénitence... Mes mortifications consistaient à briser ma volonté, toujours prête à s'imposer, à retenir une parole de réplique, à rendre de petits services sans les faire valoir, à ne point m'appuyer le dos quand j'étais assise, etc., etc... Ce fut par la pratique de ces riens que je me préparai à devenir la fiancée de Jésus, et je ne puis dire combien cette attente m'a laissé de doux souvenirs... Trois mois passent bien vite, enfin le moment si ardemment désiré arriva.

A 68v Como se passaram esses três meses tão ricos de graças para a minha alma?... Primeiro, veio-me a ideia de não me incomodar em levar uma vida tão bem regrada como era o meu costume, mas logo compreendi o valor do tempo que me era oferecido e resolvi entregar-me mais do que nunca a uma vida séria e mortificada. Quando digo mortificada, não é para fazer crer que eu fazia penitências, ai! nunca fiz nenhuma, bem longe de me parecer com as belas almas que desde a infância praticavam toda espécie de mortificações, eu não sentia por elas nenhuma atração; sem dúvida isso vinha da minha covardia, pois eu poderia, como Celina, achar mil pequenas invenções para me fazer sofrer, em vez disso sempre me deixei mimar entre algodões e cevar como um passarinho que não precisa fazer penitência... As minhas mortificações consistiam em quebrar a minha vontade, sempre pronta a impor-se, em conter uma palavra de réplica, em prestar pequenos serviços sem os pôr em evidência, em não encostar as costas quando estava sentada, etc., etc... Foi pela prática desses nadas que me preparei para tornar-me a noiva de Jesus, e não posso dizer quantas doces lembranças me deixou essa espera... Três meses passam bem depressa, enfim o momento tão ardentemente desejado chegou.

Le lundi 9 avril, jour où le Carmel célébrait la fête de l'Annonciation, remise à cause du carême, fut choisi pour mon entrée. La veille toute la famille était réunie autour de la table où je devais m'asseoir une dernière fois. Ah ! que ces réunions intimes sont déchirantes !... Alors qu'on voudrait se voir oubliée, les caresses, les paroles les plus tendres sont prodiguées et font sentir le sacrifice de la séparation... Papa ne disait presque rien mais son regard se fixait sur moi avec amour... Ma Tante pleurait de temps en temps et mon Oncle me faisait mille compliments affectueux. Jeanne et Marie étaient aussi remplies de délicatesses pour moi, surtout Marie qui me A 69r prenant à l'écart, me demanda pardon des peines qu'elle croyait m'avoir causées. Enfin ma chère petite Léonie, revenue de la Visitation depuis quelques mois, me comblait plus encore de baisers et de caresses. Il n'y a que Céline dont je n'ai pas parlé, mais vous devinez, ma Mère chérie, comment se passa la dernière nuit où nous avons couché ensemble... Le matin du grand jour, après avoir jeté un dernier regard sur les Buissonnets, ce nid gracieux de mon enfance que je ne devais plus revoir, je partis au bras de mon Roi chéri pour gravir la montagne du Carmel... Comme la veille toute la famille se trouva réunie pour entendre la Ste Messe et y communier. Aussitôt que Jésus fut descendu dans le coeur de mes parents chéris, je n'entendis autour de moi que des sanglots, il n'y eut que moi qui ne versai pas de larmes, mais je sentis mon coeur battre avec une telle violence qu'il me sembla impossible d'avancer lorsqu'on vint nous faire signe de venir à la porte conventuelle ; j'avançai cependant tout en me demandant si je n'allais pas mourir par la force des battements de mon coeur... Ah ! quel moment que celui-là ! Il faut y avoir passé pour savoir ce qu'il est...

A segunda-feira, 9 de abril, dia em que o Carmelo celebrava a festa da Anunciação, adiada por causa da quaresma, foi escolhida para a minha entrada. Na véspera, toda a família estava reunida em volta da mesa à qual eu devia sentar-me pela última vez. Ah! como são dilacerantes essas reuniões íntimas!... Quando se desejaria ficar esquecida, as carícias, as palavras mais ternas são prodigalizadas e fazem sentir o sacrifício da separação... Papai quase nada dizia, mas o seu olhar se fixava em mim com amor... Minha Tia chorava de vez em quando, e meu Tio me fazia mil elogios carinhosos. Joana e Maria também estavam cheias de delicadezas comigo, sobretudo Maria, que, A 69r chamando-me à parte, pediu-me perdão dos desgostos que julgava ter-me causado. Enfim, a minha querida pequena Leônia, que voltara da Visitação havia alguns meses, cumulava-me ainda mais de beijos e carícias. Só de Celina não falei, mas vós adivinhais, minha Madre querida, como se passou a última noite em que dormimos juntas... Na manhã do grande dia, depois de lançar um último olhar aos Buissonnets, esse ninho gracioso da minha infância que eu não devia mais rever, parti de braço dado com o meu Rei querido para subir a montanha do Carmelo... Como na véspera, toda a família se achou reunida para ouvir a Santa Missa e nela comungar. Assim que Jesus desceu ao coração dos meus parentes queridos, só ouvi soluços ao meu redor, só eu não derramei lágrimas, mas senti o meu coração bater com tamanha violência que me pareceu impossível avançar quando vieram fazer-nos sinal para irmos à porta conventual; avancei, contudo, perguntando-me se não ia morrer pela força das batidas do meu coração... Ah! que momento aquele! É preciso ter passado por ele para saber o que é...

Mon émotion ne se traduisit pas au dehors : après avoir embrassé tous les membres de ma famille chérie, je me mis à genoux devant mon incomparable Père, lui demandant sa bénédiction ; pour me la donner il se mit lui-même à genoux et me bénit en pleurant... C'était un spectacle qui devait faire sourire les anges que celui de ce vieillard présentant au Seigneur son enfant encore au printemps de la vie !...Quelques instants après, les portes de l'arche sainte se fermaient sur moi et là je recevais les embrassements des soeurs chéries qui m'avaient servi de mères et que j'allais désormais prendre pour modèles de mes actions... Enfin mes désirs étaient accomplis, mon âme ressentait une paix si douce et si profonde qu'il me serait impossible A 69v de l'exprimer et depuis 7 ans et demi cette paix intime est restée mon partage, elle ne m'a pas abandonnée au milieu des plus grandes épreuves.

A minha emoção não transpareceu por fora: depois de beijar todos os membros da minha família querida, pus-me de joelhos diante do meu incomparável Pai, pedindo-lhe a sua bênção; para dá-la, ele mesmo se pôs de joelhos e me abençoou chorando... Era um espetáculo que devia fazer sorrir os anjos, o daquele ancião apresentando ao Senhor a sua filha ainda na primavera da vida!... Alguns instantes depois, as portas da arca santa se fechavam atrás de mim, e ali eu recebia os abraços das irmãs queridas que me tinham servido de mães e que eu ia doravante tomar como modelos das minhas ações... Enfim os meus desejos estavam realizados, a minha alma sentia uma paz tão doce e tão profunda que me seria impossível A 69v exprimi-la, e há 7 anos e meio essa paz íntima tem sido o meu quinhão, ela não me abandonou no meio das maiores provações.

Comme toutes les postulantes je fus conduite au choeur aussitôt après mon entrée ; il était sombre à cause du St Sacrement exposé et ce qui frappa d'abord mes regards, furent les yeux de notre sainte mère Geneviève qui se fixèrent sur moi ; je restai un moment à genoux à ses pieds remerciant le bon Dieu de la grâce qu'Il m'accordait de connaître une sainte et puis je suivis la mère Marie de Gonzague dans les différents endroits de la communauté ; tout me semblait ravissant, je me croyais transportée dans un désert, notre petite cellule surtout me charmait, mais la joie que je ressentais était calme, le plus léger zéphyr ne faisait pas onduler les eaux tranquilles sur lesquelles voguait ma petite nacelle, aucun nuage n'obscurcissait mon ciel d'azur... ah ! j'étais pleinement récompensée de toutes mes épreuves... Avec quelle joie profonde je répétais ces paroles : «C'est pour toujours, toujours que je suis ici!...»

Como todas as postulantes, fui conduzida ao coro logo depois da minha entrada; estava escuro por causa do Santíssimo Sacramento exposto, e o que primeiro me prendeu o olhar foram os olhos da nossa santa madre Genoveva, que se fixaram em mim; fiquei um momento de joelhos aos seus pés, agradecendo ao bom Deus a graça que Ele me concedia de conhecer uma santa, e depois segui a madre Maria de Gonzaga pelos diferentes lugares da comunidade; tudo me parecia maravilhoso, eu me julgava transportada a um deserto, a nossa pequena cela sobretudo me encantava, mas a alegria que eu sentia era calma, o mais leve zéfiro não fazia ondular as águas tranquilas sobre as quais vogava a minha barquinha, nenhuma nuvem obscurecia o meu céu azul... ah! eu estava plenamente recompensada de todas as minhas provações... Com que alegria profunda eu repetia estas palavras: «É para sempre, sempre, que estou aqui!...»

Ce bonheur n'était pas éphémère, il ne devait point s'envoler avec «les illusions des premiers jours». Les illusions, le bon Dieu m'a fait la grâce de n'en avoir aucune en entrant au Carmel ; j'ai trouvé la vie religieuse telle que je me l'étais figurée, aucun sacrifice ne m'étonna et cependant, vous le savez, ma Mère chérie, mes premiers pas ont rencontré plus d'épines que [de] roses !... Oui, la souffrance m'a tendu les bras et je m'y suis jetée avec amour... Ce que je venais faire au Carmel, je l'ai déclaré aux pieds de Jésus-Hostie, dans l'examen qui précéda ma profession : «Je suis venue pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres.» Lorsqu'on veut atteindre un but, il faut en prendre les moyens ; Jésus me fit comprendre que c'était par la croix qu'Il voulait me donner des âmes et mon attrait pour la souffrance grandit à mesure que la souffrance augmentait. Pendant 5 années cette voie fut la mienne ; mais A 70r à l'extérieur, rien ne traduisait ma souffrance d'autant plus douloureuse que j'étais seule à la connaître. Ah ! quelle surprise à la fin du monde nous aurons en lisant l'histoire des âmes !... Qu'il y aura de personnes étonnées en voyant la voie par laquelle la mienne a été conduite !...

Essa felicidade não era efêmera, não devia voar com «as ilusões dos primeiros dias». Ilusões, o bom Deus me deu a graça de não ter nenhuma ao entrar no Carmelo; encontrei a vida religiosa tal como a tinha imaginado, nenhum sacrifício me espantou e, no entanto, vós o sabeis, minha Madre querida, os meus primeiros passos encontraram mais espinhos do que rosas!... Sim, o sofrimento me estendeu os braços e eu me lancei neles com amor... O que eu vinha fazer no Carmelo, declarei-o aos pés de Jesus-Hóstia, no exame que precedeu a minha profissão: «Vim para salvar as almas e sobretudo a fim de rezar pelos sacerdotes.» Quando se quer atingir um fim, é preciso tomar os meios; Jesus me fez compreender que era pela cruz que Ele queria dar-me almas, e a minha atração pelo sofrimento cresceu à medida que o sofrimento aumentava. Durante 5 anos essa via foi a minha; mas A 70r no exterior nada revelava o meu sofrimento, tanto mais doloroso quanto só eu o conhecia. Ah! que surpresa teremos no fim do mundo ao ler a história das almas!... Quantas pessoas ficarão espantadas ao ver a via pela qual a minha foi conduzida!...

Cela est si vrai que, deux mois après mon entrée, le Père Pichon étant venu pour la profession de Sr Marie du Sacré-Coeur, il fut surpris de voir ce que le Bon Dieu faisait en mon âme et me dit que la veille, m'ayant considérée priant au choeur, il croyait ma ferveur tout enfantine et ma voie bien douce. Mon entrevue avec le bon Père fut pour moi une consolation bien grande, mais voilée de larmes à cause de la difficulté que j'éprouvais à ouvrir mon âme. Je fis cependant une confession générale, comme jamais je n'en avais faite ; à la fin le Père me dit ces paroles, les plus consolantes qui soient venues retentir à l'oreille de mon âme : «En présence du Bon Dieu, de la Ste Vierge et de tous les Saints, je déclare que jamais vous n'avez commis un seul péché mortel.» Puis il ajouta : remerciez le Bon Dieu de ce qu'il fait pour vous, car s'il vous abandonnait, au lieu d'être un petit ange, vous deviendriez un petit démon. Ah ! je n'avais pas de peine à le croire, je sentais combien j'étais faible et imparfaite, mais la reconnaissance remplissait mon âme ; j'avais une si grande crainte d'avoir terni la robe de mon Baptême, qu'une telle assurance sortie de la bouche d'un directeur comme les désirait Notre Ste Mre Thérèse, c'est-à-dire unissant la science à la vertu, me paraissait sortie de la bouche même de Jésus... Le bon Père me dit encore ces paroles qui se sont doucement gravées en mon coeur : «Mon enfant, que Notre-Seigneur soit toujours votre Supérieur et votre Maître des novices.» Il le fut en effet et aussi «Mon directeur». Ce n'est pas que je veuille dire par là que mon âme ait été fermée pour mes Supérieures, ah ! loin de là, j'ai toujours essayé qu'elle leur soit un livre A 70v ouvert ; mais notre Mère, souvent malade, avait peu le temps de s'occuper de moi. Je sais qu'elle m'aimait beaucoup et disait de moi tout le bien possible, cependant le Bon Dieu permettait qu'à son insu, elle fût très sévère ; je ne pouvais la rencontrer sans baiser la terre, il en était de même dans les rares directions que j'avais avec elle... Quelle grâce inappréciable !... Comme le Bon Dieu agissait visiblement en celle qui tenait sa place !... Que serais-je devenue si, comme le croyaient les personnes du monde, j'avais été «le joujou» de la communauté ?... Peut-être au lieu de voir Notre-Seigneur en mes Supérieures n'aurais-je considéré que les personnes et mon coeur, si bien gardé dans le monde, se serait attaché humainement dans le cloître... Heureusement je fus préservée de ce malheur. Sans doute, j'aimais beaucoup notre Mère, mais d'une affection pure qui m'élevait vers l'Époux de mon âme...

Isso é tão verdade que, dois meses depois da minha entrada, tendo o padre Pichon vindo para a profissão da Irmã Maria do Sagrado Coração, ficou surpreso ao ver o que o Bom Deus fazia em minha alma e me disse que na véspera, tendo-me observado enquanto eu rezava no coro, julgara o meu fervor todo infantil e a minha via bem suave. A minha entrevista com o bom Padre foi para mim uma consolação muito grande, mas velada de lágrimas por causa da dificuldade que eu sentia em abrir a minha alma. Fiz, contudo, uma confissão geral como nunca tinha feito; no fim, o Padre me disse estas palavras, as mais consoladoras que já vieram ressoar ao ouvido da minha alma: «Na presença do Bom Deus, da Santíssima Virgem e de todos os Santos, declaro que jamais cometestes um só pecado mortal.» Depois acrescentou: agradecei ao Bom Deus o que ele faz por vós, pois, se ele vos abandonasse, em vez de ser um anjinho, vos tornaríeis um demoniozinho. Ah! eu não tinha dificuldade em crê-lo, sentia quanto era fraca e imperfeita, mas a gratidão enchia a minha alma; eu tinha tão grande medo de ter manchado a veste do meu Batismo, que tal certeza, saída da boca de um diretor como os desejava Nossa Santa Madre Teresa, isto é, que unisse a ciência à virtude, me parecia saída da própria boca de Jesus... O bom Padre me disse ainda estas palavras, que se gravaram docemente em meu coração: «Minha filha, que Nosso Senhor seja sempre o vosso Superior e o vosso Mestre de noviças.» Ele o foi, de fato, e também «Meu diretor». Não que eu queira dizer com isso que a minha alma tenha estado fechada para as minhas Superioras, ah! longe disso, sempre procurei que ela fosse para elas um livro A 70v aberto; mas nossa Madre, muitas vezes doente, tinha pouco tempo para ocupar-se de mim. Sei que ela me amava muito e dizia de mim todo o bem possível, contudo o Bom Deus permitia que, sem que ela o soubesse, fosse muito severa; eu não podia encontrá-la sem beijar o chão, e o mesmo acontecia nas raras direções que eu tinha com ela... Que graça inestimável!... Como o Bom Deus agia visivelmente naquela que fazia as suas vezes!... Que teria sido de mim se, como pensavam as pessoas do mundo, eu tivesse sido «o brinquedinho» da comunidade?... Talvez, em vez de ver Nosso Senhor nas minhas Superioras, eu só teria considerado as pessoas, e o meu coração, tão bem guardado no mundo, se teria apegado humanamente no claustro... Felizmente fui preservada dessa desgraça. Sem dúvida, eu amava muito nossa Madre, mas com uma afeição pura que me elevava para o Esposo da minha alma...

Notre maîtresse était une vraie sainte, le type achevé des premières carmélites ; toute la journée j'étais avec elle, car elle m'apprenait à travailler. Sa bonté pour moi était sans bornes et cependant mon âme ne se dilatait pas... Ce n'était qu'avec effort qu'il m'était possible de faire direction, n'étant pas habituée à parler de mon âme je ne savais comment exprimer ce qui s'y passait. Une bonne vieille mère comprit un jour ce que je ressentais, elle me dit en riant à la récréation : «Ma petite fille, il me semble que vous ne devez pas avoir grand'chose à dire à vos supérieures.» «Pourquoi, ma Mère, dites-vous cela?...» «Parce que votre âme est extrêmement simple, mais quand vous serez parfaite, vous serez encore plus simple, plus on approche du Bon Dieu, plus on se simplifie.» La bonne Mère avait raison ; cependant la difficulté que j'avais à ouvrir mon âme tout en venant de ma simplicité était une véritable épreuve, je le reconnais maintenant, car sans cesser d'être simple A 71r j'exprime mes pensées avec une très grande facilité.

Nossa mestra era uma verdadeira santa, o tipo acabado das primeiras carmelitas; o dia inteiro eu estava com ela, pois ela me ensinava a trabalhar. A sua bondade para comigo era sem limites e, no entanto, a minha alma não se dilatava... Só com esforço me era possível fazer direção; não estando habituada a falar da minha alma, eu não sabia como exprimir o que nela se passava. Uma boa madre idosa compreendeu um dia o que eu sentia e disse-me, rindo, no recreio: «Minha filhinha, parece-me que não deveis ter grande coisa a dizer às vossas superioras.» «Por que, minha Madre, dizeis isso?...» «Porque a vossa alma é extremamente simples, mas, quando fordes perfeita, sereis ainda mais simples; quanto mais nos aproximamos do Bom Deus, mais nos simplificamos.» A boa Madre tinha razão; contudo, a dificuldade que eu tinha em abrir a minha alma, embora viesse da minha simplicidade, era uma verdadeira provação, reconheço-o agora, pois, sem deixar de ser simples, A 71r exprimo os meus pensamentos com uma facilidade muito grande.

J'ai dit que Jésus avait été «mon Directeur» En entrant au Carmel je fis connaissance avec celui qui devait m'en servir, mais à peine m'avait-il admise au nombre de ses enfants qu'il partit pour l'exil... Ainsi je ne l'avais connu que pour en être aussitôt privée... Réduite à recevoir de lui une lettre par an, sur 12 que je lui écrivais, mon coeur se tourna bien vite vers le Directeur des directeurs et ce fut Lui qui m'instruisit de cette science cachée aux savants et aux sages qu'Il daigne révéler aux plus petits...

Eu disse que Jesus tinha sido «meu Diretor». Ao entrar no Carmelo, conheci aquele que devia servir-me de diretor, mas, mal me tinha admitido no número dos seus filhos, partiu para o exílio... Assim, eu só o tinha conhecido para logo ficar privada dele... Reduzida a receber dele uma carta por ano, contra 12 que eu lhe escrevia, o meu coração voltou-se bem depressa para o Diretor dos diretores, e foi Ele que me instruiu nessa ciência escondida aos sábios e aos prudentes, que Ele se digna revelar aos mais pequeninos...

La petite fleur transplantée sur la montagne du Carmel devait s'épanouir à l'ombre de la Croix ; les larmes, le sang de Jésus devinrent sa rosée et son Soleil fut sa Face Adorable voilée de pleurs... Jusqu'alors je n'avais pas sondé la profondeur des trésors cachés dans la Sainte Face, ce fut par vous, ma Mère chérie, que j'appris à les connaître, de même qu'autrefois vous nous aviez toutes précédées au Carmel, de même vous aviez pénétré la première les mystères d'amour cachés dans le Visage de notre Epoux ; alors vous m'avez appelée et j'ai compris... J'ai compris ce qu'était la véritable gloire. Celui dont le royaume n'est pas de ce monde me montra que la vraie sagesse consiste à «vouloir être ignorée et comptée pour rien», à «mettre sa joie dans le mépris de soi-même»... Ah ! comme celui de Jésus, je voulais que : «Mon visage soit vraiment caché, que sur la terre personne ne me reconnaisse.» J'avais soif de souffrir et d'être oubliée...

A florzinha transplantada para a montanha do Carmelo devia desabrochar à sombra da Cruz; as lágrimas, o sangue de Jesus tornaram-se o seu orvalho, e o seu Sol foi a sua Face Adorável velada de prantos... Até então eu não tinha sondado a profundidade dos tesouros escondidos na Sagrada Face, foi por vós, minha Madre querida, que aprendi a conhecê-los; assim como outrora nos tínheis precedido a todas no Carmelo, assim também tínheis penetrado primeiro os mistérios de amor escondidos no Rosto do nosso Esposo; então me chamastes e eu compreendi... Compreendi o que era a verdadeira glória. Aquele cujo reino não é deste mundo mostrou-me que a verdadeira sabedoria consiste em «querer ser ignorada e tida por nada», em «pôr a sua alegria no desprezo de si mesmo»... Ah! como o de Jesus, eu queria que: «O meu rosto seja verdadeiramente escondido, que na terra ninguém me reconheça.» Eu tinha sede de sofrer e de ser esquecida...

Qu'elle est miséricordieuse la voie par laquelle le Bon Dieu m'a toujours conduite, jamais Il ne m'a fait désirer quelque chose sans me le donner, aussi son calice amer me parut-il délicieux...

Como é misericordiosa a via pela qual o Bom Deus sempre me conduziu, nunca Ele me fez desejar alguma coisa sem me dar, por isso o seu cálice amargo me pareceu delicioso...

Après les radieuses fêtes du moi de Mai, fêtes de la profession et prise de voile A 71v de notre chère Marie, l'aînée de la famille que la dernière eut le bonheur de couronner au jour de ses noces, il fallait bien que l'épreuve vînt, nous visiter... L'année précédente au mois de Mai, Papa avait été atteint d'une attaque de paralysie dans les jambes, notre inquiétude fut bien grande alors, mais le fort tempérament de mon Roi chéri prit bientôt le dessus et nos craintes disparurent ; cependant plus d'une fois pendant le voyage de Rome, nous avions remarqué qu'il se fatiguait facilement, qu'il n'était plus aussi gai que d'habitude... Ce que surtout j'avais remarqué c'était les progrès que Papa faisait dans la perfection ; à l'exemple de St François de Sales, il était parvenu à se rendre maître de sa vivacité naturelle au point qu'il paraissait avoir la nature la plus douce du monde... Les choses de la terre semblaient à peine l'effleurer, il prenait facilement le dessus des contrariétés de cette vie, enfin le Bon Dieu l'inondait de consolations ; pendant ses visites journalières au St Sacrement ses yeux se remplissaient souvent de larmes et son visage respirait une béatitude céleste... Lorsque Léonie sortit de le Visitation, il ne s'affligea pas, ne fit aucun reproche au Bon Dieu de n'avoir pas exaucé les prières qu'il Lui avait faites pour obtenir la vocation de sa chère fille, ce fut même avec une certaine joie qu'il partit la chercher...

Depois das radiosas festas do mês de maio, festas da profissão e da tomada de véu A 71v da nossa querida Maria, a mais velha da família, que a caçula teve a felicidade de coroar no dia das suas núpcias, era bem preciso que a provação viesse visitar-nos... No ano anterior, no mês de maio, Papai tinha sofrido um ataque de paralisia nas pernas, a nossa inquietação foi bem grande então, mas o temperamento forte do meu Rei querido logo prevaleceu e os nossos receios desapareceram; contudo, mais de uma vez durante a viagem a Roma, tínhamos notado que ele se cansava facilmente, que já não estava tão alegre como de costume... O que eu tinha notado sobretudo eram os progressos que Papai fazia na perfeição; a exemplo de São Francisco de Sales, ele chegara a dominar a sua vivacidade natural a ponto de parecer ter a natureza mais doce do mundo... As coisas da terra mal pareciam roçá-lo, ele superava facilmente as contrariedades desta vida, enfim, o Bom Deus o inundava de consolações; durante as suas visitas diárias ao Santíssimo Sacramento, os seus olhos se enchiam muitas vezes de lágrimas e o seu rosto respirava uma beatitude celeste... Quando Leônia saiu da Visitação, ele não se afligiu, não fez nenhuma censura ao Bom Deus por não ter atendido as orações que Lhe fizera para obter a vocação da sua querida filha, foi até com certa alegria que partiu para buscá-la...

Voici avec quelle foi Papa accepta la séparation de sa petite reine, il l'annonçait en ces termes à ses amis d'Alençon : «Bien chers Amis, Thérèse, ma petite reine, est entrée hier au Carmel!... Dieu seul peut exiger un tel sacrifice... Ne me plaignez pas, car mon coeur surabonde de joie.»

Eis com que fé Papai aceitou a separação da sua rainhazinha, ele a anunciava nestes termos aos seus amigos de Alençon: «Caríssimos Amigos, Teresa, a minha rainhazinha, entrou ontem no Carmelo!... Só Deus pode exigir tal sacrifício... Não tenhais pena de mim, pois o meu coração superabunda de alegria.»

Il était temps qu'un aussi fidèle serviteur reçût le prix de ses travaux, il était juste que son salaire ressemblât à celui que Dieu donna au Roi du Ciel, son Fils unique... Papa venait d'offrir à Dieu un Autel, ce fut lui la victime choisie pour y être immolée avec l'Agneau sans tache.

Já era tempo de um servidor tão fiel receber o prêmio dos seus trabalhos, era justo que o seu salário se parecesse com o que Deus deu ao Rei do Céu, seu Filho único... Papai acabava de oferecer a Deus um Altar, foi ele a vítima escolhida para nele ser imolada com o Cordeiro sem mancha.

A 72r Vous connaissez, ma Mère chérie, nos amertumes du mois de Juin et surtout du 24 de l'année 1888, ces souvenirs sont trop bien gravés au fond de nos coeurs pour qu'il soit nécessaire de les écrire... O ma Mère ! que nous avons souffert !... et ce n'était encore que le commencement de notre épreuve... Cependant l'époque de ma prise d'habit étant arrivée ; je fus reçue par le chapitre, mais comment songer à faire une cérémonie ? Déjà l'on parlait de me donner le saint habit sans me faire sortir, lorsqu'on décida d'attendre. Contre toute espérance, notre Père chéri se remit de sa seconde attaque et Monseigneur fixa la cérémonie au 10 Janvier. L'attente avait été longue, mais aussi, quelle belle fête !... rien n'y manquait, rien, pas même la neige... Je ne sais pas si déjà je vous ai parlé de mon amour pour la neige ?... Toute petite, sa blancheur me ravissait ; un des plus grands plaisirs était de me promener sous les flocons neigeux. D'où me venait ce goût pour la neige ?... Peut-être de ce qu'étant une petite fleur d'hiver la première parure dont mes yeux d'enfant virent la nature embellie dut être son blanc manteau... Enfin j'avais toujours désiré que le jour de ma prise d'habit la nature fût comme moi parée de blanc. La veille de ce beau jour je regardais tristement le ciel gris d'où s'échappait de temps en temps une pluie fine et la température était si douce que je n'espérais plus la neige. Le matin suivant, le Ciel n'avait pas changé ; cependant la fête fut ravissante, et la plus belle, la plus ravissante fleur était mon Roi chéri, jamais il n'avait été plus beau, plus digne... Il fit l'admiration de tout le monde, ce fut son jour de triomphe, sa dernière fête ici-bas. Il avait donné tous ses enfants au Bon Dieu, car Céline lui ayant confié sa vocation, il avait pleuré de joie et était allé avec elle remercier Celui qui «lui faisait l'honneur de prendre tous ses enfants».

A 72r Vós conheceis, minha Madre querida, as nossas amarguras do mês de junho e sobretudo do dia 24 do ano de 1888, essas lembranças estão gravadas bem demais no fundo dos nossos corações para que seja necessário escrevê-las... Ó minha Madre! como sofremos!... e aquilo ainda não era mais que o começo da nossa provação... Entretanto, chegada a época da minha tomada de hábito, fui recebida pelo capítulo, mas como pensar em fazer uma cerimônia? Já se falava em dar-me o santo hábito sem me fazer sair, quando se decidiu esperar. Contra toda esperança, nosso Pai querido se restabeleceu do seu segundo ataque, e Monsenhor marcou a cerimônia para 10 de janeiro. A espera tinha sido longa, mas também, que bela festa!... nada lhe faltava, nada, nem mesmo a neve... Não sei se já vos falei do meu amor pela neve?... Desde pequenininha, a sua brancura me encantava; um dos maiores prazeres era passear debaixo dos flocos de neve. De onde me vinha esse gosto pela neve?... Talvez porque, sendo eu uma florzinha de inverno, o primeiro adorno com que os meus olhos de criança viram embelezada a natureza deve ter sido o seu manto branco... Enfim, eu sempre tinha desejado que, no dia da minha tomada de hábito, a natureza estivesse como eu vestida de branco. Na véspera desse belo dia, eu olhava tristemente o céu cinzento, de onde caía de vez em quando uma chuva fina, e a temperatura estava tão amena que eu já não esperava a neve. Na manhã seguinte, o Céu não tinha mudado; contudo a festa foi encantadora, e a mais bela, a mais encantadora flor era o meu Rei querido, nunca ele estivera mais belo, mais digno... Foi a admiração de todos, foi o seu dia de triunfo, a sua última festa neste mundo. Ele tinha dado todos os seus filhos ao Bom Deus, pois, tendo-lhe Celina confiado a sua vocação, ele chorara de alegria e fora com ela agradecer Àquele que «lhe fazia a honra de tomar todos os seus filhos».

A 72v A la fin de la cérémonie Monseigneur entonna le Te Deum, un prêtre essaya de faire remarquer que ce cantique ne se chantait qu'aux professions, mais l'élan était donné et l'hymne d'action de grâces se continua jusqu'au bout. Ne fallait-il pas que la fête fût complète puisqu'en elle se réunissaient toutes les autres ?... Après avoir embrassé une dernière fois mon Roi chéri, je rentrai dans la clôture, la première chose que j'aperçus sous le cloître fut «mon petit Jésus rose» me souriant au milieu des fleurs et des lumières et puis aussitôt mon regard se porta sur des flocons de neige... le préau était blanc comme moi. Quelle délicatesse de Jésus ! Prévenant les désirs de sa petite fiancée, il lui donnait de la neige... De la neige, quel est donc le mortel, si puissant fût-il, qui puisse en faire tomber du Ciel pour charmer sa bien-aimée ?... Peut-être les personnes du monde se firent-elles cette question, ce qu'il y a de certain, c'est que la neige de ma prise d'habit leur parut un petit miracle et que toute la ville s'en étonna. On trouva que j'avais un drôle de goût d'aimer la neige... Tant mieux ! cela fit encore ressortir davantage l'incompréhensible condescendance de l'Époux des vierges... de Celui qui chérit les Lys blancs comme la neige !...Monseigneur entra après la cérémonie, il fut d'une bonté toute paternelle pour moi. Je crois bien qu'il était fier de voir que j'avais réussi, il disait à tout le monde que j'étais «sa petite fille». A chaque fois qu'elle revint depuis cette belle fête, sa Grandeur fut toujours bien bonne pour moi, je me souviens surtout de sa visite à l'occasion du centenaire de N. P. St Jean de la Croix. Il me prit la tête dans ses mains, me fit mille caresses de toutes sortes, jamais je n'avais été aussi honorée ! En même temps le Bon Dieu me fit penser aux caresses A 73r qu'Il voudra bien me prodiguer devant les anges et les Saints et dont il me donnait une faible image dès ce monde, aussi la consolation que je ressentis fut bien grande...

A 72v No fim da cerimônia, Monsenhor entoou o Te Deum, um sacerdote tentou fazer notar que esse cântico só se cantava nas profissões, mas o impulso estava dado e o hino de ação de graças continuou até o fim. Não era preciso que a festa fosse completa, já que nela se reuniam todas as outras?... Depois de beijar uma última vez o meu Rei querido, voltei para a clausura, a primeira coisa que avistei no claustro foi «meu pequeno Jesus cor-de-rosa» sorrindo-me no meio das flores e das luzes, e logo depois o meu olhar pousou nos flocos de neve... o pátio estava branco como eu. Que delicadeza de Jesus! Antecipando-se aos desejos da sua pequena noiva, ele lhe dava neve... Neve, quem é, pois, o mortal, por mais poderoso que seja, que possa fazê-la cair do Céu para encantar a sua bem-amada?... Talvez as pessoas do mundo se tenham feito essa pergunta, o certo é que a neve da minha tomada de hábito lhes pareceu um pequeno milagre e que a cidade inteira se espantou com ela. Acharam que eu tinha um gosto esquisito, esse de amar a neve... Tanto melhor! isso fez sobressair ainda mais a incompreensível condescendência do Esposo das virgens... d'Aquele que ama os Lírios brancos como a neve!... Monsenhor entrou depois da cerimônia, foi de uma bondade toda paterna para comigo. Creio bem que estava orgulhoso por ver que eu tinha conseguido, dizia a todo o mundo que eu era «a sua filhinha». Cada vez que voltou, depois daquela bela festa, sua Grandeza foi sempre muito bondoso comigo, lembro-me sobretudo da sua visita por ocasião do centenário de Nosso Pai São João da Cruz. Tomou-me a cabeça entre as mãos, fez-me mil carícias de toda sorte, nunca eu tinha sido tão honrada! Ao mesmo tempo, o Bom Deus me fez pensar nas carícias A 73r que Ele se dignará prodigalizar-me diante dos anjos e dos Santos e das quais me dava uma pálida imagem já neste mundo, por isso a consolação que senti foi muito grande...

Comme je viens de le dire la journée du 10 Janvier fut le triomphe de mon Roi, je le compare à l'entrée de Jésus à Jérusalem le jour des rameaux ; comme celle de notre Divin Maître, sa gloire d'un jour fut suivie d'une passion douloureuse et cette passion ne fut pas pour lui seul ; de même que les douleurs de Jésus percèrent d'un glaive le coeur de sa Divine Mère, ainsi nos coeurs ressentirent les souffrances de celui que nous chérissions le plus tendrement sur la terre... Je me rappelle qu'au mois de Juin 1888, au moment de nos premières épreuves, je disais : «Je souffre beaucoup, mais je sens que je puis encore supporter de plus grandes épreuves.» Je ne pensais pas alors à celles qui m'étaient réservées... Je ne pensais pas que le 12 Février, un mois après ma prise d'habit, notre Père chéri boirait à la plus amère, à la plus humiliante de toutes les coupes...

Como acabo de dizer, o dia 10 de janeiro foi o triunfo do meu Rei, eu o comparo à entrada de Jesus em Jerusalém no dia de Ramos; como a do nosso Divino Mestre, a sua glória de um dia foi seguida de uma paixão dolorosa, e essa paixão não foi só para ele; assim como as dores de Jesus traspassaram com uma espada o coração da sua Divina Mãe, assim os nossos corações sentiram os sofrimentos daquele que mais ternamente amávamos na terra... Lembro-me de que, no mês de junho de 1888, no momento das nossas primeiras provações, eu dizia: «Sofro muito, mas sinto que ainda posso suportar provações maiores.» Não pensava então nas que me estavam reservadas... Não pensava que no dia 12 de fevereiro, um mês depois da minha tomada de hábito, o nosso Pai querido havia de beber da mais amarga, da mais humilhante de todas as taças...

Ah ! ce jour-là je n'ai pas dit pouvoir souffrir encore davantage !!!... Les paroles ne peuvent exprimer nos angoisses, aussi je ne vais pas essayer de les décrire. Un jour, au Ciel, nous aimerons à nous parler de nos glorieuses épreuves, déjà ne sommes-nous pas heureuses de les avoir souffertes ?... Oui les trois années du martyre de Papa me paraissent les plus aimables, les plus fructueuses de toute notre vie, je ne les donnerais pas pour toutes les extases et les révélations des Saints, mon coeur déborde de reconnaissance en pensant à ce trésor inestimable qui doit causer une sainte jalousie aux Anges de la Céleste cour...

Ah! naquele dia eu não disse que podia sofrer ainda mais!!!... As palavras não podem exprimir as nossas angústias, por isso não vou tentar descrevê-las. Um dia, no Céu, gostaremos de falar umas com as outras das nossas gloriosas provações, já agora não somos felizes por tê-las sofrido?... Sim, os três anos do martírio de Papai me parecem os mais amáveis, os mais frutuosos de toda a nossa vida, eu não os daria por todos os êxtases e revelações dos Santos, o meu coração transborda de gratidão ao pensar nesse tesouro inestimável que deve causar uma santa inveja aos Anjos da Celeste corte...

Mon désir des souffrances était comblé, cependant mon attrait pour elles ne diminuait pas, aussi mon âme partagea-t-elle bientôt les souffrances de mon A 73v coeur. La sécheresse était mon pain quotidien et privée de toute consolation j'étais cependant la plus heureuse des créatures, puisque tous mes désirs étaient satisfaits...

O meu desejo de sofrimentos estava saciado, contudo a minha atração por eles não diminuía, por isso a minha alma partilhou logo os sofrimentos do meu A 73v coração. A secura era o meu pão cotidiano e, privada de toda consolação, eu era, no entanto, a mais feliz das criaturas, pois todos os meus desejos estavam satisfeitos...

O ma Mère chérie ! qu'elle a été douce notre grande épreuve, puisque de tous nos coeurs ne sont sortis que des soupirs d'amour et de reconnaissance !... Nous ne marchions plus dans les sentiers de la perfection, nous volions toutes les 5. Les deux pauvres petites exilées de Caen, tout en étant encore dans le monde, n'étaient plus du monde... Ah ! quelles merveilles l'épreuve a faites dans l'âme de ma Céline chérie !... Toutes les lettres qu'elle écrivait à cette époque sont empreintes de résignation et d'amour... Et qui pourra dire les parloirs que nous avions ensemble ?... Ah ! loin de nous séparer les grilles du Carmel unissaient plus fortement nos âmes, nous avions les mêmes pensées, les mêmes désirs, le même amour de Jésus et des âmes... Lorsque Céline et Thérèse se parlaient, jamais un mot des choses de la terre ne se mêlait à leurs conversations qui déjà étaient toutes dans le Ciel. Comme autrefois dans le belvédère, elles rêvaient les choses de l'éternité et pour jouir bientôt de ce bonheur sans fin, elles choisissaient ici-bas pour unique partage «La souffrance et le mépris».

Ó minha Madre querida! como foi doce a nossa grande provação, já que de todos os nossos corações só saíram suspiros de amor e de gratidão!... Já não caminhávamos pelas sendas da perfeição, voávamos todas as 5. As duas pobres pequenas exiladas de Caen, mesmo estando ainda no mundo, já não eram do mundo... Ah! que maravilhas a provação operou na alma da minha Celina querida!... Todas as cartas que ela escrevia naquela época estão impregnadas de resignação e de amor... E quem poderá contar os locutórios que tínhamos juntas?... Ah! longe de nos separar, as grades do Carmelo uniam mais fortemente as nossas almas, tínhamos os mesmos pensamentos, os mesmos desejos, o mesmo amor a Jesus e às almas... Quando Celina e Teresa conversavam, jamais uma palavra das coisas da terra se misturava às suas conversas, que já estavam todas no Céu. Como outrora no mirante, elas sonhavam com as coisas da eternidade e, para gozar logo dessa felicidade sem fim, escolhiam neste mundo por único quinhão «O sofrimento e o desprezo».

Ainsi s'écoula le temps de mes fiançailles... Il fut bien long pour la pauvre petite Thérèse ! Au bout de mon année, Notre Mère me dit de ne pas songer à demander la profession, que certainement Mr le Supérieur repousserait ma prière, je dus attendre encore 8 mois... Au premier moment il me fut bien difficile d'accepter ce grand sacrifice, mais bientôt la lumière se fit dans mon âme ; je méditais alors les «Fondements de la vie spirituelle» par le Père Surin ; un jour pendant l'oraison je compris que mon désir si vif de faire profession était mélangé d'un grand amour-propre ; puisque je m'étais donnée à Jésus pour lui faire plaisir, le consoler, A 74r je ne devais pas l'obliger à faire ma volonté au lieu de la sienne ; je compris encore qu'une fiancée devait être parée pour le jour de ses noces et moi je n'avais rien fait dans ce but... alors je dis à Jésus : «O mon Dieu! je ne vous demande pas de prononcer mes saints voeux, j'attendrai autant que vous le voudrez, seulement je ne veux pas que par ma faute mon union avec vous soit différée, aussi je vais mettre tous mes soins à me faire une belle robe enrichie de pierreries ; quand vous la trouverez assez richement ornée je suis sûre que toutes les créatures ne vous empêcheront pas de descendre vers moi afin de m'unir pour toujours à vous, ô mon Bien-Aimé !... »

Assim se escoou o tempo do meu noivado... Foi bem longo para a pobre pequena Teresa! Ao fim do meu ano, Nossa Madre me disse que não pensasse em pedir a profissão, que certamente o senhor Superior recusaria o meu pedido, tive de esperar ainda 8 meses... No primeiro momento foi-me bem difícil aceitar esse grande sacrifício, mas logo se fez luz na minha alma; eu meditava então os «Fundamentos da vida espiritual», do padre Surin; um dia, durante a oração, compreendi que o meu desejo tão vivo de fazer profissão estava misturado com um grande amor-próprio; já que eu me tinha dado a Jesus para lhe dar prazer, para consolá-lo, A 74r não devia obrigá-lo a fazer a minha vontade em vez da sua; compreendi também que uma noiva devia estar enfeitada para o dia das suas núpcias, e eu nada tinha feito com esse fim... então disse a Jesus: «Ó meu Deus! não vos peço para pronunciar os meus santos votos, esperarei quanto quiserdes, só não quero que por minha culpa a minha união convosco seja adiada, por isso vou pôr todo o meu cuidado em fazer-me um belo vestido enriquecido de pedrarias; quando o achardes bastante ricamente adornado, tenho certeza de que nenhuma criatura vos impedirá de descer até mim a fim de unir-me para sempre a vós, ó meu Bem-Amado!...»

Depuis ma prise d'habit, j'avais déjà reçu d'abondantes lumières sur la perfection religieuse, principalement au sujet du voeu de Pauvreté. Pendant mon postulat, j'étais contente d'avoir de gentilles choses à mon usage et de trouver sous la main tout ce qui m'était nécessaire. «Mon Directeur» souffrait cela patiemment, car Il n'aime pas à tout montrer aux âmes en même temps. Il donne ordinairement sa lumière petit à petit. (Au commencement de ma vie spirituelle, vers l'âge de 13 à 14 ans, je me demandais ce que plus tard j'aurais à gagner, car je croyais qu'il m'était impossible de mieux comprendre la perfection ; j'ai reconnu bien vite que plus on avance dans ce chemin, plus on se croit éloigné du terme, aussi maintenant je me résigne à me voir toujours imparfaite et j'y trouve ma joie...) Je reviens aux leçons que me donna «mon Directeur». Un soir après complies je cherchai vainement notre petite lampe sur les planches réservées à cet usage, c'était grand silence, impossible de la réclamer... je compris qu'une soeur croyant prendre sa lampe avait pris la nôtre dont j'avais un très grand besoin ; au lieu de ressentir du chagrin d'en être privée, je fus bien heureuse, sentant que la pauvreté consiste à se voir privée non pas seulement des choses agréables mais encore A 74v des choses indispensables, ainsi dans les ténèbres extérieures je fus illuminée intérieurement... Je fus prise à cette époque d'un véritable amour pour les objets les plus laids et les moins commodes, ainsi ce fut avec joie que je me vis enlever la jolie petite cruche de notre cellule et donner à sa place une grosse cruche tout ébréchée... Je faisais aussi bien des efforts pour ne pas m'excuser, ce qui me semblait bien difficile surtout avec notre Maîtresse à laquelle je n'aurais rien voulu cacher ; voici ma première victoire, elle n'est pas grande mais elle m'a bien coûté. Un petit vase placé derrière une fenêtre se trouva brisé, notre Maîtresse croyant que c'était moi qui l'avais laissé traîner, me le montra en disant de faire plus attention une autre fois. Sans rien dire je baisai la terre, ensuite je promis d'avoir plus d'ordre à l'avenir. A cause de mon peu de vertu ces petites pratiques me coûtaient beaucoup et j'avais besoin de penser qu'au jugement dernier tout serait révélé, car je faisais cette remarque : lorsqu'on fait son devoir, ne s'excusant jamais, personne ne le sait, au contraire, les imperfections paraissent tout de suite...

Desde a minha tomada de hábito, eu já tinha recebido luzes abundantes sobre a perfeição religiosa, principalmente a respeito do voto de Pobreza. Durante o meu postulantado, eu gostava de ter coisas bonitinhas para o meu uso e de encontrar à mão tudo o que me era necessário. «Meu Diretor» suportava isso pacientemente, pois Ele não gosta de mostrar tudo às almas ao mesmo tempo. Dá ordinariamente a sua luz pouco a pouco. (No começo da minha vida espiritual, por volta dos 13 a 14 anos, eu me perguntava o que mais tarde teria a ganhar, pois julgava que me era impossível compreender melhor a perfeição; reconheci bem depressa que, quanto mais avançamos nesse caminho, mais longe da meta nos julgamos, por isso agora me resigno a ver-me sempre imperfeita e nisso encontro a minha alegria...) Volto às lições que me deu «meu Diretor». Uma noite, depois das completas, procurei em vão a nossa lamparina nas prateleiras reservadas a esse uso, era o grande silêncio, impossível reclamá-la... compreendi que uma irmã, julgando pegar a sua lamparina, tinha pegado a nossa, da qual eu tinha muitíssima necessidade; em vez de sentir pesar por ficar privada dela, fiquei muito feliz, sentindo que a pobreza consiste em ver-se privada não só das coisas agradáveis, mas também A 74v das coisas indispensáveis; assim, nas trevas exteriores, fui iluminada interiormente... Fui tomada nessa época de um verdadeiro amor pelos objetos mais feios e menos cômodos, assim foi com alegria que vi tirarem a linda jarrinha da nossa cela e me darem em seu lugar uma jarra grande toda lascada... Eu também fazia muitos esforços para não me desculpar, o que me parecia bem difícil, sobretudo com a nossa Mestra, a quem eu não teria querido esconder nada; eis a minha primeira vitória, não é grande, mas me custou muito. Um vasinho colocado atrás de uma janela apareceu quebrado, a nossa Mestra, julgando que tinha sido eu que o deixara fora do lugar, mostrou-me o vaso, dizendo que tivesse mais cuidado de outra vez. Sem dizer nada, beijei o chão, depois prometi ter mais ordem no futuro. Por causa da minha pouca virtude, essas pequenas práticas me custavam muito, e eu precisava pensar que no juízo final tudo seria revelado, pois fazia esta observação: quando se cumpre o dever, sem nunca se desculpar, ninguém sabe; ao contrário, as imperfeições aparecem logo...

Je m'appliquais surtout à pratiquer les petites vertus, n'ayant pas la facilité d'en pratiquer de grandes, ainsi j'aimais à plier les manteaux oubliés par les soeurs et à leur rendre tous les petits services que je pouvais. L'amour de la mortification me fut aussi donné, il fut d'autant plus grand que rien ne m'était permis pour le satisfaire... La seule petite mortification que je faisais dans le monde et qui consistait à ne pas m'appuyer le dos lorsque j'étais assise me fut défendue à cause de ma propension à me voûter. Hélas ! mon ardeur n'aurait sans doute pas été de longue durée si l'on m'avait accordé beaucoup de pénitences... Celles qu'on m'accordait sans que je les demande consistaient à mortifier mon amour-propre, ce qui me faisait beaucoup plus de bien que les pénitences corporelles...

Eu me aplicava sobretudo a praticar as pequenas virtudes, não tendo facilidade para praticar as grandes, assim gostava de dobrar os mantos esquecidos pelas irmãs e de lhes prestar todos os pequenos serviços que podia. O amor da mortificação também me foi dado, e foi tanto maior quanto nada me era permitido para satisfazê-lo... A única pequena mortificação que eu fazia no mundo, e que consistia em não encostar as costas quando estava sentada, me foi proibida por causa da minha tendência a curvar-me. Ai! o meu ardor sem dúvida não teria durado muito se me tivessem concedido muitas penitências... As que me concediam sem que eu as pedisse consistiam em mortificar o meu amor-próprio, o que me fazia muito mais bem do que as penitências corporais...

A 75r Le réfectoire qui fut mon emploi aussitôt après ma prise d'habit me fournit plus d'une occasion de mettre mon amour-propre à sa place, c'est-à-dire sous les pieds... Il est vrai que j'avais une grande consolation d'être dans le même emploi que vous, ma Mère chérie, et de pouvoir contempler de près vos vertus, mais ce rapprochement était un sujet de souffrance ; je ne me sentais pas comme autrefois, libre de tout vous dire, il y avait la règle à observer, je ne pouvais pas vous ouvrir mon âme, enfin j'étais au Carmel et non plus aux Buissonnets sous le toit paternel !...

A 75r O refeitório, que foi o meu ofício logo depois da minha tomada de hábito, forneceu-me mais de uma ocasião de pôr o meu amor-próprio no seu lugar, isto é, debaixo dos pés... É verdade que eu tinha uma grande consolação em estar no mesmo ofício que vós, minha Madre querida, e em poder contemplar de perto as vossas virtudes, mas essa proximidade era motivo de sofrimento; eu não me sentia, como outrora, livre para vos dizer tudo, havia a regra a observar, não podia abrir-vos a minha alma, enfim, estava no Carmelo e não mais nos Buissonnets, sob o teto paterno!...

Cependant, la Ste Vierge m'aidait à préparer la robe de mon âme ; aussitôt qu'elle fut achevée les obstacles s'en allèrent d'eux-mêmes. Monseigneur m'envoya la permission que j'avais sollicitée, la communauté voulut bien me recevoir et ma profession fut fixée au 8 Septembre...

Entretanto, a Santíssima Virgem me ajudava a preparar o vestido da minha alma; assim que ficou pronto, os obstáculos se foram por si mesmos. Monsenhor enviou-me a permissão que eu tinha solicitado, a comunidade houve por bem receber-me e a minha profissão foi marcada para 8 de setembro...

Tout ce que je viens d'écrire en peu de mots demanderait bien des pages de détails, mais ces pages ne se liront jamais sur la terre ; bientôt, ma Mère chérie, je vous parlerai de toutes ces choses dans notre maison paternelle, au beau Ciel vers lequel montent les soupirs de nos coeurs !...

Tudo o que acabo de escrever em poucas palavras exigiria muitas páginas de pormenores, mas essas páginas nunca serão lidas na terra; em breve, minha Madre querida, eu vos falarei de todas essas coisas na nossa casa paterna, no belo Céu para o qual sobem os suspiros dos nossos corações!...

Ma robe de noces était prête, elle était enrichie des anciens joyaux que m'avait donnés mon Fiancé, cela ne suffisait pas à sa libéralité. Il voulait me donner un nouveau diamant aux reflets sans nombre. L'épreuve de Papa était avec toutes ses douloureuses circonstances les anciens joyaux, et le nouveau fut une épreuve bien petite en apparence, mais qui me fit beaucoup souffrir. Depuis quelque temps, notre pauvre petit Père, se trouvant un peu mieux, on le faisait sortir en voiture, il était même question de le faire voyager en chemin de fer pour venir nous voir. Naturellement Céline pensa tout de suite qu'il fallait choisir le jour de ma prise de voile. «Afin de ne pas le fatiguer, disait-elle, je ne le ferai A 75v pas assister à toute la cérémonie, seulement à la fin, j'irai le chercher et je le conduirai tout doucement jusqu'auprès de la grille afin que Thérèse reçoive sa bénédiction. » Ah ! je reconnais bien là le coeur de ma Céline chérie... c'est bien vrai que «jamais l'amour ne prétexte d'impossibilité parce qu'il se croit tout possible et tout permis»... La prudence humaine au contraire tremble à chaque pas et n'ose pour ainsi dire poser le pied, aussi le Bon Dieu qui voulait m'éprouver se servit-Il d'elle comme d'un instrument docile et le jour de mes noces je fus vraiment orpheline, n'ayant plus de Père sur la terre mais pouvant regarder le Ciel avec confiance et dire en toute vérité : «Notre Père qui êtes aux Cieux.»

O meu vestido de noiva estava pronto, estava enriquecido com as joias antigas que o meu Noivo me tinha dado, isso não bastava à sua liberalidade. Ele queria dar-me um novo diamante de reflexos sem conta. A provação de Papai, com todas as suas dolorosas circunstâncias, eram as joias antigas, e o novo foi uma provação bem pequena na aparência, mas que me fez sofrer muito. Havia algum tempo, como o nosso pobre Paizinho se achava um pouco melhor, faziam-no sair de carruagem, falava-se até em fazê-lo viajar de trem para vir ver-nos. Naturalmente Celina pensou logo que era preciso escolher o dia da minha tomada de véu. «Para não cansá-lo, dizia ela, eu não o farei A 75v assistir a toda a cerimônia, só no fim irei buscá-lo e o levarei bem devagarinho até junto da grade, para que Teresa receba a sua bênção.» Ah! reconheço bem nisso o coração da minha Celina querida... é bem verdade que «jamais o amor alega impossibilidade, porque se julga tudo possível e tudo permitido»... A prudência humana, ao contrário, treme a cada passo e não ousa, por assim dizer, pôr o pé no chão, por isso o Bom Deus, que queria provar-me, serviu-se dela como de um instrumento dócil, e no dia das minhas núpcias fui verdadeiramente órfã, não tendo mais Pai na terra, mas podendo olhar o Céu com confiança e dizer com toda a verdade: «Pai nosso que estais nos Céus.»

8 de 15 · índice