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Ms A

A viagem a Roma (1887)

Trois jours après le voyage de Bayeux, je devais en faire un beaucoup plus long, celui de la ville éternelle... Ah ! quel voyage que celui-là !... Lui seul m'a plus instruite que de longues années d'études, il m'a montré la vanité de tout ce qui passe et que tout est affliction d'esprit sous le soleil... Cependant j'ai vu de bien belles choses, j'ai contemplé toutes les merveilles de l'art et de la religion, surtout j'ai foulé la même terre que les Sts Apôtres, la terre arrosée du sang des Martyrs et mon âme s'est agrandie au contact des choses saintes...

Três dias depois da viagem a Bayeux, eu devia fazer outra muito mais longa, a da cidade eterna... Ah! que viagem aquela!... Só ela me instruiu mais do que longos anos de estudos; mostrou-me a vaidade de tudo o que passa e que tudo é aflição de espírito debaixo do sol... No entanto, vi coisas bem belas, contemplei todas as maravilhas da arte e da religião; sobretudo, pisei a mesma terra que os Santos Apóstolos, a terra regada pelo sangue dos Mártires, e a minha alma engrandeceu-se ao contato das coisas santas...

Je suis bien heureuse d'avoir été à Rome, mais je comprends les personnes du monde qui pensèrent que Papa m'avait fait faire ce grand voyage afin de changer mes idées de vie religieuse ; il y avait en effet de quoi ébranler une vocation peu affermie. N'ayant jamais vécu parmi le grand monde, Céline et moi, nous nous trouvâmes au milieu de la noblesse qui composait presqu'exclusivement le pèlerinage. Ah ! bien loin de nous éblouir, tous ces titres et ces « de » ne nous parurent qu'une fumée... De loin cela m'avait quelquefois jeté un peu de poudre aux yeux, mais de près, j'ai vu que «tout ce qui brille n'est pas or» et j'ai compris cette parole A 56r de l'Imitation : «Ne poursuivez pas cette ombre qu'on appelle un grand nom, ne désirez ni de nombreuses liaisons, ni l'amitié particulière d'aucun homme.»

Sou muito feliz por ter estado em Roma, mas compreendo as pessoas do mundo que pensaram que Papai me levara a fazer essa grande viagem para mudar as minhas ideias de vida religiosa; havia, com efeito, com que abalar uma vocação pouco firme. Não tendo nunca vivido na alta sociedade, Celina e eu nos encontramos no meio da nobreza, que compunha quase exclusivamente a peregrinação. Ah! bem longe de nos deslumbrar, todos esses títulos e esses «de» não nos pareceram mais que fumaça... De longe, isso às vezes me lançara um pouco de poeira nos olhos, mas de perto vi que «nem tudo o que reluz é ouro» e compreendi esta palavra A 56r da Imitação: «Não persigais essa sombra a que chamam um grande nome, não desejeis nem numerosas relações, nem a amizade particular de homem algum.»

J'ai compris que la vraie grandeur se trouve dans l'âme et pas dans le nom, puisque comme le dit Isaïe : «Le Seigneur donnera un autre nom à ses élus» et St Jean dit aussi : «Que le vainqueur recevra une pierre blanche sur laquelle est écrit un nom nouveau que nul ne connaît que celui qui le reçoit.» C'est donc au Ciel que nous saurons quels sont nos titres de noblesse. Alors chacun recevra de Dieu la louange qu'il mérite et celui qui sur la terre aura voulu être le plus pauvre, le plus oublié pour l'amour de Jésus, celui-là sera le premier, le plus noble et le plus riche !...

Compreendi que a verdadeira grandeza está na alma e não no nome, pois, como diz Isaías: «O Senhor dará outro nome aos seus eleitos», e São João diz também: «Que o vencedor receberá uma pedra branca sobre a qual está escrito um nome novo que ninguém conhece senão aquele que o recebe.» É, pois, no Céu que saberemos quais são os nossos títulos de nobreza. Então cada um receberá de Deus o louvor que merece, e aquele que na terra tiver querido ser o mais pobre, o mais esquecido por amor de Jesus, esse será o primeiro, o mais nobre e o mais rico!...

La seconde expérience que j'ai faite regarde les prêtres. N'ayant jamais vécu dans leur intimité, je ne pouvais comprendre le but principal de la réforme du Carmel. Prier pour les pécheurs me ravissait, mais prier pour les âmes des prêtres, que je croyais plus pures que le cristal, me semblait étonnant !...

A segunda experiência que fiz diz respeito aos sacerdotes. Não tendo nunca vivido na intimidade deles, eu não podia compreender o fim principal da reforma do Carmelo. Rezar pelos pecadores encantava-me, mas rezar pelas almas dos sacerdotes, que eu julgava mais puras que o cristal, parecia-me estranho!...

Ah ! j'ai compris ma vocation en Italie, ce n'était pas aller chercher trop loin une si utile connaissance...

Ah! compreendi a minha vocação na Itália; não era ir buscar longe demais um conhecimento tão útil...

Pendant un mois j'ai vécu avec beaucoup de saints prêtres et j'ai vu que, si leur sublime dignité les élève au-dessus des anges, ils n'en sont pas moins des hommes faibles et fragiles... Si de saints prêtres que Jésus appelle dans son Evangile : «Le sel de la terre» montrent dans leur conduite qu'ils ont un extrême besoin de prières, que faut-il dire de ceux qui sont tièdes ? Jésus n'a-t-Il pas dit encore : «Si le sel vient à s'affadir, avec quoi l'assaisonnera-t-on?»

Durante um mês vivi com muitos santos sacerdotes e vi que, se a sua sublime dignidade os eleva acima dos anjos, nem por isso deixam de ser homens fracos e frágeis... Se santos sacerdotes, a quem Jesus chama no seu Evangelho «O sal da terra», mostram na sua conduta que têm extrema necessidade de orações, que dizer dos que são tíbios? Não disse ainda Jesus: «Se o sal vier a perder o sabor, com que o temperarão?»

O ma Mère ! qu'elle est belle la vocation ayant pour but de conserver le sel destiné aux âmes ! Cette vocation est celle du Carmel, puisque l'unique fin de nos prières et de nos sacrifices est d'être l'apôtre des apôtres, priant pour eux pendant qu'ils évangélisent les âmes par leurs paroles et surtout par leurs exemples...

Ó minha Madre! como é bela a vocação que tem por fim conservar o sal destinado às almas! Essa vocação é a do Carmelo, pois o único fim das nossas orações e dos nossos sacrifícios é ser o apóstolo dos apóstolos, rezando por eles enquanto eles evangelizam as almas com as suas palavras e sobretudo com os seus exemplos...

A 56v Il faut que je m'arrête, si je continuais de parler sur ce sujet, je ne finirais pas !...

A 56v É preciso que eu pare; se continuasse a falar desse assunto, não acabaria nunca!...

Je vais, ma Mère chérie, vous raconter mon voyage avec quelques détails ; pardonnez-moi si je vous en donne trop, je ne réfléchis pas avant d'écrire, et je le fais en tant de fois différentes, à cause de mon peu de temps libre, que mon récit vous paraîtra peut-être ennuyeux... Ce qui me console c'est de penser qu'au Ciel je vous reparlerai des grâces que j'ai reçues et que je pourrai le faire alors en termes agréables et charmants... Plus rien ne viendra interrompre nos épanchements intimes et dans un seul regard, vous aurez tout compris... Hélas, puisqu'il me faut encore employer le langage de la triste terre, je vais essayer de le faire avec la simplicité d'un petit enfant qui connaît l'amour de sa Mère !...

Vou, minha Madre querida, contar-vos a minha viagem com alguns pormenores; perdoai-me se vos dou pormenores demais; não reflito antes de escrever, e o faço em tantas vezes diferentes, por causa do pouco tempo livre que tenho, que a minha narrativa vos parecerá talvez enfadonha... O que me consola é pensar que no Céu eu vos falarei de novo das graças que recebi e que poderei fazê-lo então em termos agradáveis e encantadores... Nada mais virá interromper as nossas efusões íntimas, e num só olhar tereis compreendido tudo... Ai! já que ainda me é preciso empregar a linguagem da triste terra, vou procurar fazê-lo com a simplicidade de uma criancinha que conhece o amor de sua Mãe!...

Ce fut le sept novembre que le pèlerinage partit de Paris, mais Papa nous conduisit dans cette ville quelques jours avant pour nous la faire visiter.

Foi no dia sete de novembro que a peregrinação partiu de Paris, mas Papai nos levou a essa cidade alguns dias antes, para que a visitássemos.

Un matin à trois heures, je traversai la ville de Lisieux encore endormie ; bien des impressions passèrent dans mon âme à ce moment. Je sentais que j'allais vers l'inconnu et que de grandes choses m'attendaient là-bas... Papa était joyeux ; lorsque le train se mit en marche, il chanta ce vieux refrain : «Roule, roule, ma diligence, nous voilà sur le grand chemin.» Arrivés à Paris dans la matinée, nous commençâmes aussitôt à le visiter. Ce pauvre petit Père se fatigua beaucoup afin de nous faire plaisir, aussi nous eûmes bientôt vu toutes les merveilles de la capitale. Pour moi, je n'en trouvai qu'une seule qui me ravit, cette merveille fut : «Notre-Dame des Victoires». Ah ! ce que j'ai senti à ses pieds, je ne pourrais le dire... Les grâces qu'elle m'accorda m'émurent si profondément que mes larmes seules traduisirent mon bonheur, comme au jour de ma première communion... La Sainte Vierge m'a fait sentir que c'était vraiment elle qui m'avait souri et m'avait guérie. J'ai compris qu'elle veillait sur moi, que j'étais son enfant, aussi je ne pouvais plus lui donner A 57r que le nom de «Maman» car il me semblait encore plus tendre que celui de Mère... Avec quelle ferveur ne l'ai-je pas priée de me garder toujours et de réaliser bientôt mon rêve en me cachant à l'ombre de son manteau virginal !... Ah ! c'était là un de mes premiers désirs d'enfant... En grandissant, j'avais compris que c'était au Carmel qu'il me serait possible de trouver véritablement le manteau de la Sainte Vierge et c'était vers cette montagne fertile que tendaient tous mes désirs..

Uma manhã, às três horas, atravessei a cidade de Lisieux ainda adormecida; muitas impressões passaram por minha alma naquele momento. Eu sentia que ia rumo ao desconhecido e que grandes coisas me esperavam lá longe... Papai estava alegre; quando o trem se pôs em movimento, cantou o velho refrão: «Roda, roda, minha diligência, eis-nos na estrada real.» Chegando a Paris pela manhã, começamos logo a visitá-la. O pobre Paizinho cansou-se muito para nos dar prazer; por isso, em pouco tempo tínhamos visto todas as maravilhas da capital. Quanto a mim, só encontrei uma que me arrebatou; essa maravilha foi: «Nossa Senhora das Vitórias». Ah! o que senti a seus pés, eu não poderia dizê-lo... As graças que ela me concedeu comoveram-me tão profundamente que só as minhas lágrimas traduziram a minha felicidade, como no dia da minha primeira comunhão... A Santíssima Virgem me fez sentir que fora realmente ela quem me sorrira e me curara. Compreendi que ela velava por mim, que eu era sua filha; por isso eu já não podia dar-lhe A 57r senão o nome de «Mamãe», pois ele me parecia ainda mais terno que o de Mãe... Com que fervor não lhe pedi que me guardasse sempre e realizasse em breve o meu sonho, escondendo-me à sombra do seu manto virginal!... Ah! esse era um dos meus primeiros desejos de criança... Ao crescer, eu compreendera que era no Carmelo que me seria possível encontrar verdadeiramente o manto da Santíssima Virgem, e era para essa montanha fértil que tendiam todos os meus desejos..

Je suppliai encore Notre-Dame des Victoires d'éloigner de moi tout ce qui aurait pu ternir ma pureté ; je n'ignorais pas qu'en un voyage comme celui d'Italie, il se rencontrerait bien des choses capables de me troubler, surtout parce que ne connaissant pas le mal je craignais de le découvrir, n'ayant pas expérimenté que tout est pur pour les purs et que l'âme simple et droite ne voit de mal à rien, puisqu'en effet le mal n'existe que dans les coeurs impurs et non dans les objets insensibles... Je priai aussi St Joseph de veiller sur moi ; depuis mon enfance j'avais pour lui une dévotion qui se confondait avec mon amour pour la Ste Vierge. Chaque jour je récitais la prière : «O St Joseph, père et protecteur des vierges» aussi ce fut sans crainte que j'entrepris mon lointain voyage, j'étais si bien protégée qu'il me semblait impossible d'avoir peur.

Supliquei ainda a Nossa Senhora das Vitórias que afastasse de mim tudo o que pudesse empanar a minha pureza; eu não ignorava que numa viagem como a da Itália se encontrariam muitas coisas capazes de me perturbar, sobretudo porque, não conhecendo o mal, eu temia descobri-lo, não tendo experimentado que tudo é puro para os puros e que a alma simples e reta não vê mal em nada, pois, com efeito, o mal só existe nos corações impuros e não nos objetos insensíveis... Pedi também a São José que velasse por mim; desde a infância eu tinha por ele uma devoção que se confundia com o meu amor pela Santíssima Virgem. Todos os dias eu recitava a oração: «Ó São José, pai e protetor das virgens»; por isso foi sem temor que empreendi a minha longínqua viagem; eu estava tão bem protegida que me parecia impossível ter medo.

Après nous être consacrés au Sacré-Coeur dans la basilique de Montmartre, nous partîmes de Paris le lundi 7 dès le matin ; bientôt nous eûmes fait connaissance avec les personnes du pèlerinage. Moi si timide qu'ordinairement j'osais à peine parler, je me trouvai complètement débarrassée de ce gênant défaut ; à ma grande surprise je parlais librement avec toutes les grandes dames, les prêtres et même Monseigneur de Coutances. Il me semblait avoir toujours vécu dans ce monde-là. Nous étions, je crois, A 57v bien aimées de tout le monde et Papa semblait fier de ses deux filles ; mais s'il était fier de nous, nous l'étions également de lui, car il n'y avait pas dans tout le pèlerinage un monsieur plus beau ni plus distingué que mon Roi chéri ; il aimait à se voir entouré de Céline et de moi, souvent lorsque nous n'étions pas en voiture et que je m'éloignais de lui, il m'appelait afin que je lui donne le bras comme à Lisieux... Monsieur l'abbé Révérony examinait soigneusement toutes nos actions, je le voyais souvent de loin qui nous regardait ; à table lorsque je n'étais pas en face de lui, il trouvait moyen de se pencher pour me voir et entendre ce que je disais. Sans doute il voulait me connaître pour savoir si vraiment j'étais capable d'être carmélite ; je pense qu'il a dû être satisfait de son examen car à la fin du voyage il parut bien disposé pour moi, mais à Rome il a été loin de m'être favorable comme je vais le dire plus loin. Avant d'arriver à cette «ville éternelle», but de notre pèlerinage, il nous fut donné de contempler bien des merveilles. D'abord ce fut la Suisse avec ses montagnes dont le sommet se perd dans les nuages, ses cascades gracieuses jaillissant de mille manières différentes, ses vallées profondes remplies de fougères gigantesques et de bruyères roses. Ah ! ma Mère chérie, que ces beautés de la nature répandues à profusion ont fait de bien à mon âme ! Comme elles l'ont élevée vers Celui qui s'est plu à jeter de pareils chefs-d'oeuvre sur une terre d'exil qui ne doit durer qu'un jour... Je n'avais pas assez d'yeux pour regarder. Debout à la portière je perdais presque la respiration ; j'aurais voulu être des deux côtés du wagon car en me détournant, je voyais des paysages d'un aspect enchanteur et tout différents de ceux qui s'étendaient devant moi.

Depois de nos consagrarmos ao Sagrado Coração na basílica de Montmartre, partimos de Paris na segunda-feira, dia 7, logo de manhã; em pouco tempo tínhamos travado conhecimento com as pessoas da peregrinação. Eu, tão tímida que ordinariamente mal ousava falar, me vi completamente livre desse incômodo defeito; com grande surpresa minha, falava livremente com todas as grandes senhoras, com os padres e até com Monsenhor de Coutances. Parecia-me ter sempre vivido naquele meio. Éramos, creio eu, A 57v muito estimadas por todos, e Papai parecia orgulhoso das suas duas filhas; mas, se ele tinha orgulho de nós, nós também o tínhamos dele, pois não havia em toda a peregrinação um senhor mais belo nem mais distinto que o meu Rei querido; ele gostava de se ver rodeado por Celina e por mim; muitas vezes, quando não estávamos de carro e eu me afastava dele, chamava-me para que eu lhe desse o braço, como em Lisieux... O padre Révérony examinava cuidadosamente todas as nossas ações; eu o via muitas vezes de longe, olhando para nós; à mesa, quando eu não estava em frente dele, dava um jeito de se inclinar para me ver e ouvir o que eu dizia. Sem dúvida queria conhecer-me para saber se eu era realmente capaz de ser carmelita; penso que deve ter ficado satisfeito com o seu exame, pois no fim da viagem pareceu bem disposto a meu respeito, mas em Roma esteve longe de me ser favorável, como direi mais adiante. Antes de chegar a essa «cidade eterna», objetivo da nossa peregrinação, foi-nos dado contemplar muitas maravilhas. Primeiro foi a Suíça, com as suas montanhas cujo cimo se perde nas nuvens, as suas graciosas cascatas jorrando de mil maneiras diferentes, os seus vales profundos cheios de fetos gigantescos e de urzes cor-de-rosa. Ah! minha Madre querida, quanto bem fizeram à minha alma essas belezas da natureza derramadas com profusão! Como a elevaram para Aquele que se comprouve em lançar semelhantes obras-primas numa terra de exílio que só deve durar um dia... Eu não tinha olhos que bastassem para olhar. De pé, junto à portinhola, eu quase perdia o fôlego; teria querido estar dos dois lados do vagão, pois, ao me voltar, via paisagens de aspecto encantador e totalmente diferentes das que se estendiam diante de mim.

Parfois nous nous trouvions au sommet d'une montagne, à nos pieds A 58r des précipices dont le regard ne pouvait sonder la profondeur semblaient prêts à nous engloutir... ou bien c'était un ravissant petit village avec ses gracieux chalets et son clocher, au-dessus duquel se balançaient mollement quelques nuages éclatants de blancheur... Plus loin c'était un vaste lac que doraient les derniers rayons du soleil ; les flots calmes et purs empruntant la teinte azurée du Ciel qui se mêlait aux feux du couchant, présentaient à nos regards émerveillés le spectacle le plus poétique et le plus enchanteur qui se puisse voir... Au fond du vaste horizon on apercevait les montagnes dont les contours indécis auraient échappé à nos yeux si leurs sommets neigeux que le soleil rendait éblouissants n'étaient venus ajouter un charme de plus au beau lac qui nous ravissait...

Às vezes nos achávamos no cimo de uma montanha; a nossos pés, A 58r precipícios cuja profundidade o olhar não podia sondar pareciam prestes a engolir-nos... ou então era uma encantadora aldeiazinha com os seus graciosos chalés e o seu campanário, acima do qual se balançavam molemente algumas nuvens resplandecentes de brancura... Mais adiante era um vasto lago que os últimos raios do sol douravam; as águas calmas e puras, tomando a cor azulada do Céu, que se misturava aos fogos do poente, apresentavam aos nossos olhares maravilhados o espetáculo mais poético e mais encantador que se possa ver... No fundo do vasto horizonte avistavam-se as montanhas, cujos contornos indecisos teriam escapado aos nossos olhos se os seus cimos nevados, que o sol tornava deslumbrantes, não viessem acrescentar um encanto a mais ao belo lago que nos arrebatava...

En regardant toutes ces beautés, il naissait en mon âme des pensées bien profondes. Il me semblait comprendre déjà la grandeur de Dieu et les merveilles du Ciel... La vie religieuse m'apparaissait telle qu'elle est avec ses assujettissements, ses petits sacrifices accomplis dans l'ombre. Je comprenais combien il est facile de se replier sur soi-même, d'oublier le but sublime de sa vocation et je me disais : plus tard, à l'heure de l'épreuve, lorsque prisonnière au Carmel, je ne pourrai contempler qu'un petit coin du Ciel étoilé, je me souviendrai de ce que je vois aujourd'hui ; cette pensée me donnera du courage, j'oublierai facilement mes pauvres petits intérêts en voyant la grandeur et la puissance du Dieu que je veux aimer uniquement. Je n'aurai pas le malheur de m'attacher à des pailles, maintenant que «Mon coeur a pressenti ce que Jésus réserve à ceux qui l'aiment!...»

Ao olhar todas essas belezas, nasciam em minha alma pensamentos bem profundos. Parecia-me compreender já a grandeza de Deus e as maravilhas do Céu... A vida religiosa me aparecia tal como é, com as suas sujeições, os seus pequenos sacrifícios feitos na sombra. Eu compreendia como é fácil fechar-se em si mesma, esquecer o fim sublime da própria vocação, e dizia comigo: mais tarde, na hora da provação, quando, prisioneira no Carmelo, eu só puder contemplar um cantinho do Céu estrelado, eu me lembrarei do que vejo hoje; esse pensamento me dará coragem, esquecerei facilmente os meus pobres pequenos interesses ao ver a grandeza e o poder do Deus que quero amar unicamente. Não terei a desgraça de me apegar a palhas, agora que «O meu coração pressentiu o que Jesus reserva aos que o amam!...»

Après avoir admiré la puissance du Bon Dieu, je pus encore admirer celle qu'Il a donnée à ses créatures. La première ville d'Italie que nous avons visitée fut Milan. Sa cathédrale toute en marbre blanc, avec ses statues assez nombreuses pour former un peuple presqu'innombrable, A 58v fut visitée par nous dans ses plus petits détails. Céline et moi nous étions intrépides, toujours les premières et suivant immédiatement Monseigneur afin de tout voir en ce qui concernait les reliques des Saints et bien entendre les explications ; ainsi pendant qu'il offrait le Saint Sacrifice sur le tombeau de St Charles, nous étions avec papa derrière l'Autel, la tête appuyée sur la chasse qui renferme le corps du saint, revêtu de ses habits pontificaux. C'était ainsi partout... (Excepté lorsqu'il s'agissait de monter là où la dignité d'un Évêque ne le permettait pas, car alors nous savions bien quitter sa Grandeur)... Laissant les dames timides se cacher la figure dans les mains après avoir gravi les premiers clochetons qui couronnent la cathédrale, nous suivions les pèlerins les plus hardis et arrivions jusqu'au sommet du dernier clocher de marbre, d'où nous avions le plaisir de voir à nos pieds la ville de Milan dont les nombreux habitants ressemblaient à un petite fourmilière... Descendues de notre piédestal, nous commençâmes nos promenades en voiture qui devaient durer un mois, et me rassasier pour toujours de mon désir de rouler sans fatigue ! Le campo santo nous ravit encore plus que la cathédrale, toutes ses statues de marbre blanc qu'un ciseau de génie semble avoir animées, sont placées sur le vaste champ des morts avec une sorte de négligence, ce qui pour moi augmente leur charme... On serait tenté de consoler les idéals personnages qui vous entourent. Leur expression est si vraie, leur douleur si calme et si résignée qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître les pensées d'immortalité qui doivent remplir le coeur des artistes exécutant ces chefs-d'oeuvre. Ici c'est une enfant jetant des fleurs sur la tombe de ses parents, le marbre semble avoir perdu sa pesanteur et les pétales délicats semblent glisser entre les doigts de l'enfant, le vent paraît déjà les disperser, il paraît A 59r aussi faire flotter le voile léger des veuves et les rubans dont sont ornés les cheveux des jeunes filles. Papa était aussi ravi que nous ; en Suisse il avait été fatigué mais alors, sa gaîté ayant reparu, il jouissait du beau spectacle que nous contemplions ; son âme d'artiste se révélait dans les expressions de foi et d'admiration qui paraissaient sur son beau visage. Un vieux monsieur (français) qui sans doute n'avait pas l'âme aussi poétique, nous regardait du coin de l'oeil et disait avec mauvaise humeur, tout en ayant l'air de regretter ne pas pouvoir partager notre admiration : «Ah! que les français sont donc enthousiastes!» Je crois que ce pauvre monsieur aurait mieux fait de rester chez lui, car il ne m'a pas paru être content de son voyage, il se trouvait souvent près de nous et toujours des plaintes sortaient de sa bouche, il était mécontent des voitures, des hôtels, des personnes, des villes, enfin de tout... Papa avec sa grandeur d'âme habituelle essayait de le consoler, lui offrait sa place, etc... enfin il se trouvait toujours bien partout, étant d'un caractère directement opposé à celui de son désobligeant voisin... Ah ! que nous avons vu de personnages différents, quelle intéressante étude que celle du monde quand on est près de le quitter !...

Depois de admirar o poder do Bom Deus, pude ainda admirar o que Ele deu às suas criaturas. A primeira cidade da Itália que visitamos foi Milão. A sua catedral, toda de mármore branco, com estátuas bastante numerosas para formar um povo quase inumerável, A 58v foi visitada por nós nos seus mínimos pormenores. Celina e eu éramos intrépidas, sempre as primeiras e seguindo imediatamente Monsenhor, para ver tudo o que dizia respeito às relíquias dos Santos e ouvir bem as explicações; assim, enquanto ele oferecia o Santo Sacrifício sobre o túmulo de São Carlos, estávamos com papai atrás do Altar, com a cabeça apoiada na urna que encerra o corpo do santo, revestido dos seus paramentos pontificais. Era assim em toda parte... (Exceto quando se tratava de subir aonde a dignidade de um Bispo não o permitia, pois então sabíamos muito bem deixar sua Grandeza)... Deixando as senhoras tímidas esconderem o rosto nas mãos depois de terem subido aos primeiros pináculos que coroam a catedral, seguíamos os peregrinos mais ousados e chegávamos até o cimo do último campanário de mármore, de onde tínhamos o prazer de ver a nossos pés a cidade de Milão, cujos numerosos habitantes pareciam um pequeno formigueiro... Descidas do nosso pedestal, começamos os nossos passeios de carro, que deviam durar um mês e saciar para sempre o meu desejo de rodar sem cansaço! O campo santo arrebatou-nos ainda mais que a catedral; todas as suas estátuas de mármore branco, que um cinzel de gênio parece ter animado, estão dispostas no vasto campo dos mortos com uma espécie de negligência, o que para mim aumenta o seu encanto... Seríamos tentados a consolar os personagens ideais que nos rodeiam. A sua expressão é tão verdadeira, a sua dor tão calma e tão resignada, que não se pode deixar de reconhecer os pensamentos de imortalidade que devem encher o coração dos artistas que executam essas obras-primas. Aqui é uma menina jogando flores sobre o túmulo dos pais; o mármore parece ter perdido o seu peso, e as pétalas delicadas parecem escorregar entre os dedos da criança; o vento parece já dispersá-las, parece A 59r também fazer flutuar o véu leve das viúvas e as fitas que enfeitam os cabelos das moças. Papai estava tão encantado quanto nós; na Suíça tinha andado cansado, mas então, tendo reaparecido a sua alegria, gozava do belo espetáculo que contemplávamos; a sua alma de artista revelava-se nas expressões de fé e de admiração que apareciam no seu belo rosto. Um velho senhor (francês), que sem dúvida não tinha a alma tão poética, olhava-nos com o canto do olho e dizia com mau humor, embora parecendo lamentar não poder partilhar a nossa admiração: «Ah! como os franceses são entusiastas!» Creio que esse pobre senhor teria feito melhor em ficar em casa, pois não me pareceu contente com a sua viagem; achava-se muitas vezes perto de nós, e sempre lhe saíam queixas da boca: estava descontente com os carros, com os hotéis, com as pessoas, com as cidades, enfim, com tudo... Papai, com a sua habitual grandeza de alma, procurava consolá-lo, oferecia-lhe o seu lugar, etc... enfim, achava-se sempre bem em toda parte, sendo de um caráter diretamente oposto ao do seu desagradável vizinho... Ah! quantos personagens diferentes nós vimos! que estudo interessante é o do mundo quando se está perto de deixá-lo!...

A Venise, la scène changea complètement ; au lieu du bruit des grandes villes on n'entend au milieu du silence que les cris des gondoliers et le murmure de l'onde agitée par les rames. Venise n'est pas sans charmes, mais je trouve cette ville triste. Le palais des doges est splendide, cependant il est triste lui aussi avec ses vastes appartements où s'étalent l'or, le bois, les marbres les plus précieux et les peintures des plus grands maîtres. Depuis longtemps ses voûtes sonores ont cessé d'entendre la voix des gouverneurs qui prononçaient des arrêts de vie et de mort dans les salles que nous avons traversées... Ils ont cessé de souffrir, les malheureux prisonniers renfermés par les doges dans les cachots et les A 59v oubliettes souterraines... En visitant ces affreuses prisons je me croyais au temps des martyrs et j'aurais voulu pouvoir y rester afin de les imiter !... Mais il fallut promptement en sortir et passer sur le pont «des soupirs», ainsi appelé à cause des soupirs de soulagement que poussaient les condamnés en se voyant délivrés de l'horreur des souterrains auxquels ils préféraient la mort...

Em Veneza a cena mudou completamente; em vez do ruído das grandes cidades, só se ouvem, no meio do silêncio, os gritos dos gondoleiros e o murmúrio da água agitada pelos remos. Veneza não deixa de ter encantos, mas acho essa cidade triste. O palácio dos doges é esplêndido; contudo, também ele é triste, com os seus vastos aposentos onde se ostentam o ouro, a madeira, os mármores mais preciosos e as pinturas dos maiores mestres. Há muito tempo as suas abóbadas sonoras deixaram de ouvir a voz dos governantes que pronunciavam sentenças de vida e de morte nas salas que atravessamos... Deixaram de sofrer os infelizes prisioneiros encerrados pelos doges nos calabouços e nas A 59v masmorras subterrâneas... Visitando essas horríveis prisões, eu me julgava no tempo dos mártires e teria querido poder ficar ali para imitá-los!... Mas foi preciso sair depressa e passar pela ponte «dos suspiros», assim chamada por causa dos suspiros de alívio que os condenados davam ao se verem livres do horror dos subterrâneos, aos quais preferiam a morte...

Après Venise, nous sommes allées à Padoue, où nous avons vénéré la langue de St Antoine puis à Bologne où nous avons vu Sainte Catherine qui garde l'empreinte du baiser de l'Enfant Jésus. Il est bien des détails intéressants que je pourrais donner sur chaque ville et sur les mille petites circonstances particulières de notre voyage mais je n'en finirais pas, aussi je ne vais écrire que les détails principaux.

Depois de Veneza, fomos a Pádua, onde veneramos a língua de Santo Antônio, depois a Bolonha, onde vimos Santa Catarina, que conserva a marca do beijo do Menino Jesus. Há muitos pormenores interessantes que eu poderia dar sobre cada cidade e sobre as mil pequenas circunstâncias particulares da nossa viagem, mas não acabaria nunca; por isso vou escrever só os pormenores principais.

Ce fut avec joie que je quittai Bologne, cette ville m'était devenue insupportable par les étudiants dont elle est remplie et qui formaient une haie quand nous avions le malheur de sortir à pied, surtout à cause de la petite aventure qui m'est arrivée avec l'un d'eux, je fus heureuse de prendre la route de Lorette. Je ne suis pas surprise que la Ste Vierge ait choisi cet endroit pour y transporter sa maison bénie, la paix, la joie, la pauvreté y règnent en souveraines ; tout est simple et primitif, les femmes ont conservé leur gracieux costume italien et n'ont pas, comme celles des autres villes, adopté la mode de Paris ; enfin Lorette m'a charmée ! Que dirai-je de la sainte maison ?... Ah ! mon émotion a été profonde en me trouvant sous le même toit que la Ste Famille, en contemplant les murs sur lesquels Jésus avait fixé ses yeux divins, en foulant la terre que St Joseph avait arrosée de sueurs, où Marie avait porté Jésus entre ses bras, après l'avoir porté dans son sein virginal... J'ai vu la petite chambre où l'ange descendit auprès de la Ste Vierge... J'ai déposé mon chapelet dans la petite écuelle de l'Enfant Jésus... Que ces souvenirs sont ravissants !...

Foi com alegria que deixei Bolonha; essa cidade tornara-se insuportável para mim por causa dos estudantes de que está cheia e que formavam alas quando tínhamos a desgraça de sair a pé, e sobretudo por causa da pequena aventura que me aconteceu com um deles; fiquei feliz por tomar o caminho de Loreto. Não me surpreende que a Santíssima Virgem tenha escolhido esse lugar para transportar para lá a sua casa bendita: a paz, a alegria, a pobreza reinam ali como soberanas; tudo é simples e primitivo; as mulheres conservaram o seu gracioso traje italiano e não adotaram, como as das outras cidades, a moda de Paris; enfim, Loreto encantou-me! Que direi da santa casa?... Ah! a minha emoção foi profunda ao me encontrar sob o mesmo teto que a Sagrada Família, ao contemplar as paredes nas quais Jesus fixara os seus olhos divinos, ao pisar a terra que São José regara com os seus suores, onde Maria levara Jesus nos braços, depois de tê-lo trazido no seu seio virginal... Vi o quartinho onde o anjo desceu junto da Santíssima Virgem... Pus o meu terço na tigelinha do Menino Jesus... Como são encantadoras essas lembranças!...

A 60r Mais notre plus grande consolation fut de recevoir Jésus Lui-même dans sa maison et d'être son temple vivant au lieu même qu'il avait honoré de sa présence. Suivant un usage d'Italie, le St ciboire ne se conserve dans chaque église que sur un autel, et là seulement on peut recevoir la Ste communion ; cet autel était dans la basilique même où se trouve la Ste maison, renfermée comme un diamant précieux dans un écrin de marbre blanc. Cela ne fit pas notre bonheur ! C'était dans le diamant lui-même et non pas dans l'écrin que nous voulions faire la communion... Papa avec sa douceur ordinaire fit comme tout le monde, mais Céline et moi allâmes trouver un prêtre qui nous accompagnait partout et qui justement se préparait à célébrer sa messe dans la Santa-Casa, par un privilège spécial. Il demanda deux petites hosties qu'il plaça sur sa patène avec sa grande hostie et vous comprenez, ma Mère chérie, quel fut notre ravissement de faire toutes les deux la Ste communion dans cette maison bénie !... C'était un bonheur tout céleste que les paroles sont impuissantes à traduire. Que sera-ce donc quand nous recevrons la communion dans l'éternelle demeure du Roi des Cieux ?... Alors nous ne verrons plus finir notre joie, il n'y aura plus la tristesse du départ, et pour emporter un souvenir il ne nous sera pas nécessaire de gratter furtivement les murs sanctifiés par la présence Divine, puisque sa maison sera la nôtre pour l'éternité... Il ne veut pas nous donner celle de la terre, il se contente de nous la montrer pour nous faire aimer la pauvreté et la vie cachée ; celle qu'il nous réserve est son Palais de gloire où nous ne le verrons plus caché sous l'apparence d'un enfant ou d'une blanche hostie mais tel qu'Il est, dans l'éclat de sa splendeur infinie !!!...

A 60r Mas a nossa maior consolação foi receber Jesus, Ele mesmo, na sua casa e ser o seu templo vivo no próprio lugar que Ele honrara com a sua presença. Segundo um costume da Itália, o santo cibório só se conserva, em cada igreja, num único altar, e só ali se pode receber a santa comunhão; esse altar ficava na própria basílica onde se encontra a santa casa, encerrada como um diamante precioso num estojo de mármore branco. Isso não nos fez felizes! Era no próprio diamante, e não no estojo, que queríamos fazer a comunhão... Papai, com a sua doçura habitual, fez como todo o mundo, mas Celina e eu fomos procurar um padre que nos acompanhava por toda parte e que justamente se preparava para celebrar a sua missa na Santa Casa, por um privilégio especial. Ele pediu duas hóstias pequenas, que colocou na patena com a sua hóstia grande, e vós compreendeis, minha Madre querida, qual foi o nosso enlevo ao fazermos ambas a santa comunhão naquela casa bendita!... Era uma felicidade toda celeste, que as palavras são impotentes para traduzir. Que será então quando recebermos a comunhão na eterna morada do Rei dos Céus?... Então não veremos mais acabar a nossa alegria, não haverá mais a tristeza da partida, e para levar uma lembrança não nos será necessário raspar furtivamente as paredes santificadas pela presença Divina, pois a sua casa será a nossa por toda a eternidade... Ele não quer dar-nos a da terra, contenta-se em mostrá-la a nós para nos fazer amar a pobreza e a vida escondida; a que nos reserva é o seu Palácio de glória, onde não o veremos mais escondido sob a aparência de uma criança ou de uma hóstia branca, mas tal como Ele é, no brilho do seu esplendor infinito!!!...

C'est maintenant de Rome qu'il me reste à parler, de Rome but de A 60v notre voyage, là où je croyais rencontrer la consolation mais où je trouvai la croix !... A notre arrivée, il faisait nuit et nous étant endormis, nous fûmes réveillés par les employés de la gare qui criaient : «Roma, Roma.» Ce n'était pas un rêve, j'étais à Rome !...

É agora de Roma que me resta falar, de Roma, objetivo da A 60v nossa viagem, onde eu julgava encontrar a consolação, mas onde encontrei a cruz!... Ao chegarmos, era noite, e, tendo adormecido, fomos acordados pelos empregados da estação, que gritavam: «Roma, Roma.» Não era um sonho, eu estava em Roma!...

La première journée se passa hors les murs et ce fut peut-être la plus délicieuse, car tous les monuments ont conservé leur cachet d'antiquité au lieu qu'au centre de Rome l'on pourrait se croire à Paris en voyant la magnificence des hôtels et des magasins. Cette promenade dans les campagnes romaines m'a laissé un bien doux souvenir. Je ne parlerai point des lieux que nous avons visités, il y a assez de livres qui les décrivent dans toute leur étendue, mais seulement des principales impressions que j'ai ressenties. Une des plus douces fut celle qui me fit tressaillir à la vue du Colisée. Je la voyais donc enfin cette arène où tant de martyrs avaient versé leur sang pour Jésus ; déjà je m'apprêtais à baiser la terre qu'ils avaient sanctifiée, mais quelle déception ! le centre n'est qu'un amas de décombres que les pèlerins doivent se contenter de regarder car une barrière en défend l'entrée, d'ailleurs personne n'est tenté d'essayer de pénétrer au milieu de ces ruines... Fallait-il être venue à Rome sans descendre au Colisée ?... Cela me paraissait impossible, je n'écoutais plus les explications du guide, une seule pensée m'occupait : descendre dans l'arène... Voyant un ouvrier qui passait avec une échelle je fus sur le point de la lui demander, heureusement je ne mis pas mon idée à exécution car il m'aurait prise pour une folle... Il est dit dans l'Évangile que Madeleine restant toujours auprès du tombeau et se baissant à plusieurs reprises pour regarder à l'intérieur finit par voir deux anges. Comme elle, tout en ayant reconnu l'impossibilité de voir mes désirs réalisés, je A 61r continuais de me baisser vers les ruines où je voulais descendre ; à la fin, je ne vis pas d'anges, mais ce que je cherchais, je poussai un cri de joie et dis à Céline : «Viens vite, nous allons pouvoir passer!...» Aussitôt nous franchissons la barrière que les décombres atteignaient en cet endroit et nous voilà escaladant les ruines qui croulaient sous nos pas.

O primeiro dia passou-se fora dos muros, e foi talvez o mais delicioso, pois todos os monumentos conservaram o seu cunho de antiguidade, ao passo que no centro de Roma se poderia julgar estar em Paris, vendo a magnificência dos hotéis e das lojas. Esse passeio pelos campos romanos deixou-me uma lembrança bem doce. Não falarei dos lugares que visitamos, há livros bastantes que os descrevem em toda a sua extensão, mas somente das principais impressões que senti. Uma das mais doces foi a que me fez estremecer à vista do Coliseu. Eu a via, enfim, essa arena onde tantos mártires tinham derramado o seu sangue por Jesus; já me preparava para beijar a terra que eles tinham santificado, mas que decepção! o centro não passa de um amontoado de escombros que os peregrinos devem contentar-se em olhar, pois uma barreira impede a entrada; aliás, ninguém é tentado a procurar penetrar no meio dessas ruínas... Haveria eu de ter vindo a Roma sem descer ao Coliseu?... Isso me parecia impossível; eu já não escutava as explicações do guia, um só pensamento me ocupava: descer à arena... Vendo um operário que passava com uma escada, estive a ponto de pedi-la a ele; felizmente não pus a minha ideia em execução, pois ele me teria tomado por louca... Diz o Evangelho que Madalena, ficando sempre junto do sepulcro e abaixando-se várias vezes para olhar o interior, acabou por ver dois anjos. Como ela, embora tendo reconhecido a impossibilidade de ver os meus desejos realizados, eu A 61r continuava a me abaixar para as ruínas onde queria descer; por fim, não vi anjos, mas o que eu procurava; dei um grito de alegria e disse a Celina: «Vem depressa, vamos poder passar!...» Imediatamente transpomos a barreira, que os escombros alcançavam naquele ponto, e eis-nos escalando as ruínas, que desmoronavam sob os nossos passos.

Papa nous regardait tout étonné de notre audace, bientôt il nous dit de revenir, mais les deux fugitives n'entendaient plus rien ; de même que les guerriers sentent leur courage augmenter au milieu du péril, ainsi notre joie grandissait en proportion de la peine que nous avions pour atteindre l'objet de nos désirs. Céline, plus prévoyante que moi, avait écouté le guide et se rappelant qu'il venait de signaler un certain petit pavé croisé, comme étant celui où combattaient les martyrs, se mit à le chercher ; bientôt, l'ayant trouvé et nous étant agenouillées sur cette terre sacrée, nos âmes se confondirent en une même prière... Mon coeur battait bien fort lorsque mes lèvres s'approchèrent de la poussière empourprée du sang des premiers chrétiens, je demandai la grâce d'être aussi martyre pour Jésus et je sentis au fond de mon coeur que ma prière était exaucée !... Tout ceci fut accompli en très peu de temps ; après avoir pris quelques pierres, nous revînmes vers les murs en ruine pour recommencer notre périlleuse entreprise. Papa nous voyant si heureuses ne put pas nous gronder et je vis bien qu'il était fier de notre courage... Le Bon Dieu nous protégea visiblement, car les pèlerins ne s'aperçurent pas de notre absence étant plus loin que nous, occupés à regarder sans doute les magnifiques arcades, où le guide faisait remarquer «les petits cornichons et les cupides posés dessus», aussi ni lui, ni «messieurs les abbés» ne connurent la joie qui remplissait nos coeurs...

Papai olhava-nos, todo espantado com a nossa audácia; logo nos disse que voltássemos, mas as duas fugitivas já não ouviam nada; assim como os guerreiros sentem crescer a coragem no meio do perigo, assim a nossa alegria aumentava na proporção do trabalho que tínhamos para atingir o objeto dos nossos desejos. Celina, mais previdente que eu, tinha escutado o guia e, lembrando-se de que ele acabava de apontar uma certa pequena laje marcada com uma cruz como sendo aquela onde combatiam os mártires, pôs-se a procurá-la; logo, tendo-a encontrado e estando ajoelhadas sobre aquela terra sagrada, as nossas almas se confundiram numa mesma oração... O meu coração batia bem forte quando os meus lábios se aproximaram da poeira empurpurada pelo sangue dos primeiros cristãos; pedi a graça de ser também mártir por Jesus e senti no fundo do coração que a minha oração era atendida!... Tudo isso foi feito em muito pouco tempo; depois de apanhar algumas pedras, voltamos para os muros em ruína, para recomeçar a nossa perigosa empresa. Papai, vendo-nos tão felizes, não pôde ralhar conosco, e vi bem que estava orgulhoso da nossa coragem... O Bom Deus nos protegeu visivelmente, pois os peregrinos não perceberam a nossa ausência, estando mais longe do que nós, ocupados sem dúvida em olhar as magníficas arcadas, onde o guia fazia notar «as corujinhas e os cúpidos postos em cima»; por isso nem ele nem «os senhores padres» conheceram a alegria que enchia os nossos corações...

Les catacombes m'ont aussi laissé une bien douce impression : elles sont telles que je me les étais figurées en lisant leur description dans la vie des martyrs. Après y avoir passé une partie de l'après-midi, il me semblait y être seulement depuis quelques instants, tant l'atmosphère A 61v qu'on y respire me paraissait embaumée... Il fallait bien remporter quelque souvenir des catacombes, aussi ayant laissé la procession s'éloigner un peu, Céline et Thérèse se coulèrent ensemble jusqu'au fond de l'ancien tombeau de Ste Cécile et prirent de la terre sanctifiée par sa présence. Avant mon voyage de Rome je n'avais pour cette sainte aucune dévotion particulière, mais en visitant sa maison changée en église, le lieu de son martyre, en apprenant qu'elle avait été proclamée reine de l'harmonie, non pas à cause de sa belle voix ni de son talent pour la musique, mais en mémoire du chant virginal qu'elle fit entendre à son Epoux Céleste caché au fond de son coeur, je sentis pour elle plus que de la dévotion : une véritable tendresse d'amie... Elle devint ma sainte de prédilection, ma confidente intime... Tout en elle me ravit, surtout son abandon, sa confiance illimitée qui l'ont rendue capable de virginiser des âmes n'ayant jamais désiré d'autres joies que celles de la vie présente...

As catacumbas também me deixaram uma impressão bem doce: são tais como eu as imaginara ao ler a sua descrição na vida dos mártires. Depois de ter passado ali uma parte da tarde, parecia-me estar ali havia apenas alguns instantes, tão perfumada me parecia a atmosfera A 61v que ali se respira... Era preciso levar alguma lembrança das catacumbas; por isso, tendo deixado a procissão afastar-se um pouco, Celina e Teresa esgueiraram-se juntas até o fundo do antigo túmulo de Santa Cecília e tomaram terra santificada pela sua presença. Antes da minha viagem a Roma, eu não tinha por essa santa nenhuma devoção particular, mas, ao visitar a sua casa transformada em igreja, o lugar do seu martírio, ao saber que ela fora proclamada rainha da harmonia, não por causa da sua bela voz nem do seu talento para a música, mas em memória do canto virginal que ela fez ouvir ao seu Esposo Celeste escondido no fundo do seu coração, senti por ela mais do que devoção: uma verdadeira ternura de amiga... Ela se tornou a minha santa de predileção, a minha confidente íntima... Tudo nela me arrebata, sobretudo o seu abandono, a sua confiança ilimitada, que a tornaram capaz de virginizar almas que nunca tinham desejado outras alegrias senão as da vida presente...

Ste Cécile est semblable à l'épouse des cantiques, en elle je vois «Un choeur dans un camp d'armée!...» Sa vie n'a pas été autre chose qu'un chant mélodieux au milieu même des plus grandes épreuves et cela ne m'étonne pas, puisque «l'Evangile sacré reposait sur son coeur!» et que dans son coeur reposait l'Epoux des Vierges !...

Santa Cecília é semelhante à esposa dos cânticos; nela vejo «Um coro num acampamento de exército!...» A sua vida não foi outra coisa senão um canto melodioso no meio mesmo das maiores provações, e isso não me espanta, pois «o Evangelho sagrado repousava sobre o seu coração!», e no seu coração repousava o Esposo das Virgens!...

La visite à l'église Ste Agnès me fut aussi bien douce, c'était une amie d'enfance que j'allais visiter chez elle, je lui parlai longuement de celle qui porte si bien son nom et je fis tous mes efforts pour obtenir une des reliques de l'Angélique patronne de ma Mère chérie afin de la lui rapporter, A 62r mais il nous fut impossible d'en avoir d'autre qu'une petite pierre rouge qui se détacha d'une riche mosaïque dont l'origine remonte au temps de Ste Agnès et qu'elle a dû souvent regarder. N'était-ce pas charmant que l'aimable Sainte nous donnât elle-même ce que nous cherchions et qu'il nous était interdit de prendre ?... J'ai toujours regardé cela comme une délicatesse et une preuve de l'amour avec lequel la douce Ste Agnès regarde et protège ma Mère chérie !...

A visita à igreja de Santa Inês também me foi bem doce; era uma amiga de infância que eu ia visitar em sua casa; falei-lhe longamente daquela que tão bem leva o seu nome e fiz todos os esforços para obter uma das relíquias da Angélica padroeira de minha Madre querida, a fim de levá-la para ela, A 62r mas foi-nos impossível conseguir outra senão uma pedrinha vermelha que se desprendeu de um rico mosaico cuja origem remonta ao tempo de Santa Inês e que ela deve ter olhado muitas vezes. Não era encantador que a amável Santa nos desse ela mesma o que procurávamos e que nos era proibido tomar?... Sempre considerei isso uma delicadeza e uma prova do amor com que a doce Santa Inês olha e protege a minha Madre querida!...

Six jours se passèrent à visiter les principales merveilles de Rome et ce fut le septième que je vis la plus grande de toutes : «Léon XIII»... Ce jour, je le désirais et le redoutais en même temps, c'était de lui que ma vocation dépendait, car la réponse que je devais recevoir de Monseigneur n'était pas arrivée et j'avais appris par une lettre de vous, ma Mère, qu'il n'était plus très bien disposé pour moi, aussi mon unique planche de salut était la permission du St Père... mais pour l'obtenir, il fallait la demander, il fallait devant tout le monde oser parler : «au Pape», cette pensée me faisait trembler ; ce que j'ai souffert avant l'audience, le Bon Dieu seul le sait, avec ma chère Céline. Jamais je n'oublierai la part qu'elle a prise à toutes mes épreuves, il semblait que ma vocation était la sienne. (Notre amour mutuel était remarqué par les prêtres du pèlerinage : un soir, étant en société si nombreuse que les sièges manquaient, Céline me prit sur ses genoux et nous nous regardions si gentiment qu'un prêtre s'écria : «Comme elles s'aiment! Ah! jamais ces deux soeurs ne pourront se séparer!» Oui, nous nous aimions, mais notre affection était si pure et si forte que la pensée de la séparation ne nous troublait pas, car nous sentions que rien, même l'océan, ne pourrait nous éloigner l'une de l'autre... Céline voyait avec calme ma petite A 62v nacelle aborder au rivage du Carmel, elle se résignait à rester aussi longtemps que le Bon Dieu voudrait sur la mer orageuse du monde, sûre d'aborder à son tour sur la rive, objet de nos désirs...)

Seis dias se passaram em visitar as principais maravilhas de Roma, e foi no sétimo que vi a maior de todas: «Leão XIII»... Esse dia, eu o desejava e o temia ao mesmo tempo; era dele que a minha vocação dependia, pois a resposta que eu devia receber de Monsenhor não chegara, e eu soubera por uma carta vossa, minha Madre, que ele já não estava muito bem disposto a meu respeito; por isso a minha única tábua de salvação era a permissão do Santo Padre... mas, para obtê-la, era preciso pedi-la, era preciso, diante de todo o mundo, ousar falar «ao Papa»; esse pensamento me fazia tremer; o que sofri antes da audiência, só o Bom Deus o sabe, com a minha querida Celina. Nunca esquecerei a parte que ela tomou em todas as minhas provações; parecia que a minha vocação era a dela. (O nosso amor mútuo era notado pelos padres da peregrinação: uma noite, estando numa reunião tão numerosa que faltavam assentos, Celina tomou-me sobre os joelhos, e nós nos olhávamos tão gentilmente que um padre exclamou: «Como elas se amam! Ah! nunca estas duas irmãs poderão separar-se!» Sim, nós nos amávamos, mas a nossa afeição era tão pura e tão forte que o pensamento da separação não nos perturbava, pois sentíamos que nada, nem mesmo o oceano, poderia afastar-nos uma da outra... Celina via com calma a minha A 62v barquinha aportar à praia do Carmelo; resignava-se a ficar, por tanto tempo quanto o Bom Deus quisesse, no mar tempestuoso do mundo, certa de aportar por sua vez à margem, objeto dos nossos desejos...)

Le Dimanche 20 Novembre après nous être habillées suivant le cérémonial du Vatican (c'est-à-dire en noir, avec une mantille de dentelle pour coiffure) et nous être décorées d'une large médaille de Léon XIII, suspendue à un ruban bleu et blanc, nous avons fait notre entrée au Vatican dans la chapelle du Souverain Pontife. A 8 heures notre émotion fut profonde en le voyant entrer pour célébrer la Ste Messe... Après avoir béni les nombreux pèlerins réunis autour de lui, il gravit les degrés du St Autel et nous montra par sa piété digne du Vicaire de Jésus, qu'il était véritablement «Le Saint Père». Mon coeur battait bien fort et mes prières étaient bien ardentes pendant que Jésus descendait entre les mains de son Pontife ; cependant j'étais remplie de confiance, l'Evangile de ce jour renfermait ces ravissantes paroles : «Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à mon Père de vous donner son royaume.» Non je ne craignais pas, j'espérais que le royaume du Carmel m'appartiendrait bientôt, je ne pensais pas alors à ces autres paroles de Jésus : «Je vous prépare mon royaume comme mon Père me l'a préparé.» C'est-à-dire je vous réserve des croix et des épreuves, c'est ainsi que vous serez dignes de posséder ce royaume après lequel vous soupirez ; puisqu'il a été nécessaire que le Christ souffrît et qu'il entrât par là dans sa gloire, si vous désirez avoir place à ses côtés, buvez le calice qu'il a bu Lui-même !... Ce calice, il me fut présenté par le Saint-Père et mes larmes se mêlèrent à l'amer breuvage qui m'était offert. Après la messe d'action de grâces qui suivit celle de Sa Sainteté, l'audience commença. Léon XIII était assis sur un grand fauteuil, il était vêtu simplement A 63r d'une soutane blanche, d'un camail de même couleur et n'avait sur la tête qu'une petite calotte. Autour de lui se tenaient des cardinaux, archevêques et évêques mais je ne les ai vus qu'en général, étant occupée du Saint-Père ; nous passions devant lui en procession, chaque pèlerin s'agenouillait à son tour, baisait le pied et la main de Léon XIII, recevait sa bénédiction et deux gardes nobles le touchaient par cérémonie, lui indiquant par là de se lever (au pèlerin, car je m'explique si mal qu'on pourrait croire que c'était au Pape). Avant de pénétrer dans l'appartement pontifical j'étais bien résolue à parler, mais je sentis mon courage faiblir en voyant à la droite du St Père «Mr Révérony!...» Presqu'au même instant on nous dit de sa part qu'il défendait de parler à Léon XIII, l'audience se prolongeant trop longtemps... Je me tournai vers ma Céline chérie, afin de savoir son avis : «Parle! me dit-elle.» Un instant après j'étais aux pieds du Saint-Père ; ayant baisé sa mule, il me présentait la main, mais au lieu de la baiser, je joignis les miennes et levant vers son visage mes yeux baignés de larmes, je m'écriai : «Très Saint-Père, j'ai une grande grâce à vous demander!...»

No domingo, 20 de novembro, depois de nos vestirmos segundo o cerimonial do Vaticano (isto é, de preto, com uma mantilha de renda na cabeça) e de nos enfeitarmos com uma grande medalha de Leão XIII, presa a uma fita azul e branca, fizemos a nossa entrada no Vaticano, na capela do Soberano Pontífice. Às 8 horas, a nossa emoção foi profunda ao vê-lo entrar para celebrar a Santa Missa... Depois de abençoar os numerosos peregrinos reunidos à sua volta, subiu os degraus do Santo Altar e mostrou-nos, pela sua piedade digna do Vigário de Jesus, que era verdadeiramente «O Santo Padre». O meu coração batia bem forte e as minhas orações eram bem ardentes enquanto Jesus descia às mãos do seu Pontífice; contudo, eu estava cheia de confiança: o Evangelho daquele dia encerrava estas palavras encantadoras: «Não temais, pequeno rebanho, porque aprouve a meu Pai dar-vos o seu reino.» Não, eu não temia, esperava que o reino do Carmelo em breve me pertencesse; não pensava então nestas outras palavras de Jesus: «Eu vos preparo o meu reino, como meu Pai o preparou para mim.» Isto é: eu vos reservo cruzes e provações, é assim que sereis dignos de possuir esse reino pelo qual suspirais; já que foi necessário que o Cristo sofresse e por esse caminho entrasse na sua glória, se desejais ter lugar ao seu lado, bebei o cálice que Ele mesmo bebeu!... Esse cálice me foi apresentado pelo Santo Padre, e as minhas lágrimas misturaram-se à amarga bebida que me era oferecida. Depois da missa de ação de graças que se seguiu à de Sua Santidade, começou a audiência. Leão XIII estava sentado numa grande poltrona; vestia simplesmente A 63r uma batina branca, uma murça da mesma cor, e tinha na cabeça apenas um pequeno solidéu. À sua volta estavam cardeais, arcebispos e bispos, mas eu só os vi de modo geral, ocupada como estava com o Santo Padre; passávamos diante dele em procissão; cada peregrino ajoelhava-se por sua vez, beijava o pé e a mão de Leão XIII, recebia a sua bênção, e dois guardas nobres o tocavam por cerimônia, indicando-lhe assim que se levantasse (ao peregrino, pois me explico tão mal que se poderia pensar que era ao Papa). Antes de penetrar nos aposentos pontifícios, eu estava bem resolvida a falar, mas senti a coragem fraquejar ao ver à direita do Santo Padre «o padre Révérony!...» Quase no mesmo instante disseram-nos da parte dele que proibia falar a Leão XIII, pois a audiência se prolongava demais... Voltei-me para a minha Celina querida, para saber a sua opinião: «Fala! disse-me ela.» Um instante depois eu estava aos pés do Santo Padre; tendo eu beijado a sua sandália, ele me apresentava a mão, mas, em vez de beijá-la, juntei as minhas e, erguendo para o seu rosto os meus olhos banhados de lágrimas, exclamei: «Santíssimo Padre, tenho uma grande graça a vos pedir!...»

Alors le Souverain Pontife baissa la tête vers moi, de manière que ma figure touchait presque la sienne, et je vis ses yeux noirs et profonds se fixer sur moi et sembler me pénétrer jusqu'au fond de l'âme. «Très Saint-Père, lui dis-je, en l'honneur de votre jubilé, permettez-moi d'entrer au Carmel à 15 ans!...»

Então o Soberano Pontífice inclinou a cabeça para mim, de tal modo que o meu rosto quase tocava o dele, e vi os seus olhos negros e profundos fixarem-se em mim e parecerem penetrar-me até o fundo da alma. «Santíssimo Padre, disse-lhe eu, em honra do vosso jubileu, permiti-me entrar no Carmelo aos 15 anos!...»

L'émotion avait sans doute fait trembler ma voix, aussi se retournant vers Mr Révérony qui me regardait avec étonnement et mécontentement, le St Père dit : «Je ne comprends pas très bien.» Si le Bon Dieu l'eût permis il eût été facile que Mr Révérony m'obtînt ce que je désirais, mais c'était la croix et non la consolation qu'Il voulait me donner. «Très Saint-Père, répondit le Grand Vicaire, c'est une enfant qui désire entrer au Carmel à 15 ans, mais les supérieurs examinent la question en ce moment.» «Eh bien, mon enfant, reprit le St Père en me regardant avec bonté, faites ce que les supérieurs vous diront.» M'appuyant alors les mains A 63v sur ses genoux, je tentai un dernier effort et je dis d'une voix suppliante : «Oh! Très Saint-Père, si vous disiez oui, tout le monde voudrait bien!...» Il me regarda fixement et prononça ces mots en appuyant sur chaque syllabe : «Allons... Allons... Vous entrerez si le Bon Dieu le veut!...» (Son accent avait quelque chose de si pénétrant et de si convaincu qu'il me semble encore l'entendre). La bonté du St Père m'encourageant, je voulais encore parler mais les deux gardes nobles me touchèrent poliment pour me faire lever ; voyant que cela ne suffisait pas, ils me prirent par les bras et Mr Révérony leur aida à me soulever, car je restais encore les mains jointes, appuyées sur les genoux de Léon XIII et ce fut de force qu'ils m'arrachèrent de ses pieds... Au moment où j'étais ainsi enlevée, le St Père posa sa main sur mes lèvres, puis la leva pour me bénir alors mes yeux se remplirent de larmes et Mr Révérony put contempler au moins autant de diamants qu'il en avait vus à Bayeux... Les deux gardes nobles me portèrent pour ainsi dire jusqu'à la porte et là, un troisième me donna une médaille de Léon XIII. Céline qui me suivait, avait été témoin de la scène qui venait de se passer ; presque aussi émue que moi, elle eut cependant le courage de demander au St Père une bénédiction pour le Carmel. Mr Révérony d'une voix mécontente répondit : «Il est déjà béni le Carmel.» Le bon St Père reprit avec douceur : «Oh oui! il est déjà béni.» Avant nous Papa était venu aux pieds de Léon XIII (avec les messieurs). Mr Révérony avait été charmant pour lui, le présentant comme le Père de deux Carmélites. Le Souverain Pontife, en signe de particulière bienveillance, posa sa main sur la tête vénérable de mon Roi chéri, semblant ainsi le marquer d'un sceau mystérieux, au nom de Celui dont il est le véritable représentant... Ah ! maintenant qu'il est au Ciel, ce Père de quatre Carmélites, ce n'est plus la main du Pontife qui repose sur son front, lui A 64r prophétisant le martyre... C'est la main de l'Époux des Vierges, du Roi de Gloire, qui fait resplendir la tête de son Fidèle Serviteur, et plus jamais cette main adorée ne cessera de reposer sur le front qu'elle a glorifié !...

A emoção sem dúvida fizera tremer a minha voz; por isso, voltando-se para o padre Révérony, que me olhava com espanto e descontentamento, o Santo Padre disse: «Não compreendo muito bem.» Se o Bom Deus o tivesse permitido, teria sido fácil ao padre Révérony obter-me o que eu desejava, mas era a cruz, e não a consolação, que Ele queria dar-me. «Santíssimo Padre, respondeu o Vigário-Geral, é uma menina que deseja entrar no Carmelo aos 15 anos, mas os superiores estão examinando a questão neste momento.» «Pois bem, minha filha, retomou o Santo Padre, olhando-me com bondade, fazei o que os superiores vos disserem.» Apoiando então as mãos A 63v sobre os seus joelhos, tentei um último esforço e disse com voz suplicante: «Oh! Santíssimo Padre, se dissésseis sim, todo o mundo concordaria!...» Ele me olhou fixamente e pronunciou estas palavras, acentuando cada sílaba: «Vamos... Vamos... Entrareis, se o Bom Deus quiser!...» (O seu tom tinha algo de tão penetrante e de tão convicto que me parece ouvi-lo ainda.) Animada pela bondade do Santo Padre, eu queria falar ainda, mas os dois guardas nobres tocaram-me polidamente para me fazer levantar; vendo que isso não bastava, tomaram-me pelos braços, e o padre Révérony ajudou-os a me erguer, pois eu continuava com as mãos postas, apoiadas sobre os joelhos de Leão XIII, e foi à força que me arrancaram dos seus pés... No momento em que eu era assim levantada, o Santo Padre pôs a mão sobre os meus lábios e depois a ergueu para me abençoar; então os meus olhos se encheram de lágrimas, e o padre Révérony pôde contemplar pelo menos tantos diamantes quantos tinha visto em Bayeux... Os dois guardas nobres me carregaram, por assim dizer, até a porta, e ali um terceiro me deu uma medalha de Leão XIII. Celina, que me seguia, fora testemunha da cena que acabava de se passar; quase tão comovida quanto eu, teve contudo a coragem de pedir ao Santo Padre uma bênção para o Carmelo. O padre Révérony, com voz descontente, respondeu: «Já está abençoado, o Carmelo.» O bom Santo Padre retomou com doçura: «Oh, sim! já está abençoado.» Antes de nós, Papai viera aos pés de Leão XIII (com os senhores). O padre Révérony fora encantador com ele, apresentando-o como o Pai de duas Carmelitas. O Soberano Pontífice, em sinal de particular benevolência, pôs a mão sobre a cabeça venerável do meu Rei querido, parecendo assim marcá-lo com um selo misterioso, em nome d'Aquele de quem é o verdadeiro representante... Ah! agora que ele está no Céu, esse Pai de quatro Carmelitas, já não é a mão do Pontífice que repousa sobre a sua fronte, A 64r profetizando-lhe o martírio... É a mão do Esposo das Virgens, do Rei de Glória, que faz resplandecer a cabeça do seu Servo Fiel, e nunca mais essa mão adorada deixará de repousar sobre a fronte que ela glorificou!...

Mon Papa chéri eut bien de la peine de me trouver toute en larmes au sortir de l'audience, il fit tout ce qu'il put pour me consoler, mais en vain... Au fond du coeur je sentais une grande paix, puisque j'avais fait absolument tout ce qui était en mon pouvoir de faire pour répondre à ce que le Bon Dieu demandait de moi, mais cette paix était au fond et l'amertume remplissait mon âme, car Jésus se taisait. Il semblait absent, rien ne révélait sa présence... Ce jour-là encore le soleil n'osa pas briller et le beau ciel bleu d'Italie, chargé de nuages sombres, ne cessa de pleurer avec moi... Ah ! c'était fini, mon voyage n'avait plus aucun charme à mes yeux puisque le but en était manqué. Cependant les dernières paroles du Saint-Père auraient dû me consoler : n'étaient-elles pas en effet une véritable prophétie ? Malgré tous les obstacles, ce que le Bon Dieu a voulu s'est accompli. Il n'a pas permis aux créatures de faire ce qu'elles voulaient, mais sa volonté à Lui... Depuis quelque temps je m'étais offerte à l'Enfant Jésus pour être son petit jouet, je Lui avais dit de ne pas se servir de moi comme d'un jouet de prix que les enfants se contentent de regarder sans oser y toucher, mais comme d'une petite balle de nulle valeur qu'il pouvait jeter à terre, pousser du pied, percer, laisser dans un coin ou bien presser sur son coeur si cela Lui faisait plaisir ; en un mot, je voulais amuser le petit Jésus, lui faire plaisir, je voulais me livrer à ses caprices enfantins... Il avait exaucé ma prière...

Meu Papai querido sentiu muita pena ao me encontrar toda em lágrimas à saída da audiência; fez tudo o que pôde para me consolar, mas em vão... No fundo do coração eu sentia uma grande paz, pois tinha feito absolutamente tudo o que estava em meu poder fazer para responder ao que o Bom Deus pedia de mim, mas essa paz estava no fundo, e a amargura enchia a minha alma, porque Jesus se calava. Parecia ausente, nada revelava a sua presença... Naquele dia também o sol não ousou brilhar, e o belo céu azul da Itália, carregado de nuvens sombrias, não cessou de chorar comigo... Ah! estava acabado, a minha viagem já não tinha nenhum encanto aos meus olhos, pois o seu objetivo fora frustrado. Contudo, as últimas palavras do Santo Padre deveriam ter-me consolado: não eram elas, com efeito, uma verdadeira profecia? Apesar de todos os obstáculos, o que o Bom Deus quis se cumpriu. Ele não permitiu às criaturas fazer o que elas queriam, mas a vontade d'Ele... Havia algum tempo, eu me oferecera ao Menino Jesus para ser o seu brinquedinho; dissera-Lhe que não se servisse de mim como de um brinquedo caro, que as crianças se contentam em olhar sem ousar tocar, mas como de uma bolinha sem valor nenhum, que podia jogar no chão, empurrar com o pé, furar, deixar num canto ou então apertar contra o coração, se isso Lhe desse prazer; numa palavra, eu queria divertir o pequeno Jesus, dar-lhe prazer, queria entregar-me aos seus caprichos infantis... Ele atendera a minha oração...

A Rome Jésus perça son petit jouet, Il voulait voir ce qu'il y avait dedans et puis l'ayant vu, content de sa découverte, Il laissa tomber sa petite A 64v balle et s'endormit... Que fit-Il pendant son doux sommeil et que devint la petite balle abandonnée ?... Jésus rêva qu'il s'amusait encore avec son jouet, le laissant et le prenant tour à tour, et puis qu'après l'avoir fait rouler bien loin Il le pressait sur son coeur, ne permettant plus qu'Il s'éloigne jamais de sa petite main...

Em Roma, Jesus furou o seu brinquedinho, Ele queria ver o que havia dentro, e depois, tendo-o visto, contente com a sua descoberta, deixou cair a sua A 64v bolinha e adormeceu... Que fez Ele durante o seu doce sono, e que foi feito da bolinha abandonada?... Jesus sonhou que ainda brincava com o seu brinquedo, deixando-o e tomando-o alternadamente, e depois que, após tê-lo feito rolar bem longe, Ele o apertava contra o coração, não permitindo mais que ele jamais se afastasse da sua mãozinha...

Vous comprenez, ma Mère chérie, combien la petite balle était triste de se voir par terre... Cependant je ne cessais d'espérer contre toute espérance. Quelques jours après l'audience du St Père, Papa étant allé voir le bon frère Siméon, trouva chez lui Mr Révérony qui fut très aimable. Papa lui reprocha gaiement de ne m'avoir pas aidée dans ma difficile entreprise, puis il raconta l'histoire des sa Reine au frère Siméon. Le vénérable vieillard écouta son récit avec beaucoup d'intérêt, en prit même des notes et dit avec émotion : «On ne voit pas cela en Italie!» Je crois que cette entrevue fit une très bonne impression à Mr Révérony ; dans la suite il ne cessa de me prouver qu'il était enfin convaincu de ma vocation.

Vós compreendeis, minha Madre querida, quanto a bolinha estava triste por se ver no chão... Contudo, eu não cessava de esperar contra toda esperança. Alguns dias depois da audiência do Santo Padre, Papai, tendo ido visitar o bom irmão Simeão, encontrou em sua casa o padre Révérony, que foi muito amável. Papai censurou-o alegremente por não me ter ajudado na minha difícil empresa, depois contou a história da sua Rainha ao irmão Simeão. O venerável ancião escutou a narrativa com muito interesse, chegou a tomar notas e disse com emoção: «Não se vê isso na Itália!» Creio que essa entrevista causou muito boa impressão ao padre Révérony; dali em diante, ele não cessou de me provar que estava enfim convencido da minha vocação.

Au lendemain de la mémorable journée, il nous fallut partir dès le matin pour Naples et Pompéi. En notre honneur, le Vésuve fit du bruit toute la journée, laissant avec ses coups de canon échapper une épaisse colonne de fumée. Les traces qu'il a laissées sur les ruines de Pompéi sont effrayantes, elles montrent la puissance du Dieu : «Qui regarde la terre et la fait trembler, qui touche les montagnes et les réduit en fumée...»

No dia seguinte à memorável jornada, tivemos de partir logo de manhã para Nápoles e Pompeia. Em nossa honra, o Vesúvio fez barulho o dia inteiro, deixando escapar, com os seus tiros de canhão, uma espessa coluna de fumaça. Os vestígios que ele deixou sobre as ruínas de Pompeia são assustadores, mostram o poder do Deus «Que olha a terra e a faz tremer, que toca os montes e os reduz a fumaça...»

J'aurais aimé à me promener seule au milieu des ruines, à rêver sur la fragilité des choses humaines, mais le nombre des voyageurs enlevait une grande partie du charme mélancolique de la cité détruite... A Naples ce fut tout le contraire, le grand nombre de voitures à deux chevaux rendit magnifique notre promenade au monastère San Martino placé sur A 65r une haute colline dominant toute la ville, malheureusement les chevaux qui nous conduisaient prenaient à chaque instant le mors aux dents et plus d'une fois je me suis crue à ma dernière heure. Le cocher avait beau répéter constamment la parole magique des conducteurs italiens : «Appipau, appipau...» les pauvres chevaux voulaient renverser la voiture, enfin grâce au secours de nos anges gardiens, nous arrivâmes à notre magnifique hôtel. Pendant tout le cours de notre voyage, nous avons été logés dans des hôtels princiers, jamais je n'avais été entourée de tant de luxe, c'est bien le cas de dire que la richesse ne fait pas le bonheur, car j'aurais été plus heureuse sous un toit de chaume avec l'espérance du Carmel, qu'auprès des lambris dorés, des escaliers de marbre blanc, des tapis de soie, avec l'amertume dans le coeur... Ah ! je l'ai bien senti, la joie ne se trouve pas dans les objets qui nous entourent, elle se trouve au plus intime de l'âme, on peut aussi bien la posséder dans une prison que dans un palais, la preuve, c'est que je suis plus heureuse au Carmel, même au milieu des épreuves intérieures et extérieures que dans le monde, entourée des commodités de la vie et surtout des douceurs du foyer paternel !...

Eu teria gostado de passear sozinha no meio das ruínas, de meditar sobre a fragilidade das coisas humanas, mas o número de viajantes tirava grande parte do encanto melancólico da cidade destruída... Em Nápoles foi bem o contrário: o grande número de carros de dois cavalos tornou magnífico o nosso passeio ao mosteiro de San Martino, situado sobre A 65r uma alta colina que domina toda a cidade; infelizmente os cavalos que nos levavam tomavam a cada instante o freio nos dentes, e mais de uma vez julguei chegada a minha última hora. Em vão o cocheiro repetia constantemente a palavra mágica dos condutores italianos: «Appipau, appipau...», os pobres cavalos queriam virar o carro; enfim, graças ao socorro dos nossos anjos da guarda, chegamos ao nosso magnífico hotel. Durante todo o curso da nossa viagem, fomos hospedados em hotéis principescos; nunca eu estivera rodeada de tanto luxo; é bem o caso de dizer que a riqueza não faz a felicidade, pois eu teria sido mais feliz sob um teto de palha, com a esperança do Carmelo, do que junto dos lambris dourados, das escadarias de mármore branco, dos tapetes de seda, com a amargura no coração... Ah! senti-o bem: a alegria não se encontra nos objetos que nos rodeiam, encontra-se no mais íntimo da alma; pode-se possuí-la tanto numa prisão como num palácio; a prova é que sou mais feliz no Carmelo, mesmo no meio das provações interiores e exteriores, do que no mundo, rodeada das comodidades da vida e sobretudo das doçuras do lar paterno!...

J'avais l'âme plongée dans la tristesse, cependant à l'extérieur, j'étais la même, car je croyais cachée la demande que j'avais faite au St Père ; bientôt je pus me convaincre du contraire, étant restée seule dans le wagon avec Céline (les autres pèlerins étaient descendus au buffet pendant les quelques minutes d'arrêt) je vis Mr Legoux, vicaire général de Coutances, ouvrir la portière et me regardant en souriant, il me dit : «Eh bien, comment va notre petite carmélite?...» Je compris alors que tout le pèlerinage savait mon secret ; heureusement personne ne m'en parla, mais je vis à la manière sympathique dont on me regardait, que ma demande n'avait pas produit un mauvais A 65v effet, au contraire... A la petite ville d'Assise, j'eus l'occasion de monter dans la voiture de Mr Révérony, faveur qui ne fut accordée à aucune dame pendant tout le voyage. Voici comment j'obtins ce privilège. Après avoir visité les lieux embaumés par les vertus de St François et de Ste Claire, nous avions terminé par le monastère de Ste Agnès, soeur de Ste Claire ; j'avais contemplé à mon aise la tête de la Sainte, lorsque me retirant une des dernières je m'aperçus avoir perdu ma ceinture ; je la cherchai au milieu de la foule, un prêtre eut pitié de moi et m'aida, mais après me l'avoir trouvée, je le vis s'éloigner et je restai seule à chercher, car j'avais bien la ceinture, mais impossible de la mettre, la boucle manquait... Enfin je la vis briller dans un coin, la saisir et l'ajuster au ruban ne fut pas long, mais le travail précédent l'avait été davantage, aussi mon étonnement fut grand de me trouver seule auprès de l'église, toutes les nombreuses voitures avaient disparu, à l'exception de celle de Mr Révérony. Quel parti prendre ? Fallait-il courir après les voitures que je ne voyais plus, m'exposer à manquer le train et mettre mon Papa chéri dans l'inquiétude, ou bien demander une place dans la calèche de Mr Révérony ?... Je me décidai à ce dernier parti. Avec mon air le plus gracieux et le moins embarrassé possible malgré mon extrême embarras, je lui exposai ma situation critique et le mis dans l'embarras lui-même, car sa voiture était garnie des messieurs les plus distingués du pèlerinage, pas moyen de trouver une place de plus, mais un monsieur très galant se hâta de descendre, me fit monter à sa place et se plaça modestement auprès du cocher. Je ressemblais à un écureuil pris dans un piège et j'étais loin d'être à mon aise, entourée de tous ces grands personnages et surtout du plus redoutable en face duquel j'étais placée... Il fut cependant très A 66r aimable pour moi, interrompant de temps en temps sa conversation avec les messieurs pour me parler du Carmel. Avant d'arriver à la gare tous les grands personnages tirèrent leurs grands porte-monnaie afin de donner de l'argent au cocher (déjà payé), je fis comme eux et pris mon tout petit porte-monnaie, mais Mr Révérony ne consentit pas à ce que j'en fisse sortir de jolies petites pièces, il aima mieux en donner une grande pour nous deux.

Eu tinha a alma mergulhada na tristeza; contudo, no exterior, era a mesma, pois julgava escondido o pedido que fizera ao Santo Padre; logo pude convencer-me do contrário: tendo ficado sozinha no vagão com Celina (os outros peregrinos tinham descido ao bufê durante os poucos minutos de parada), vi o padre Legoux, vigário-geral de Coutances, abrir a portinhola e, olhando para mim sorrindo, ele me disse: «E então, como vai a nossa carmelitazinha?...» Compreendi então que toda a peregrinação sabia o meu segredo; felizmente ninguém me falou disso, mas vi, pela maneira simpática com que me olhavam, que o meu pedido não produzira um mau A 65v efeito, ao contrário... Na pequena cidade de Assis, tive ocasião de subir no carro do padre Révérony, favor que não foi concedido a nenhuma senhora durante toda a viagem. Eis como obtive esse privilégio. Depois de visitar os lugares perfumados pelas virtudes de São Francisco e de Santa Clara, tínhamos terminado pelo mosteiro de Santa Inês, irmã de Santa Clara; eu contemplara à vontade a cabeça da Santa, quando, retirando-me entre as últimas, percebi que tinha perdido o meu cinto; procurei-o no meio da multidão; um padre teve pena de mim e me ajudou, mas, depois de o ter encontrado para mim, vi-o afastar-se, e fiquei sozinha a procurar, pois eu tinha o cinto, mas era impossível pô-lo: faltava a fivela... Enfim vi-a brilhar num canto; apanhá-la e ajustá-la à fita não levou muito tempo, mas o trabalho anterior tinha levado mais; por isso o meu espanto foi grande ao me achar sozinha junto da igreja: todos os numerosos carros tinham desaparecido, exceto o do padre Révérony. Que partido tomar? Seria preciso correr atrás dos carros que eu já não via, expor-me a perder o trem e deixar o meu Papai querido inquieto, ou então pedir um lugar na caleche do padre Révérony?... Decidi-me por este último partido. Com o meu ar mais gracioso e menos embaraçado possível, apesar do meu extremo embaraço, expus-lhe a minha situação crítica e o pus, a ele também, em embaraço, pois o seu carro estava cheio dos senhores mais distintos da peregrinação; não havia jeito de encontrar mais um lugar; mas um senhor muito galante apressou-se a descer, fez-me subir em seu lugar e foi sentar-se modestamente junto do cocheiro. Eu parecia um esquilo preso numa armadilha e estava longe de estar à vontade, rodeada de todos aqueles grandes personagens e sobretudo do mais temível, diante do qual eu estava sentada... Ele foi, no entanto, muito A 66r amável comigo, interrompendo de vez em quando a conversa com aqueles senhores para me falar do Carmelo. Antes de chegarmos à estação, todos os grandes personagens tiraram os seus grandes porta-moedas a fim de dar dinheiro ao cocheiro (já pago), fiz como eles e peguei o meu porta-moedas pequenininho, mas o padre Révérony não consentiu que eu tirasse dele lindas moedinhas, preferiu dar uma grande por nós dois.

Une autre fois je me trouvai à côté de lui en omnibus, il fut encore plus aimable et me promit de faire tout ce qu'il pourrait afin que j'entre au Carmel... Tout en mettant un peu de baume sur mes plaies, ces petites rencontres m'empêchèrent pas le retour d'être beaucoup moins agréable que l'aller, car je n'avais plus l'espoir «du St Père» ; je ne trouvais aucun secours sur la terre qui me paraissait un désert aride et sans eau ; toute mon espérance était dans le Bon Dieu seul... je venais de faire l'expérience qu'il vaut mieux avoir recours à Lui qu'à ses saints..

Outra vez, achei-me ao lado dele num ônibus, ele foi ainda mais amável e prometeu-me fazer tudo o que pudesse para que eu entrasse no Carmelo... Embora pusessem um pouco de bálsamo nas minhas feridas, esses pequenos encontros não impediram que a volta fosse muito menos agradável do que a ida, pois eu já não tinha a esperança «do Santo Padre»; não encontrava nenhum socorro na terra, que me parecia um deserto árido e sem água; toda a minha esperança estava só no Bom Deus... eu acabava de aprender por experiência que mais vale recorrer a Ele do que aos seus santos..

La tristesse de mon âme ne m'empêcha pas de prendre un grand intérêt aux saints lieux que nous visitions. A Florence je fus heureuse de contempler Ste Madeleine de Pazzi au milieu du choeur des carmélites qui nous ouvrirent la grande grille ; comme nous ne savions pas jouir de ce privilège et beaucoup de personnes désirant faire toucher leurs chapelets au tombeau de la sainte, il n'y eut que moi à pouvoir passer la main dans la grille qui nous en séparait, aussi tout le monde m'apportait des chapelets et j'étais bien fière de mon office... Il fallait toujours que je trouve le moyen de toucher à tout, ainsi dans l'Eglise de Ste Croix en Jérusalem (de Rome) nous pûmes vénérer plusieurs morceaux de la vraie Croix, deux épines et l'un des clous sacrés renfermés dans un magnifique reliquaire d'or ouvragé, mais sans verre, aussi je trouvai moyen, en vénérant la précieuse relique, de couler mon petit doigt dans A 66v un des jours du reliquaire et je pus toucher au clou qui fut baigné du sang de Jésus... J'étais vraiment par trop audacieuse !... Heureusement, le bon Dieu qui voit le fond des coeurs sait que mon intention était pure et que pour rien au monde je n'aurais voulu lui déplaire, j'agissais avec Lui comme un enfant qui se croit tout permis et regarde les trésors de son Père comme les siens. Je ne puis encore comprendre pourquoi les femmes sont si facilement excommuniées en Italie, à chaque instant on nous disait : «N'entrez pas ici... N'entrez pas là, vous seriez excommuniées!...» Ah ! les pauvres femmes, comme elles sont méprisées !... Cependant elles aiment le Bon Dieu en bien plus grand nombre que les hommes et pendant la Passion de Notre-Seigneur, les femmes eurent plus de courage que les apôtres, puisqu'elles bravèrent les insultes des soldats et osèrent essuyer la Face adorable de Jésus... C'est sans doute pour cela qu'Il permet que le mépris soit leur partage sur la terre, puisqu'Il l'a choisi pour Lui-même... Au Ciel, Il saura bien montrer que ses pensées ne sont pas celles des hommes, car alors les dernières seront les premières... Plus d'une fois pendant le voyage, je n'ai pas eu la patience d'attendre le Ciel pour être la première... Un jour que nous visitions un monastère de Carmes, ne me contentant pas de suivre les pèlerins dans les galeries extérieures, je m'avançai sous les cloîtres intérieurs... tout à coup je vis un bon vieux carme qui de loin me faisait signe de m'éloigner, mais au lieu de m'en aller, je m'approchai de lui et montrant les tableaux du cloître, je lui fis signe qu'ils étaient jolis. Il reconnut sans doute à mes cheveux sur le dos et à mon air jeune que j'étais une enfant, il me sourit avec bonté et s'éloigna, voyant qu'il n'avait pas une ennemie devant lui ; si j'avais pu lui parler italien, je lui aurais dit être une future carmélite, mais à cause des constructeurs de la tour de Babel, cela me fut impossible.

A tristeza da minha alma não me impediu de ter grande interesse pelos lugares santos que visitávamos. Em Florença, fiquei feliz por contemplar Santa Madalena de Pazzi no meio do coro das carmelitas, que nos abriram a grande grade; como não sabíamos que teríamos esse privilégio e muitas pessoas desejavam que os seus terços tocassem o túmulo da santa, só eu pude passar a mão pela grade que dele nos separava, por isso todo o mundo me trazia terços e eu estava muito orgulhosa do meu ofício... Era sempre preciso que eu achasse um meio de tocar em tudo, assim, na Igreja de Santa Cruz em Jerusalém (de Roma), pudemos venerar vários pedaços da verdadeira Cruz, dois espinhos e um dos cravos sagrados, encerrados num magnífico relicário de ouro lavrado, mas sem vidro, por isso achei um meio, ao venerar a preciosa relíquia, de fazer escorregar o meu dedinho por A 66v uma das aberturas do relicário e pude tocar o cravo que foi banhado no sangue de Jesus... Eu era mesmo audaciosa demais!... Felizmente, o bom Deus, que vê o fundo dos corações, sabe que a minha intenção era pura e que por nada no mundo eu teria querido desagradar-lhe, eu agia com Ele como uma criança que pensa que tudo lhe é permitido e olha os tesouros de seu Pai como seus. Ainda não consigo compreender por que as mulheres são tão facilmente excomungadas na Itália, a todo instante nos diziam: «Não entreis aqui... Não entreis ali, seríeis excomungadas!...» Ah! as pobres mulheres, como são desprezadas!... No entanto, elas amam o Bom Deus em número muito maior do que os homens, e durante a Paixão de Nosso Senhor as mulheres tiveram mais coragem do que os apóstolos, pois enfrentaram os insultos dos soldados e ousaram enxugar a Face adorável de Jesus... É sem dúvida por isso que Ele permite que o desprezo seja o quinhão delas na terra, já que o escolheu para Si mesmo... No Céu, Ele saberá mostrar que os seus pensamentos não são os dos homens, pois então as últimas serão as primeiras... Mais de uma vez, durante a viagem, não tive paciência de esperar o Céu para ser a primeira... Um dia em que visitávamos um mosteiro de Carmelitas, não me contentando em seguir os peregrinos pelas galerias exteriores, adiantei-me pelos claustros interiores... de repente vi um bom velho carmelita que de longe me fazia sinal para que me afastasse, mas, em vez de ir-me embora, aproximei-me dele e, mostrando os quadros do claustro, fiz-lhe sinal de que eram bonitos. Ele reconheceu sem dúvida, pelos meus cabelos soltos nas costas e pelo meu ar jovem, que eu era uma criança, sorriu-me com bondade e afastou-se, vendo que não tinha diante de si uma inimiga; se eu pudesse falar-lhe em italiano, eu lhe teria dito que era uma futura carmelita, mas, por causa dos construtores da torre de Babel, isso me foi impossível.

Après avoir encore visité Pise et Gênes, nous revînmes en France. Sur le parcours A 67r la vue était magnifique, tantôt nous longions la mer et le chemin de fer en était si près qu'il me semblait que les vagues allaient arriver jusqu'à nous (ce spectacle fut causé par une tempête, c'était le soir, ce qui rendait la scène encore plus imposante), tantôt des plaines couvertes d'orangers aux fruits mûrs, de verts oliviers au feuillage léger, de palmiers gracieux... à la tombée du jour, nous voyions les nombreux petits ports de mer s'éclairer d'une multitude de lumières, pendant qu'au Ciel scintillaient les premières étoiles... Ah ! quelle poésie remplissait mon âme à la vue de toutes ces choses que je regardais pour la première et la dernière fois de ma vie !... C'était sans regret que je les voyais s'évanouir, mon coeur aspirait à d'autres merveilles, il avait assez contemplé les beautés de la terre, celles du Ciel étaient l'objet de ses désirs et pour les donner aux âmes, je voulais devenir prisonnière !... Avant de voir s'ouvrir devant moi les portes de la prison bénie après laquelle je soupirais, il me fallait encore lutter et souffrir ; je le sentais en revenant en France, cependant ma confiance était si grande que je ne cessai pas d'espérer qu'il me serait permis d'entrer le 25 Décembre... A peine arrivés à Lisieux, notre première visite fut pour le Carmel. Quelle entrevue que celle-là !... Nous avions tant de choses à nous dire, depuis un mois de séparation, mois qui m'a semblé plus long et pendant lequel j'ai plus appris que pendant plusieurs années...

Depois de visitarmos ainda Pisa e Gênova, voltamos para a França. Ao longo do percurso A 67r a vista era magnífica, ora costeávamos o mar, e a estrada de ferro passava tão perto dele que me parecia que as ondas iam chegar até nós (esse espetáculo foi causado por uma tempestade, era ao anoitecer, o que tornava a cena ainda mais imponente), ora planícies cobertas de laranjeiras de frutos maduros, de verdes oliveiras de folhagem leve, de graciosas palmeiras... ao cair do dia, víamos os numerosos pequenos portos de mar iluminarem-se com uma multidão de luzes, enquanto no Céu cintilavam as primeiras estrelas... Ah! que poesia enchia a minha alma à vista de todas aquelas coisas que eu contemplava pela primeira e última vez na vida!... Era sem pesar que eu as via desvanecer-se, o meu coração aspirava a outras maravilhas, já tinha contemplado bastante as belezas da terra, as do Céu eram o objeto dos seus desejos e, para dá-las às almas, eu queria tornar-me prisioneira!... Antes de ver abrirem-se diante de mim as portas da prisão bendita pela qual eu suspirava, ainda me era preciso lutar e sofrer; eu o sentia ao voltar para a França, contudo a minha confiança era tão grande que não deixei de esperar que me seria permitido entrar no dia 25 de dezembro... Mal chegamos a Lisieux, a nossa primeira visita foi para o Carmelo. Que encontro aquele!... Tínhamos tantas coisas para nos dizer, depois de um mês de separação, mês que me pareceu mais longo e durante o qual aprendi mais do que em vários anos...

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