Ms A
Terceira época: a graça do Natal (1886–1887)
Ce fut le 25 décembre 1886 que je reçus la grâce de sortir de l'enfance, en un mot la grâce de ma complète conversion. Nous revenions de la messe de minuit où j'avais eu le bonheur de recevoir le Dieu fort et puissant. En arrivant aux Buissonnets je me réjouissais d'aller prendre mes souliers dans la cheminée, cet antique usage nous avait causé tant de joie pendant notre enfance que Céline voulait continuer à me traiter comme un bébé puisque j'étais la plus petite de la famille... Papa aimait à voir mon bonheur, à entendre mes cris de joie en tirant chaque surprise des souliers enchantés, et la gaîté de mon Roi chéri augmentait beaucoup mon bonheur, mais Jésus voulant me montrer que je devais me défaire des défauts de l'enfance m'en retira aussi les innocentes joies ; il permit que Papa, fatigué de la messe de minuit, éprouvât de l'ennui en voyant mes souliers dans la cheminée et qu'il dît ces paroles qui me percèrent le coeur : «Enfin, heureusement que c'est la dernière année!...» Je montais alors l'escalier pour aller défaire mon chapeau, Céline connaissant ma sensibilité et voyant des larmes briller dans mes yeux eut aussi bien envie d'en verser, car elle m'aimait beaucoup et comprenait mon chagrin : «O Thérèse! me dit-elle, ne descends pas, cela te ferait trop de peine de regarder tout de suite dans tes souliers.» Mais Thérèse n'était plus la même, Jésus avait changé son coeur ! Refoulant mes larmes, je descendis rapidement l'escalier et comprimant les battements de mon coeur, je pris mes souliers et les posant devant Papa, je tirai joyeusement tous les objets, ayant l'air heureuse comme une reine. Papa riait, il était aussi redevenu joyeux et Céline croyait rêver !... Heureusement c'était une douce réalité, la petite Thérèse avait retrouvé la force d'âme qu'elle avait perdue à 4 ans et demi et c'était pour toujours qu'elle devait la conserver !...
Foi no dia 25 de dezembro de 1886 que recebi a graça de sair da infância, numa palavra, a graça da minha completa conversão. Voltávamos da missa da meia-noite, em que eu tivera a felicidade de receber o Deus forte e poderoso. Ao chegar aos Buissonnets, eu me alegrava por ir buscar os meus sapatos na lareira; esse antigo costume nos causara tanta alegria durante a nossa infância que Celina queria continuar a me tratar como um bebê, já que eu era a menor da família... Papai gostava de ver a minha felicidade, de ouvir os meus gritos de alegria ao tirar cada surpresa dos sapatos encantados, e a jovialidade do meu Rei querido aumentava muito a minha felicidade; mas Jesus, querendo mostrar-me que eu devia desfazer-me dos defeitos da infância, retirou-me também as suas inocentes alegrias; permitiu que Papai, cansado da missa da meia-noite, sentisse enfado ao ver os meus sapatos na lareira e dissesse estas palavras que me traspassaram o coração: «Enfim, felizmente é o último ano!...» Eu subia então a escada para ir tirar o chapéu; Celina, conhecendo a minha sensibilidade e vendo lágrimas brilharem nos meus olhos, também teve muita vontade de derramá-las, pois me amava muito e compreendia o meu desgosto: «Ó Teresa! disse-me ela, não desças, sofrerias demais se olhasses agora mesmo nos teus sapatos.» Mas Teresa já não era a mesma, Jesus tinha mudado o seu coração! Reprimindo as lágrimas, desci depressa a escada e, contendo as batidas do coração, peguei os meus sapatos e, colocando-os diante de Papai, tirei alegremente todos os objetos, com ar feliz como uma rainha. Papai ria, também ele voltara a ficar alegre, e Celina julgava estar sonhando!... Felizmente era uma doce realidade: a pequena Teresa reencontrara a força de alma que perdera aos 4 anos e meio, e era para sempre que havia de conservá-la!...
A 45v En cette nuit de lumière commença la troisième période de ma vie, la plus belle de toutes, la plus remplie des grâces du Ciel... En un instant l'ouvrage que je n'avais pu faire en 10 ans, Jésus le fit se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut. Comme ses apôtres, je pouvais Lui dire : «Seigneur, j'ai pêché toute la nuit sans rien prendre.» Plus miséricordieux encore pour moi qu'Il ne le fut pour ses disciples, Jésus prit Lui-même le filet, le jeta et le retira rempli de poissons... Il fit de moi un pêcheur d'âmes, je sentis un grand désir de travailler à la conversion des pécheurs, désir que je n'avais pas senti aussi vivement... Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir et depuis lors je fus heureuse !... Un Dimanche en regardant une photographie de Notre-Seigneur en Croix, je fus frappée par le sang qui tombait d'une de ses mains Divines, j'éprouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait à terre sans que personne ne s'empresse de le recueillir, et je résolus de me tenir en esprit au pied de [la] Croix pour recevoir la Divine rosée qui en découlait, comprenant qu'il me faudrait ensuite la répandre sur les âmes... Le cri de Jésus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : «J'ai soif!» Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive... Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes... Ce n'était pas encore les âmes de prêtres qui m'attiraient, mais celles des grands pécheurs, je brûlais du désir de les arracher aux flammes éternelles...
A 45v Nessa noite de luz começou o terceiro período da minha vida, o mais belo de todos, o mais cheio das graças do Céu... Num instante, a obra que eu não pudera fazer em 10 anos, Jesus a fez, contentando-se com a minha boa vontade, que nunca me faltou. Como os seus apóstolos, eu podia dizer-Lhe: «Senhor, pesquei a noite inteira sem nada apanhar.» Mais misericordioso ainda para comigo do que o foi para com os seus discípulos, Jesus tomou Ele mesmo a rede, lançou-a e retirou-a cheia de peixes... Ele fez de mim um pescador de almas; senti um grande desejo de trabalhar pela conversão dos pecadores, desejo que eu não sentira tão vivamente... Senti, numa palavra, a caridade entrar no meu coração, a necessidade de me esquecer para agradar, e desde então fui feliz!... Num domingo, olhando uma fotografia de Nosso Senhor na Cruz, fiquei impressionada com o sangue que caía de uma de suas mãos Divinas; senti uma grande pena ao pensar que esse sangue caía por terra sem que ninguém se apressasse a recolhê-lo, e resolvi manter-me em espírito ao pé da Cruz para receber o Divino orvalho que dela escorria, compreendendo que depois me seria preciso derramá-lo sobre as almas... O grito de Jesus na Cruz ressoava também continuamente em meu coração: «Tenho sede!» Essas palavras acendiam em mim um ardor desconhecido e muito vivo... Eu queria dar de beber ao meu Bem-Amado e eu mesma me sentia devorada pela sede das almas... Ainda não eram as almas de sacerdotes que me atraíam, mas as dos grandes pecadores; eu ardia no desejo de arrancá-las às chamas eternas...
Afin d'exciter mon zèle le Bon Dieu me montra qu'il avait mes désirs pour agréables. J'entendis parler d'un grand criminel qui venait d'être condamné à mort pour des crimes horribles, tout portait à croire qu'il mourrait dans l'impénitence. Je voulus à tout prix l'empêcher de tomber en enfer, afin d'y parvenir j'employai tous les moyens imaginables ; sentant que de moi-même je ne pouvais rien, j'offris A 46r au Bon Dieu tous les mérites infinis de Notre-Seigneur, les trésors de la Sainte Eglise, enfin je priai Céline de faire dire une messe dans mes intentions, n'osant pas la demander moi-même dans la crainte d'être obligée d'avouer que c'était pour Pranzini, le grand criminel. Je ne voulais pas non plus le dire à Céline, mais elle me fit de si tendres et si pressantes questions que je lui confiai mon secret ; bien loin de se moquer de moi, elle me demanda de m'aider à convertir mon pécheur, j'acceptai avec reconnaissance, car j'aurais voulu que toutes les créatures s'unissent à moi pour implorer la grâce du coupable. Je sentais au fond de mon coeur la certitude que nos désirs seraient satisfaits, mais afin de me donner du courage pour continuer à prier pour les pécheurs, je dis au Bon Dieu que j'étais bien sûre qu'Il pardonnerait au pauvre malheureux Pranzini, que je le croirais même s'il ne se confessait pas et ne donnait aucune marque de repentir, tant j'avais de confiance en la miséricorde infinie de Jésus, mais que je lui demandais seulement «un signe» de repentir pour ma simple consolation... Ma prière fut exaucée à la lettre ! Malgré la défense que Papa nous avait faite de lire aucun journal, je ne croyais pas désobéir en lisant les passages qui parlaient de Pranzini. Le lendemain de son exécution je trouve sous ma main le journal : «La Croix». Je l'ouvre avec empressement et que vois-je ?... Ah ! mes larmes trahirent mon émotion et je fus obligée de me cacher... Pranzini ne s'était pas confessé, il était monté sur l'échafaud et s'apprêtait à passer la tête dans le lugubre trou, quand tout à coup, saisi d'une inspiration subite, il se retourne, saisit un Crucifix que lui présentait le prêtre et baise par trois fois ses plaies sacrées !... Puis son âme alla recevoir la sentence miséricordieuse de Celui qui déclare qu'au Ciel il y aura plus de joie pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de pénitence !...
Para estimular o meu zelo, o Bom Deus mostrou-me que os meus desejos lhe eram agradáveis. Ouvi falar de um grande criminoso que acabava de ser condenado à morte por crimes horríveis; tudo levava a crer que morreria na impenitência. Quis a todo custo impedi-lo de cair no inferno; para consegui-lo, empreguei todos os meios imagináveis; sentindo que por mim mesma nada podia, ofereci A 46r ao Bom Deus todos os méritos infinitos de Nosso Senhor, os tesouros da Santa Igreja; enfim, pedi a Celina que mandasse dizer uma missa nas minhas intenções, não ousando pedi-la eu mesma, com medo de ser obrigada a confessar que era por Pranzini, o grande criminoso. Também não queria dizê-lo a Celina, mas ela me fez perguntas tão ternas e tão insistentes que lhe confiei o meu segredo; bem longe de zombar de mim, pediu-me para me ajudar a converter o meu pecador; aceitei com gratidão, pois teria querido que todas as criaturas se unissem a mim para implorar a graça do culpado. Eu sentia no fundo do coração a certeza de que os nossos desejos seriam satisfeitos, mas, para me dar coragem de continuar a rezar pelos pecadores, disse ao Bom Deus que estava bem certa de que Ele perdoaria ao pobre infeliz Pranzini, que eu acreditaria nisso mesmo que ele não se confessasse nem desse nenhum sinal de arrependimento, tanta confiança eu tinha na misericórdia infinita de Jesus, mas que lhe pedia somente «um sinal» de arrependimento, para minha simples consolação... A minha oração foi atendida ao pé da letra! Apesar da proibição que Papai nos fizera de ler qualquer jornal, eu não julgava desobedecer lendo as passagens que falavam de Pranzini. No dia seguinte ao da sua execução, encontro à mão o jornal «La Croix». Abro-o com sofreguidão e que vejo?... Ah! as minhas lágrimas traíram a minha emoção e fui obrigada a esconder-me... Pranzini não se confessara, subira ao cadafalso e preparava-se para passar a cabeça pelo lúgubre buraco, quando de repente, tomado de uma inspiração súbita, volta-se, agarra um Crucifixo que o padre lhe apresentava e beija por três vezes as suas chagas sagradas!... Depois a sua alma foi receber a sentença misericordiosa d'Aquele que declara que no Céu haverá mais alegria por um só pecador que faz penitência do que por 99 justos que não têm necessidade de penitência!...
J'avais obtenu «le signe» demandé et ce signe était la reproduction fidèle de A 46v grâces que Jésus m'avait faites pour m'attirer à prier pour les pécheurs. N'était-ce pas devant les plaies [de] Jésus, en voyant couler son sang Divin que la soif des âmes était entrée dans mon coeur ? Je voulais leur donner à boire ce sang immaculé qui devait les purifier de leurs souillures, et les lèvres de «mon premier enfant» allèrent se coller sur les plaies sacrées !!!... Quelle réponse ineffablement douce !... Ah ! depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour, il me semblait entendre Jésus me dire comme à la samaritaine : «Donne-moi à boire!» C'était un véritable échange d'amour ; aux âmes je donnais le sang de Jésus, à Jésus j'offrais ces mêmes âmes rafraîchies par sa rosée Divine ; ainsi il me semblait le désaltérer et plus je lui donnais à boire, plus la soif de ma pauvre petite âme augmentait et c'était cette soif ardente qu'Il me donnait comme le plus délicieux breuvage de son amour...
Eu obtivera «o sinal» pedido, e esse sinal era a reprodução fiel de A 46v graças que Jesus me fizera para me atrair a rezar pelos pecadores. Não fora diante das chagas de Jesus, vendo correr o seu sangue Divino, que a sede das almas entrara em meu coração? Eu queria dar-lhes a beber esse sangue imaculado que devia purificá-las de suas manchas, e os lábios do «meu primeiro filho» foram colar-se às chagas sagradas!!!... Que resposta inefavelmente doce!... Ah! depois dessa graça única, o meu desejo de salvar as almas cresceu a cada dia; parecia-me ouvir Jesus dizer-me, como à samaritana: «Dá-me de beber!» Era uma verdadeira troca de amor: às almas eu dava o sangue de Jesus, a Jesus eu oferecia essas mesmas almas refrescadas pelo seu orvalho Divino; assim me parecia matar-lhe a sede, e quanto mais lhe dava de beber, mais aumentava a sede da minha pobre almazinha, e era essa sede ardente que Ele me dava como a mais deliciosa bebida do seu amor...
En peu de temps le Bon Dieu avait su me faire sortir du cercle étroit où je tournais ne sachant comment en sortir. En voyant le chemin qu'Il me fit parcourir, ma reconnaissance est grande, mais il faut bien que j'en convienne, si le plus grand pas était fait il me restait encore bien des choses à quitter. Dégagé de ses scrupules, de sa sensibilité excessive, mon esprit se développa. J'avais toujours aimé le grand, le beau, mais à cette époque je fus prise d'un désir extrême de savoir. Ne me contentant pas des leçons et des devoirs que me donnait ma maîtresse, je m'appliquais seule à des études spéciales d'histoire et de science. Les autres études me laissaient indifférente, mais ces deux parties attiraient toute mon attention ; aussi, en peu de mois j'acquis plus de connaissances que pendant mes années d'études. Ah ! cela n'était bien que vanité et affliction d'esprit... Le chapitre de l'Imitation où il est parlé de sciences me revenait souvent à la pensée, mais je trouvais le moyen de continuer quand même, me disant qu'étant en âge d'étudier, il n'y avait pas A 47r de mal à le faire. Je ne crois pas avoir offensé le Bon Dieu (bien que je reconnaisse avoir passé là un temps inutile) car je n'y employais qu'un certain nombre d'heures que je ne voulais pas dépasser afin de mortifier mon désir trop vif de savoir... J'étais à l'âge le plus dangereux pour les jeunes filles, mais le bon Dieu a fait pour moi ce que rapporte Ezéchiel dans ses prophéties : «Passant auprès de moi, Jésus a vu que le temps était venu pour moi d'être aimée, Il a fait alliance avec moi et je suis devenue sienne... Il a étendu sur moi son manteau, il m'a lavée dans les parfums précieux, m'a revêtue de robes brodées, me donnant des colliers et des parures sans prix... Il m'a nourrie de la plus pure farine, de miel et d'huile en abondance... alors je suis devenue belle à ses yeux et Il a fait de moi une puissante reine !... »
Em pouco tempo o Bom Deus soubera fazer-me sair do círculo estreito em que eu girava sem saber como sair dele. Vendo o caminho que Ele me fez percorrer, a minha gratidão é grande, mas é bem preciso que eu o reconheça: se o passo maior estava dado, restavam-me ainda muitas coisas a deixar. Livre dos seus escrúpulos, da sua sensibilidade excessiva, o meu espírito desenvolveu-se. Eu sempre amara o grande, o belo, mas nessa época fui tomada de um desejo extremo de saber. Não me contentando com as lições e os deveres que a minha professora me dava, aplicava-me sozinha a estudos especiais de história e de ciências. Os outros estudos me deixavam indiferente, mas essas duas matérias atraíam toda a minha atenção; assim, em poucos meses adquiri mais conhecimentos do que durante os meus anos de estudo. Ah! isso não passava de vaidade e aflição de espírito... O capítulo da Imitação em que se fala das ciências voltava-me muitas vezes ao pensamento, mas eu achava um jeito de continuar assim mesmo, dizendo a mim mesma que, estando em idade de estudar, não havia A 47r mal em fazê-lo. Não creio ter ofendido o Bom Deus (embora reconheça ter passado ali um tempo inútil), pois só empregava nisso certo número de horas que não queria ultrapassar, a fim de mortificar o meu desejo demasiado vivo de saber... Eu estava na idade mais perigosa para as moças, mas o bom Deus fez por mim o que Ezequiel relata nas suas profecias: «Passando junto de mim, Jesus viu que chegara para mim o tempo de ser amada, Ele fez aliança comigo e eu me tornei sua... Ele estendeu sobre mim o seu manto, lavou-me com perfumes preciosos, revestiu-me de vestes bordadas, dando-me colares e adornos sem preço... Ele me nutriu com a mais pura farinha, com mel e azeite em abundância... então me tornei bela aos seus olhos e Ele fez de mim uma poderosa rainha!...»
Oui Jésus a fait tout cela pour moi, je pourrais reprendre chaque mot que je viens d'écrire et prouver qu'il s'est réalisé en ma faveur, mais les grâces que j'ai rapportées plus haut en sont une preuve suffisante ; je vais seulement parler de [la] nourriture qu'Il m'a prodiguée «en abondance». Depuis longtemps je me nourrissais de «la pure farine» contenue dans l'Imitation, c'était le seul livre qui me fît du bien, car je n'avais pas encore trouvé les trésors cachés dans l'Evangile. Je savais par coeur presque tous les chapitres de ma chère Imitation, ce petit livre ne me quittait jamais ; en été, je le portais dans ma poche, en hiver, dans mon manchon, aussi était-il devenu traditionnel ; chez ma Tante on s'en amusait beaucoup et l'ouvrant au hasard, on me faisait réciter le chapitre qui se trouvait devant les yeux. A 14 ans, avec mon désir de science, le Bon Dieu trouva qu'il était nécessaire de joindre «à la pure farine» du «miel et de l'huile en abondance». Ce miel et cette huile, il me les fit trouver dans les conférences de Mr l'abbé Arminjon, sur la fin du monde présent et les mystères de la vie future. Ce livre avait été prêté à Papa par mes chères carmélites, aussi contrairement à mon A 47v habitude (car je ne lisais pas les livres de papa) je demandai à le lire.
Sim, Jesus fez tudo isso por mim; eu poderia retomar cada palavra que acabo de escrever e provar que se realizou em meu favor, mas as graças que relatei acima são prova suficiente disso; vou falar somente do alimento que Ele me prodigalizou «em abundância». Havia muito tempo eu me alimentava da «pura farinha» contida na Imitação; era o único livro que me fazia bem, pois eu ainda não descobrira os tesouros escondidos no Evangelho. Sabia de cor quase todos os capítulos da minha querida Imitação; esse livrinho nunca me deixava: no verão, eu o levava no bolso; no inverno, no regalo; por isso se tornara tradicional; em casa de minha Tia divertiam-se muito com isso e, abrindo-o ao acaso, faziam-me recitar o capítulo que estava diante dos olhos. Aos 14 anos, com o meu desejo de ciência, o Bom Deus achou que era necessário juntar «à pura farinha» «mel e azeite em abundância». Esse mel e esse azeite, fez-me encontrá-los nas conferências do padre Arminjon sobre o fim do mundo presente e os mistérios da vida futura. Esse livro fora emprestado a Papai pelas minhas queridas carmelitas; por isso, contrariamente ao meu A 47v costume (pois eu não lia os livros de papai), pedi para lê-lo.
Cette lecture fut encore une des plus grandes grâces de ma vie, je la fis à la fenêtre de ma chambre d'étude, et l'impression que j'en ressens est trop intime et trop douce pour que je puisse la rendre...
Essa leitura foi ainda uma das maiores graças da minha vida; fi-la à janela do meu quarto de estudo, e a impressão que ainda sinto dela é íntima demais e doce demais para que eu possa expressá-la...
Toutes les grandes vérités de la religion, les mystères de l'éternité, plongeaient mon âme dans un bonheur qui n'était pas de la terre... Je pressentais déjà ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment (non pas avec l'oeil de l'homme mais avec celui du coeur) et voyant que les récompenses éternelles n'avaient nulle proportion avec les légers sacrifices de la vie, je voulais aimer, aimer Jésus avec passion, lui donner mille marques d'amour pendant que je le pouvais encore... Je copiai plusieurs passages sur le parfait amour et sur la réception que le Bon Dieu doit faire à ses élus au moment où Lui-même deviendra leur grande et éternelle récompense, je redisais sans cesse les paroles d'amour qui avaient embrasé mon coeur... Céline était devenue la confidente intime de mes pensées ; depuis Noël nous pouvions nous comprendre, la distance d'âge n'existait plus puisque j'étais devenue grande en taille et surtout en grâce... Avant cette époque je me plaignais souvent de ne point savoir les secrets de Céline, elle me disait que j'étais trop petite, qu'il me faudrait grandir «de la hauteur d'un tabouret» afin qu'elle puisse avoir confiance en moi... J'aimais à monter sur ce précieux tabouret lorsque j'étais à côté d'elle et je lui disais de me parler intimement, mais mon industrie était inutile, une distance nous séparait encore !...
Todas as grandes verdades da religião, os mistérios da eternidade, mergulhavam a minha alma numa felicidade que não era da terra... Eu já pressentia o que Deus reserva aos que o amam (não com o olho do homem, mas com o do coração), e, vendo que as recompensas eternas não tinham nenhuma proporção com os leves sacrifícios da vida, eu queria amar, amar Jesus com paixão, dar-lhe mil provas de amor enquanto ainda o podia... Copiei várias passagens sobre o amor perfeito e sobre a acolhida que o Bom Deus há de fazer aos seus eleitos no momento em que Ele mesmo se tornar a sua grande e eterna recompensa; repetia sem cessar as palavras de amor que tinham abrasado o meu coração... Celina tornara-se a confidente íntima dos meus pensamentos; desde o Natal podíamos compreender-nos; a diferença de idade já não existia, pois eu me tornara grande em estatura e sobretudo em graça... Antes dessa época, eu me queixava muitas vezes de não saber os segredos de Celina; ela me dizia que eu era pequena demais, que me seria preciso crescer «a altura de um banquinho» para que ela pudesse ter confiança em mim... Eu gostava de subir nesse precioso banquinho quando estava ao lado dela e lhe pedia que me falasse intimamente, mas o meu artifício era inútil: uma distância ainda nos separava!...
Jésus qui voulait nous faire avancer ensemble, forma dans nos coeurs des liens plus forts que ceux du sang. Il nous fit devenir soeurs d'âmes, en nous se réalisèrent ces paroles du Cantique de St Jean de la Croix (parlant à l'Époux, l'épouse s'écrie) : «En suivant vos traces, les jeunes filles parcourent légèrement le chemin, l'attouchement de A 48r l'étincelle, le vin épicé leur font produire des aspirations divinement embaumées. » Oui, c'était bien légèrement que nous suivions les traces de Jésus ; les étincelles d'amour qu'Il semait à pleines mains dans nos âmes, le vin délicieux et fort qu'Il nous donnait à boire faisait disparaître à nos yeux les choses passagères et de nos lèvres sortaient des aspirations d'amour inspirées par Lui. Qu'elles étaient douces les conversations que nous avions chaque soir dans le belvédère ! Le regard plongé dans le lointain, nous considérions la blanche lune s'élevant doucement derrière les grands arbres... les reflets argentés qu'elle répandait sur la nature endormie... les brillantes étoiles scintillant dans l'azur profond... le souffle léger de la brise du soir faisant flotter les nuages neigeux, tout élevait nos âmes vers le Ciel, le beau Ciel dont nous ne contemplions encore «que l'envers limpide»...
Jesus, que queria fazer-nos avançar juntas, formou em nossos corações laços mais fortes que os do sangue. Fez-nos tornar irmãs de alma; em nós se realizaram estas palavras do Cântico de São João da Cruz (falando ao Esposo, a esposa exclama): «Seguindo as vossas pegadas, as donzelas percorrem com ligeireza o caminho; o toque da A 48r centelha, o vinho temperado fazem-nas produzir aspirações divinamente perfumadas.» Sim, era mesmo com ligeireza que seguíamos as pegadas de Jesus; as centelhas de amor que Ele semeava a mancheias em nossas almas, o vinho delicioso e forte que Ele nos dava a beber faziam desaparecer aos nossos olhos as coisas passageiras, e de nossos lábios saíam aspirações de amor inspiradas por Ele. Como eram doces as conversas que tínhamos todas as noites no mirante! Com o olhar mergulhado na distância, contemplávamos a branca lua erguendo-se suavemente por trás das grandes árvores... os reflexos prateados que ela derramava sobre a natureza adormecida... as estrelas brilhantes cintilando no azul profundo... o sopro leve da brisa da noite fazendo flutuar as nuvens de neve; tudo elevava as nossas almas para o Céu, o belo Céu do qual ainda não contemplávamos «senão o avesso límpido»...
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que l'épanchement de nos âmes ressemblait à celui de Ste Monique avec son fils lorsqu'au port d'Ostie ils restaient perdus dans l'extase à la vue des merveilles du Créateur !... Il me semble que nous recevions des grâces d'un ordre aussi élevé que celles accordées aux grands saints. Comme le dit l'Imitation, le Bon Dieu se communique parfois au milieu d'une vive splendeur ou bien «doucement voilé, sous des ombres et des figures» ; c'était de cette manière qu'Il daignait se manifester à nos âmes, mais qu'il était transparent et léger le voile qui dérobait Jésus à nos regards !... Le doute n'était pas possible, déjà la Foi et l'Espérance n'étaient plus nécessaires, l'amour nous faisait trouver sur la terre Celui que nous cherchions. «L'ayant trouvé seul, Il nous avait donné son baiser, afin qu'à l'avenir personne ne puisse nous mépriser.»
Não sei se me engano, mas parece-me que a efusão das nossas almas se assemelhava à de Santa Mônica com seu filho quando, no porto de Óstia, ficavam perdidos em êxtase à vista das maravilhas do Criador!... Parece-me que recebíamos graças de uma ordem tão elevada como as concedidas aos grandes santos. Como diz a Imitação, o Bom Deus comunica-se às vezes no meio de um vivo esplendor, ou então «docemente velado, sob sombras e figuras»; era desse modo que Ele se dignava manifestar-se às nossas almas, mas como era transparente e leve o véu que escondia Jesus aos nossos olhares!... A dúvida não era possível, já a Fé e a Esperança não eram necessárias, o amor nos fazia encontrar na terra Aquele a quem procurávamos. «Tendo-o encontrado sozinho, Ele nos dera o seu beijo, para que no futuro ninguém nos pudesse desprezar.»
Des grâces aussi grandes ne devaient pas rester sans fruits, aussi furent-ils abondants, la pratique de la vertu nous devint douce et naturelle ; au commencement mon visage trahissait souvent le combat, mais peu à peu cette impression disparut et le renoncement me devint facile même au premier instant. Jésus l'a dit A 48v celui qui possède, on donnera encore et il sera dans l'abondance.» Pour une grâce fidèlement reçue, Il m'en accordait une multitude d'autres... Il se donnait Lui-même à moi dans la Ste Communion plus souvent que je n'aurais osé l'espérer. J'avais pris pour règle de conduite de faire, sans en manquer une seule, les communions que mon confesseur me donnerait, mais de le laisser en régler le nombre, sans jamais lui en demander. Je n'avais point à cette époque l'audace que je possède maintenant, sans cela j'aurais agi autrement, car je suis bien sûre qu'une âme doit dire à son confesseur l'attrait qu'elle ressent à recevoir son Dieu ; ce n'est pas pour rester dans le ciboire d'or qu'Il descend chaque jour du Ciel, c'est afin de trouver un autre Ciel qui lui est infiniment plus cher que le premier : le Ciel de notre âme, faite à son image, le temple vivant de l'adorable Trinité !...
Graças tão grandes não deviam ficar sem frutos; por isso eles foram abundantes: a prática da virtude tornou-se doce e natural para nós; no começo, o meu rosto traía muitas vezes o combate, mas pouco a pouco essa impressão desapareceu e a renúncia tornou-se fácil para mim, mesmo no primeiro instante. Jesus o disse: A 48v «A quem possui, ainda será dado, e ele estará na abundância.» Por uma graça fielmente recebida, Ele me concedia uma multidão de outras... Ele mesmo se dava a mim na Santa Comunhão mais vezes do que eu teria ousado esperar. Eu tomara como regra de conduta fazer, sem faltar a nenhuma, as comunhões que o meu confessor me desse, mas deixar que ele regulasse o número delas, sem nunca lhe pedir nenhuma. Eu não tinha naquela época a audácia que possuo agora; sem isso, teria agido de outro modo, pois estou bem certa de que uma alma deve dizer ao seu confessor a atração que sente por receber o seu Deus; não é para ficar no cibório de ouro que Ele desce cada dia do Céu, é para encontrar outro Céu que lhe é infinitamente mais caro que o primeiro: o Céu da nossa alma, feita à sua imagem, o templo vivo da adorável Trindade!...
Jésus qui voyait mon désir et la droiture de mon coeur permit que pendant le mois de mai, mon confesseur me dit de faire la Ste Communion 4 fois par semaine et ce beau mois passé, il en ajouta une cinquième à chaque fois qu'il se trouverait une fête. De bien douces larmes coulèrent de mes yeux en sortant du confessionnal ; il me semblait que c'était Jésus Lui-même qui voulait se donner à moi, car je n'étais que très peu de temps à confesse, jamais je ne disais un mot de mes sentiments intérieurs, la voie par laquelle je marchais était si droite, si lumineuse qu'il ne me fallait pas d'autre guide que Jésus... Je comparais les directeurs à des miroirs fidèles qui reflétaient Jésus dans les âmes et je disais que pour moi le Bon Dieu ne se servait pas d'intermédiaire mais agissait directement !...
Jesus, que via o meu desejo e a retidão do meu coração, permitiu que, durante o mês de maio, o meu confessor me dissesse para fazer a Santa Comunhão 4 vezes por semana e, passado esse belo mês, acrescentou uma quinta cada vez que houvesse uma festa. Lágrimas bem doces correram dos meus olhos ao sair do confessionário; parecia-me que era Jesus, Ele mesmo, quem queria dar-se a mim, pois eu ficava muito pouco tempo na confissão, nunca dizia uma palavra dos meus sentimentos interiores; o caminho pelo qual eu andava era tão reto, tão luminoso, que eu não precisava de outro guia senão Jesus... Comparava os diretores a espelhos fiéis que refletiam Jesus nas almas e dizia que, para mim, o Bom Deus não se servia de intermediário, mas agia diretamente!...
Lorsqu'un jardinier entoure de soins un fruit qu'il veut faire mûrir avant la saison, ce n'est jamais pour le laisser suspendu à l'arbre, mais afin de le présenter sur une table brillamment servie. C'était dans une intention semblable A 49r que Jésus prodiguait ses grâces à sa petite fleurette... Lui qui s'écriait aux jours de sa vie mortelle dans un transport de joie : «Mon Père, je vous bénis de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents et que vous les avez révélées aux plus petits» voulait faire éclater en moi sa miséricorde ; parce que j'étais petite et faible il s'abaissait vers moi, il m'instruisait en secret des choses de son amour. Ah ! si des savants ayant passé leur vie dans l'étude étaient venus m'interroger, sans doute auraient-ils été étonnés de voir une enfant de quatorze ans comprendre les secrets de la perfection, secrets que toute leur science ne leur peut découvrir, puisque pour les posséder il faut être pauvre d'esprit !...
Quando um jardineiro cerca de cuidados um fruto que quer fazer amadurecer antes da estação, nunca é para deixá-lo pendurado na árvore, mas para apresentá-lo numa mesa brilhantemente servida. Era com uma intenção semelhante A 49r que Jesus prodigalizava as suas graças à sua pequena florzinha... Ele, que nos dias da sua vida mortal exclamava num transporte de alegria: «Meu Pai, eu vos bendigo porque escondestes estas coisas aos sábios e aos prudentes e as revelastes aos mais pequeninos», queria fazer brilhar em mim a sua misericórdia; porque eu era pequena e fraca, abaixava-se até mim, instruía-me em segredo nas coisas do seu amor. Ah! se doutos que tivessem passado a vida no estudo viessem interrogar-me, sem dúvida ficariam espantados ao ver uma menina de catorze anos compreender os segredos da perfeição, segredos que toda a sua ciência não lhes pode descobrir, pois para possuí-los é preciso ser pobre de espírito!...
Comme le dit St Jean de la Croix en son cantique : «Je n'avais ni guide, ni lumière, excepté celle qui brillait dans mon coeur, cette lumière me guidait plus sûrement que celle du midi au lieu où m'attendait Celui qui me connaît parfaitement.» Ce lieu, c'était le Carmel ; avant de «me reposer à l'ombre de Celui que je désirais», je devais passer par bien des épreuves, mais l'appel Divin était si pressant que m'eût-il fallu traverser les flammes, je l'aurais fait pour être fidèle à Jésus... Pour m'encourager dans ma vocation, je ne trouvai qu'une seule âme, ce fut celle de ma Mère chérie... mon coeur trouva dans le sien un écho fidèle et sans elle je ne serais sans doute pas arrivée au rivage béni qui l'avait reçue depuis 5 ans sur son sol imprégné de la rosée céleste... Oui depuis 5 ans j'étais éloignée de vous, ma Mère chérie, je croyais vous avoir perdue, mais au moment de l'épreuve c'est votre main qui m'indiqua la route qu'il me fallait suivre... J'avais besoin de ce soulagement, car mes parloirs au Carmel m'étaient devenus de plus en plus pénibles, je ne pouvais parler de mon désir d'entrer sans me sentir repoussée. Marie trouvant que j'étais trop jeune, faisait tout son possible pour empêcher mon entrée ; vous-même, ma Mère, afin de m'éprouver, essayiez quelquefois de ralentir mon ardeur ;c A 49v enfin si je n'avais pas eu vraiment [la] vocation, je me serais arrêtée dès le début car je rencontrai des obstacles aussitôt que je commençai à répondre à l'appel de Jésus. Je ne voulus pas dire à Céline mon désir d'entrer si jeune au Carmel et cela me fit souffrir davantage car il m'était bien difficile de lui cacher quelque chose... Cette souffrance ne dura pas longtemps, bientôt ma petite Soeur chérie apprit ma détermination et loin d'essayer de me détourner, elle accepta avec un courage admirable le sacrifice que le Bon Dieu lui demandait ; pour comprendre combien il fut grand, il faudrait savoir à quel point nous étions unies... c'était pour ainsi dire la même âme qui nous faisait vivre ; depuis peu de mois nous jouissions ensemble de la vie la plus douce que des jeunes filles puissent rêver ; tout, autour de nous, répondait à nos goûts, la liberté la plus grande nous était donnée, enfin je disais que notre vie était sur la terre l'Idéal du bonheur... A peine avions-nous eu le temps de goûter cet idéal du bonheur, qu'il fallait s'en détourner librement, et ma Céline chérie ne se révolta pas un instant. Ce n'était pas elle cependant que Jésus appelait la première, aussi aurait-elle pu se plaindre... ayant la même vocation que moi, c'était à elle de partir !... Mais comme au temps des martyrs, ceux qui restaient dans la prison donnaient joyeusement le baiser de paix à leurs frères partant les premiers pour combattre dans l'arène et se consolaient dans la pensée que peut-être ils étaient réservés pour des combats plus grands encore, ainsi Céline laissa-t-elle sa Thérèse s'éloigner et resta seule pour le glorieux et sanglant combat auquel Jésus la destinait comme privilégiée de son amour !...
Como diz São João da Cruz em seu cântico: «Eu não tinha guia nem luz, exceto a que brilhava em meu coração; essa luz me guiava mais seguramente que a do meio-dia ao lugar onde me esperava Aquele que me conhece perfeitamente.» Esse lugar era o Carmelo; antes de «repousar à sombra d'Aquele que eu desejava», eu devia passar por muitas provações, mas o chamado Divino era tão premente que, se me fosse preciso atravessar as chamas, eu o teria feito para ser fiel a Jesus... Para me encorajar na minha vocação, encontrei uma só alma, foi a da minha Madre querida... o meu coração encontrou no dela um eco fiel, e sem ela eu sem dúvida não teria chegado à praia bendita que a recebera havia 5 anos em seu solo impregnado do orvalho celeste... Sim, havia 5 anos eu estava longe de vós, minha Madre querida, julgava ter-vos perdido, mas no momento da provação foi a vossa mão que me indicou o caminho que eu devia seguir... Eu precisava desse alívio, pois os meus locutórios no Carmelo se tinham tornado cada vez mais penosos; não podia falar do meu desejo de entrar sem me sentir repelida. Maria, achando que eu era jovem demais, fazia todo o possível para impedir a minha entrada; vós mesma, minha Madre, para me provar, procuráveis às vezes refrear o meu ardor; A 49v enfim, se eu não tivesse tido verdadeiramente vocação, eu me teria detido logo no começo, pois encontrei obstáculos assim que comecei a responder ao chamado de Jesus. Não quis dizer a Celina o meu desejo de entrar tão jovem no Carmelo, e isso me fez sofrer ainda mais, pois era muito difícil para mim esconder-lhe alguma coisa... Esse sofrimento não durou muito; logo a minha Irmãzinha querida soube da minha determinação e, longe de tentar desviar-me dela, aceitou com uma coragem admirável o sacrifício que o Bom Deus lhe pedia; para compreender quanto foi grande, seria preciso saber a que ponto éramos unidas... era, por assim dizer, a mesma alma que nos fazia viver; havia poucos meses gozávamos juntas da vida mais doce com que moças podem sonhar; tudo, à nossa volta, correspondia aos nossos gostos, a maior liberdade nos era dada; enfim, eu dizia que a nossa vida era, na terra, o Ideal da felicidade... Mal tínhamos tido tempo de saborear esse ideal da felicidade e já era preciso afastar-nos dele livremente, e a minha Celina querida não se revoltou um só instante. Não era a ela, contudo, que Jesus chamava primeiro; por isso ela bem poderia ter-se queixado... tendo a mesma vocação que eu, era a ela que cabia partir!... Mas, como no tempo dos mártires, os que ficavam na prisão davam alegremente o beijo da paz aos seus irmãos que partiam primeiro para combater na arena e se consolavam com o pensamento de que talvez estivessem reservados para combates maiores ainda, assim Celina deixou a sua Teresa afastar-se e ficou sozinha para o glorioso e sangrento combate a que Jesus a destinava como privilegiada do seu amor!...
Céline devint donc la confidente de mes luttes et de mes souffrances, elle y prit la même part que s'il se fût agi de sa propre vocation ; de son côté je n'avais pas à craindre d'opposition, mais je ne savais quel moyen prendre pour l'annoncer à Papa... Comment lui parler de quitter sa reine, lui qui venait de sacrifier ses trois aînées ?... Ah ! que [de] luttes intimes n'ai-je pas souffertes avant A 50r de me sentir le courage de parler !... Cependant il fallait me décider, j'allais avoir quatorze ans et demi, six mois seulement nous séparaient encore de la belle nuit de Noël où j'avais résolu d'entrer, à l'heure même où l'année précédente j'avais reçu «ma grâce». Pour faire ma grande confidence je choisis le jour de la Pentecôte, toute la journée je suppliai les Sts Apôtres de prier pour moi, de m'inspirer les paroles que j'allais avoir à dire... N'était-ce pas eux en effet qui devaient aider l'enfant timide que Dieu destinait à devenir l'apôtre des apôtres par la prière et le sacrifice ?... Ce ne fut que l'après-midi en revenant des vêpres que je trouvai l'occasion de parler à mon petit Père chéri ; il était allé s'asseoir au bord de la citerne et là, les mains jointes, il contemplait les merveilles de la nature, le soleil dont les feux avaient perdu leur ardeur dorait le sommet des grands arbres, où les petits oiseaux chantaient joyeusement leur prière du soir. La belle figure de Papa avait une expression céleste, je sentais que la paix inondait son coeur ; sans dire un seul mot j'allai m'asseoir à ses côtés, les yeux déjà mouillés de larmes, il me regarda avec tendresse et prenant ma tête il l'appuya sur son coeur, me disant : «Qu'as-tu ma petite reine?... confie-moi cela...» Puis se levant comme pour dissimuler sa propre émotion, il marcha lentement, tenant toujours ma tête sur son coeur. A travers mes larmes je lui confiai mon désir d'entrer au Carmel, alors ses larmes vinrent se mêler aux miennes, mais il ne dit pas un mot pour me détourner de ma vocation, se contentant simplement de me faire remarquer que j'étais encore bien jeune pour prendre une détermination aussi grave. Mais je défendis si bien ma cause, qu'avec la nature simple et droite de Papa, il fut bientôt convaincu que mon désir était celui de Dieu lui-même et dans sa foi profonde il s'écria que le Bon Dieu lui faisait un grand honneur de lui demander ainsi ses enfants ; nous continuâmes longtemps notre promenade, mon coeur soulagé par la bonté avec laquelle mon incomparable Père avait accueilli ses confidences, A 50v s'épanchait doucement dans le sien. Papa semblait jouir de cette joie tranquille que donne le sacrifice accompli, il me parla comme un saint et je voudrais me rappeler ses paroles pour les écrire ici, mais je n'en ai conservé qu'un souvenir trop embaumé pour qu'il puisse se traduire. Ce dont je me souviens parfaitement ce fut de l'action symbolique que mon Roi chéri accomplit sans le savoir. S'approchant d'un mur peu élevé, il me montra de petites fleurs blanches semblables à des lys en miniature et prenant une de ces fleurs, il me la donna, m'expliquant avec quel soin le Bon Dieu l'avait fait naître et l'avait conservée jusqu'à ce jour ; en l'entendant parler, je croyais écouter mon histoire tant il y avait de ressemblance entre ce que Jésus avait fait pour la petite fleur et la petite Thérèse... Je reçus cette fleurette comme une relique et je vis qu'en voulant la cueillir, Papa avait enlevé toutes ses racines sans les briser, elle semblait destinée à vivre encore dans une autre terre plus fertile que la mousse tendre où s'étaient écoulés ses premiers matins... C'était bien cette même action que Papa venait de faire pour moi quelques instants plus tôt, en me permettant de gravir la montagne du Carmel et de quitter la douce vallée témoin de mes premiers pas dans la vie.
Celina tornou-se, pois, a confidente das minhas lutas e dos meus sofrimentos; tomou neles a mesma parte que se se tratasse da sua própria vocação; do lado dela eu não tinha que temer oposição, mas não sabia que meio tomar para anunciá-lo a Papai... Como falar-lhe em deixar a sua rainha, a ele, que acabava de sacrificar as suas três filhas mais velhas?... Ah! quantas lutas íntimas não sofri antes A 50r de me sentir com coragem de falar!... Era preciso, porém, decidir-me: eu ia fazer catorze anos e meio, apenas seis meses nos separavam ainda da bela noite de Natal em que eu resolvera entrar, à mesma hora em que, no ano anterior, recebera «a minha graça». Para fazer a minha grande confidência, escolhi o dia de Pentecostes; o dia inteiro supliquei aos Santos Apóstolos que rezassem por mim, que me inspirassem as palavras que eu teria de dizer... Não eram eles, com efeito, que deviam ajudar a criança tímida que Deus destinava a tornar-se o apóstolo dos apóstolos pela oração e pelo sacrifício?... Só à tarde, voltando das vésperas, encontrei ocasião de falar ao meu Paizinho querido; ele fora sentar-se à beira da cisterna e ali, de mãos postas, contemplava as maravilhas da natureza; o sol, cujos fogos tinham perdido o ardor, dourava o alto das grandes árvores, onde os passarinhos cantavam alegremente a sua oração da tarde. O belo rosto de Papai tinha uma expressão celeste; eu sentia que a paz lhe inundava o coração; sem dizer uma só palavra, fui sentar-me ao seu lado, com os olhos já molhados de lágrimas; ele me olhou com ternura e, tomando a minha cabeça, apoiou-a no seu coração, dizendo-me: «Que tens, minha rainhazinha?... conta-me isso...» Depois, levantando-se como para dissimular a sua própria emoção, caminhou lentamente, segurando sempre a minha cabeça contra o coração. Através das lágrimas, confiei-lhe o meu desejo de entrar no Carmelo; então as lágrimas dele vieram misturar-se às minhas, mas ele não disse uma palavra para me desviar da minha vocação, contentando-se simplesmente em me fazer notar que eu ainda era bem jovem para tomar uma determinação tão grave. Mas defendi tão bem a minha causa que, com a natureza simples e reta de Papai, ele logo ficou convencido de que o meu desejo era o do próprio Deus e, na sua fé profunda, exclamou que o Bom Deus lhe fazia uma grande honra em lhe pedir assim as suas filhas; continuamos por muito tempo o nosso passeio; o meu coração, aliviado pela bondade com que o meu incomparável Pai acolhera as suas confidências, A 50v expandia-se docemente no dele. Papai parecia gozar dessa alegria tranquila que dá o sacrifício consumado; falou-me como um santo, e eu queria lembrar-me das suas palavras para escrevê-las aqui, mas só conservei delas uma lembrança demasiado perfumada para que possa traduzir-se. Do que me lembro perfeitamente foi da ação simbólica que o meu Rei querido realizou sem o saber. Aproximando-se de um muro pouco elevado, mostrou-me umas florzinhas brancas semelhantes a lírios em miniatura e, colhendo uma dessas flores, deu-ma, explicando-me com que cuidado o Bom Deus a fizera nascer e a conservara até aquele dia; ao ouvi-lo falar, eu julgava escutar a minha história, tanta semelhança havia entre o que Jesus fizera pela florzinha e pela pequena Teresa... Recebi essa florzinha como uma relíquia e vi que, ao querer colhê-la, Papai arrancara todas as suas raízes sem quebrá-las; ela parecia destinada a viver ainda em outra terra mais fértil que o musgo tenro onde tinham decorrido as suas primeiras manhãs... Era exatamente essa mesma ação que Papai acabava de fazer por mim alguns instantes antes, permitindo-me subir a montanha do Carmelo e deixar o doce vale, testemunha dos meus primeiros passos na vida.
Je plaçai ma petite fleur blanche dans mon Imitation, au chapitre intitulé : «Qu'il faut aimer Jésus par-dessus toutes choses», c'est là qu'elle est encore, seulement la tige s'est brisée tout près de la racine et le Bon Dieu semble me dire par là qu'il brisera bientôt les liens de sa petite fleur et ne la laissera pas se faner sur la terre !
Coloquei a minha florzinha branca na minha Imitação, no capítulo intitulado: «Que é preciso amar Jesus acima de todas as coisas»; é ali que ela ainda está, só que a haste se quebrou bem perto da raiz, e o Bom Deus parece dizer-me com isso que em breve quebrará os laços da sua florzinha e não a deixará murchar na terra!
Après avoir obtenu le consentement de Papa, je croyais pouvoir m'envoler sans crainte au Carmel, mais de bien douloureuses épreuves devaient encore éprouver ma vocation. Ce ne fut qu'en tremblant que je confiai à mon oncle la résolution que j'avais prise. Il me prodigua toutes les marques de tendresse possibles, cependant il ne me donna pas la permission de partir, au contraire il me défendit de lui A 51r parler de ma vocation avant l'âge de 17 ans. C'était contraire à la prudence humaine, disait-il, de faire entrer au Carmel une enfant de 15 ans, cette vie de carmélite étant aux yeux du monde une vie de philosophe, ce serait faire grand tort à la religion de laisser une enfant sans expérience l'embrasser...Tout le monde en parlerait, etc... etc... Il dit même que pour le décider à me laisser partir il faudrait un miracle. Je vis bien que tous les raisonnements seraient inutiles, aussi je me retirai, le coeur plongé dans l'amertume la plus profonde ; ma seule consolation était la prière, je suppliais Jésus de faire le miracle demandé puisqu'à ce prix seulement je pourrais répondre à son appel.
Depois de obter o consentimento de Papai, eu julgava poder voar sem temor para o Carmelo, mas provações bem dolorosas deviam ainda provar a minha vocação. Foi tremendo que confiei a meu tio a resolução que tomara. Ele me prodigalizou todas as provas de ternura possíveis; contudo, não me deu a permissão de partir; ao contrário, proibiu-me de lhe A 51r falar da minha vocação antes da idade de 17 anos. Era contrário à prudência humana, dizia ele, fazer entrar no Carmelo uma criança de 15 anos; sendo essa vida de carmelita, aos olhos do mundo, uma vida de filósofo, seria fazer grande mal à religião deixar uma criança sem experiência abraçá-la... Todo o mundo falaria disso, etc... etc... Disse até que, para decidi-lo a me deixar partir, seria preciso um milagre. Vi bem que todos os raciocínios seriam inúteis; por isso me retirei, com o coração mergulhado na mais profunda amargura; a minha única consolação era a oração; eu suplicava a Jesus que fizesse o milagre pedido, pois só a esse preço eu poderia responder ao seu chamado.
Un temps assez long se passa avant que j'ose parler de nouveau à mon oncle ; cela me coûtait extrêmement d'aller chez lui, de son côté il paraissait ne plus penser à ma vocation, mais j'ai su plus tard que ma grande tristesse l'influença beaucoup en ma faveur. Avant de faire luire sur mon âme un rayon d'espérance, le Bon Dieu voulut m'envoyer un martyre bien douloureux qui dura trois jours. Oh ! jamais je n'ai si bien compris que pendant cette épreuve, la douleur de la Ste Vierge et de St Joseph cherchant le divin Enfant Jésus... J'étais dans un triste désert ou plutôt mon âme était semblable au fragile esquif livré sans pilote à la merci des flots orageux... Je le sais, Jésus était là dormant sur ma nacelle, mais la nuit était si noire qu'il m'était impossible de le voir, rien ne m'éclairait, pas même un éclair ne venait sillonner les sombres nuages... Sans doute c'est une bien triste lueur que celle des éclairs, mais au moins, si l'orage avait éclaté ouvertement, j'aurais pu apercevoir un instant Jésus... c'était la nuit, la nuit profonde de l'âme... comme Jésus au jardin de l'agonie, je me sentais seule, ne trouvant de consolation ni sur la terre ni du côté des Cieux, le Bon Dieu paraissait m'avoir délaissée !!!... La nature semblait prendre part à ma tristesse amère, pendant ces trois jours, le soleil ne fit pas luire un seul de A 51v ses rayons et la pluie tomba par torrents. (J'ai remarqué que dans toutes les circonstances graves de ma vie, la nature était à l'image de mon âme. Les jours de larmes, le Ciel pleurait avec moi, les jours de joie, le Soleil envoyait à profusion ses gais rayons et l'azur n'était obscurci d'aucun nuage...)
Passou-se um tempo bastante longo antes que eu ousasse falar de novo a meu tio; custava-me extremamente ir à casa dele; ele, por seu lado, parecia não pensar mais na minha vocação, mas soube mais tarde que a minha grande tristeza o influenciou muito em meu favor. Antes de fazer luzir sobre a minha alma um raio de esperança, o Bom Deus quis enviar-me um martírio bem doloroso, que durou três dias. Oh! nunca compreendi tão bem como durante essa provação a dor da Santíssima Virgem e de São José procurando o divino Menino Jesus... Eu estava num triste deserto, ou antes, a minha alma era semelhante ao frágil esquife entregue sem piloto à mercê das ondas tempestuosas... Bem sei, Jesus estava ali, dormindo na minha barca, mas a noite era tão negra que me era impossível vê-lo; nada me iluminava, nem sequer um relâmpago vinha sulcar as nuvens sombrias... Sem dúvida é bem triste o clarão dos relâmpagos, mas ao menos, se a tempestade tivesse rebentado abertamente, eu teria podido avistar Jesus por um instante... era a noite, a noite profunda da alma... como Jesus no jardim da agonia, eu me sentia só, sem encontrar consolação nem na terra nem da parte dos Céus; o Bom Deus parecia ter-me abandonado!!!... A natureza parecia tomar parte na minha amarga tristeza: durante esses três dias, o sol não fez brilhar um só de A 51v seus raios, e a chuva caiu em torrentes. (Notei que em todas as circunstâncias graves da minha vida a natureza era a imagem da minha alma. Nos dias de lágrimas, o Céu chorava comigo; nos dias de alegria, o Sol enviava com profusão os seus alegres raios e o azul não era obscurecido por nenhuma nuvem...)
Enfin le quatrième jour qui se trouvait être un samedi, jour consacré à la douce Reine des Cieux, j'allai voir mon oncle. Quelle ne fut pas ma surprise en le voyant me regarder et me faire entrer dans son cabinet sans que je lui en eusse témoigné le désir !... Il commença par me faire de doux reproches de ce que je paraissais avoir peur de lui et puis il me dit qu'il n'était pas nécessaire de demander un miracle, qu'il avait seulement prié le Bon Dieu de lui donner «une simple inclination de coeur» et qu'il était exaucé... Ah ! je ne fus pas tentée d'implorer de miracle, car pour moi le miracle était accordé, mon oncle n'était plus le même. Sans faire aucune allusion à «la prudence humaine» il me dit que j'étais une petite fleur que le Bon Dieu voulait cueillir et qu'il ne s'y opposerait plus !...
Enfim, no quarto dia, que caía num sábado, dia consagrado à doce Rainha dos Céus, fui ver meu tio. Qual não foi a minha surpresa ao vê-lo olhar para mim e fazer-me entrar no seu gabinete sem que eu lhe tivesse manifestado esse desejo!... Começou por me fazer doces censuras por eu parecer ter medo dele e depois me disse que não era necessário pedir um milagre, que ele apenas pedira ao Bom Deus que lhe desse «uma simples inclinação do coração» e que fora atendido... Ah! não fui tentada a implorar milagre, pois para mim o milagre estava concedido: meu tio já não era o mesmo. Sem fazer nenhuma alusão à «prudência humana», disse-me que eu era uma florzinha que o Bom Deus queria colher e que ele não se oporia mais!...
avec quelle allégresse je repris le chemin des Buissonnets, sous «le beau Ciel, dont les nuages s'étaient complètement dissipés» !... Dans mon âme aussi la nuit avait cessé. Jésus en se réveillant m'avait rendu la joie, le bruit des vagues s'était apaisé ; au lieu du vent de l'épreuve, une brise légère enflait ma voile et je croyais arriver bientôt sur le rivage béni que j'apercevais tout près de moi. Il était en effet bien près de ma nacelle, mais plus d'un orage devait encore s'élever et lui dérobant la vue de son phare lumineux, lui faire craindre de s'être éloignée sans retour de la plage si ardemment désirée...
Com que júbilo retomei o caminho dos Buissonnets, sob «o belo Céu, cujas nuvens se tinham dissipado completamente»!... Também na minha alma a noite cessara. Jesus, ao despertar, devolvera-me a alegria, o ruído das ondas acalmara-se; em vez do vento da provação, uma brisa leve enfunava a minha vela, e eu julgava chegar em breve à praia bendita que avistava bem perto de mim. Ela estava, com efeito, bem perto da minha barca, porém mais de uma tempestade devia ainda levantar-se e, roubando-lhe a vista do seu farol luminoso, fazê-la temer ter-se afastado sem volta da praia tão ardentemente desejada...
Peu de jours après avoir obtenu le consentement de mon oncle, j'allais vous voir, ma Mère chérie, et je vous dis ma joie de ce que toutes mes épreuves étaient passées, mais quelle ne fut pas ma surprise et mon chagrin en vous entendant me dire que Mr A 52r le Supérieur ne consentait pas à mon entrée avant l'âge de 21 ans... Personne n'avait pensé à cette opposition, la plus invincible de toutes ; cependant sans perdre courage j'allai moi-même avec Papa et Céline chez notre Père, afin d'essayer de le toucher en lui montrant que j'avais bien la vocation du Carmel. Il nous reçut très froidement, mon incomparable petit Père eut beau joindre ses instances aux miennes, rien ne put changer sa disposition. Il me dit qu'il n'y avait pas de péril à la demeure, que je pouvais mener une vie de carmélite à la maison, que si je ne prenais pas la discipline tout ne serait pas perdu... etc... etc... enfin il finit par ajouter qu'il n'était que le délégué de Monseigneur et que s'il voulait me permettre d'entrer au Carmel, lui n'aurait plus rien à dire... Je sortis tout en larmes du presbytère, heureusement j'étais cachée par mon parapluie, car la pluie tombait par torrents. Papa ne savait comment me consoler... il me promit de me conduire à Bayeux aussitôt que j'en témoignai le désir, car j'étais résolue d'arriver à mes fins, je dis même que j'irais jusqu'au Saint Père, si Monseigneur ne voulait pas me permettre d'entrer au Carmel à 15 ans... Bien des événements se passèrent avant mon voyage à Bayeux ; à l'extérieur ma vie paraissait la même, j'étudiais, je prenais des leçons de dessin avec Céline et mon habile maîtresse trouvait en moi beaucoup de dispositions à son art. Surtout je grandissais dans l'amour du Bon Dieu, je sentais en mon coeur des élans inconnus jusqu'alors, parfois j'avais de véritables transports d'amour. Un soir ne sachant comment dire à Jésus que je l'aimais et combien je désirais qu'Il soit partout aimé et glorifié, je pensais avec douleur qu'il ne pourrait jamais recevoir de l'enfer un seul acte d'amour ; alors je dis au Bon Dieu que pour lui faire plaisir je consentirais bien à m'y voir plongée, afin qu'il soit aimé éternellement dans ce lieu de blasphème... Je savais que cela ne pouvait pas le glorifier, puisqu'Il ne désire que notre bonheur, mais quand on A 52v aime, on éprouve le besoin de dire mille folies ; si je parlais de la sorte, ce n'était pas que le Ciel n'excitât mon envie, mais alors mon Ciel à moi n'était autre que l'Amour et je sentais comme St Paul que rien ne pourrait me détacher de l'objet divin qui m'avait ravie !...
Poucos dias depois de obter o consentimento de meu tio, fui ver-vos, minha Madre querida, e vos disse a minha alegria por estarem passadas todas as minhas provações; mas qual não foi a minha surpresa e o meu desgosto ao ouvir-vos dizer que o senhor A 52r Superior não consentia na minha entrada antes da idade de 21 anos... Ninguém tinha pensado nessa oposição, a mais invencível de todas; contudo, sem perder a coragem, fui eu mesma com Papai e Celina à casa de nosso Padre, para tentar comovê-lo, mostrando-lhe que eu tinha de fato a vocação do Carmelo. Ele nos recebeu muito friamente; em vão o meu incomparável Paizinho juntou as suas instâncias às minhas, nada pôde mudar a sua disposição. Disse-me que não havia perigo na demora, que eu podia levar uma vida de carmelita em casa, que, se eu não tomasse a disciplina, nem tudo estaria perdido... etc... etc... enfim, acabou por acrescentar que era apenas o delegado de Monsenhor e que, se este quisesse permitir-me entrar no Carmelo, ele não teria mais nada a dizer... Saí do presbitério toda em lágrimas; felizmente eu ia escondida pelo guarda-chuva, pois a chuva caía em torrentes. Papai não sabia como me consolar... prometeu levar-me a Bayeux logo que lhe manifestei o desejo, pois eu estava resolvida a chegar aos meus fins; disse até que iria ao Santo Padre, se Monsenhor não quisesse permitir-me entrar no Carmelo aos 15 anos... Muitos acontecimentos se passaram antes da minha viagem a Bayeux; exteriormente a minha vida parecia a mesma: eu estudava, tomava lições de desenho com Celina, e a minha hábil professora achava em mim muitas disposições para a sua arte. Sobretudo, eu crescia no amor do Bom Deus; sentia no coração impulsos até então desconhecidos; às vezes tinha verdadeiros transportes de amor. Uma noite, não sabendo como dizer a Jesus que o amava e quanto desejava que Ele fosse em toda parte amado e glorificado, pensei com dor que nunca poderia receber do inferno um só ato de amor; então disse ao Bom Deus que, para lhe dar prazer, eu consentiria de bom grado em me ver mergulhada nele, a fim de que fosse amado eternamente nesse lugar de blasfêmia... Eu sabia que isso não podia glorificá-lo, pois Ele só deseja a nossa felicidade, mas, quando se A 52v ama, sente-se a necessidade de dizer mil loucuras; se eu falava desse modo, não era porque o Céu não excitasse o meu desejo, mas então o meu Céu não era outro senão o Amor, e eu sentia, como São Paulo, que nada poderia separar-me do objeto divino que me arrebatara!...
Avant de quitter le monde, le Bon Dieu me donna la consolation de contempler de près des âmes d'enfants ; étant la plus petite de la famille, je n'avais jamais eu ce bonheur, voici les tristes circonstances qui me le procurèrent : Une pauvre femme, parente de notre bonne, mourut à la fleur de l'âge laissant 3 enfants tout petits ; pendant sa maladie nous prîmes à la maison les deux petites filles dont l'aînée n'avait pas 6 ans, je m'en occupais toute la journée et c'était un grand plaisir pour moi de voir avec quelle candeur elles croyaient tout ce que je leur disais. Il faut que le saint Baptême dépose dans les âmes un germe bien profond des vertus théologales puisque dès l'enfance elles se montrent déjà et que l'espérance de biens futurs suffit pour faire accepter des sacrifices. Lorsque je voulais voir mes deux petites filles bien conciliantes l'une pour l'autre, au lieu de promettre des jouets et des bonbons à celle qui céderait à sa soeur, je leur parlais des récompenses éternelles que le petit Jésus donnerait dans le Ciel aux petits enfants sages ; l'aînée, dont la raison commençait à se développer, me regardait avec des yeux brillants de joie, me faisait mille questions charmantes sur le petit Jésus et son beau Ciel et me promettait avec enthousiasme de toujours céder à sa soeur ; elle disait que jamais de sa vie elle n'oublierait ce que lui avait dit «la grande demoiselle», car c'est ainsi qu'elle m'appelait... En voyant de près ces âmes innocentes, j'ai compris quel malheur c'était de ne pas bien les former dès leur éveil, alors qu'elles ressemblent à une cire molle sur laquelle on peut déposer l'empreinte des vertus mais aussi celle du mal... j'ai compris ce qu'a dit Jésus en l'Evangile : «Qu'il vaudrait mieux être jeté à la mer que de scandaliser un seul de ces petits enfants.»
Antes de deixar o mundo, o Bom Deus deu-me a consolação de contemplar de perto almas de crianças; sendo a menor da família, eu nunca tivera essa felicidade; eis as tristes circunstâncias que ma proporcionaram: Uma pobre mulher, parente da nossa criada, morreu na flor da idade, deixando 3 filhos bem pequenos; durante a sua doença, recebemos em casa as duas menininhas, das quais a mais velha não tinha 6 anos; eu me ocupava delas o dia inteiro, e era um grande prazer para mim ver com que candura elas acreditavam em tudo o que eu lhes dizia. É preciso que o santo Batismo deposite nas almas um germe bem profundo das virtudes teologais, pois desde a infância elas já se mostram, e a esperança dos bens futuros basta para fazer aceitar sacrifícios. Quando eu queria ver as minhas duas menininhas bem condescendentes uma com a outra, em vez de prometer brinquedos e bombons àquela que cedesse à irmã, falava-lhes das recompensas eternas que o pequeno Jesus daria no Céu às criancinhas bem-comportadas; a mais velha, cuja razão começava a desenvolver-se, olhava-me com olhos brilhantes de alegria, fazia-me mil perguntas encantadoras sobre o pequeno Jesus e o seu belo Céu e prometia-me com entusiasmo ceder sempre à irmã; dizia que nunca na vida esqueceria o que lhe dissera «a moça grande», pois era assim que me chamava... Vendo de perto essas almas inocentes, compreendi que desgraça era não formá-las bem desde o seu despertar, quando se parecem com uma cera mole sobre a qual se pode imprimir a marca das virtudes, mas também a do mal... compreendi o que Jesus disse no Evangelho: «Que mais valeria ser lançado ao mar do que escandalizar uma só destas criancinhas.»
A 53r Ah ! que d'âmes arriveraient à la sainteté, si elles étaient bien dirigées !...
A 53r Ah! quantas almas chegariam à santidade se fossem bem dirigidas!...
Je le sais, le Bon Dieu n'a besoin de personne pour faire son oeuvre, mais de même qu'Il permet à un habile jardinier d'élever des plantes rares et délicates et qu'Il lui donne pour cela la science nécessaire, se réservant pour Lui-même le soin de féconder, ainsi Jésus veut être aidé dans sa Divine culture des âmes.
Bem sei, o Bom Deus não precisa de ninguém para fazer a sua obra, mas, assim como Ele permite a um hábil jardineiro cultivar plantas raras e delicadas e lhe dá para isso a ciência necessária, reservando para Si mesmo o cuidado de fecundar, assim também Jesus quer ser ajudado no seu Divino cultivo das almas.
Qu'arriverait-il si un jardinier maladroit ne greffait pas bien ses arbustes ? s'il ne savait pas reconnaître la nature de chacun et voulait faire éclore des roses sur un pêcher ?... Il ferait mourir l'arbre qui cependant était bon et capable de produire des fruits.
Que aconteceria se um jardineiro desajeitado não enxertasse bem os seus arbustos? se não soubesse reconhecer a natureza de cada um e quisesse fazer desabrochar rosas num pessegueiro?... Faria morrer a árvore, que, no entanto, era boa e capaz de produzir frutos.
C'est ainsi qu'il faut savoir reconnaître dès l'enfance ce que le Bon Dieu demande aux âmes et seconder l'action de sa grâce, sans jamais la devancer ni la ralentir.
É assim que é preciso saber reconhecer desde a infância o que o Bom Deus pede às almas e secundar a ação da sua graça, sem jamais antecipá-la nem retardá-la.
Comme les petits oiseaux apprennent à chanter en écoutant leurs parents, de même les enfants apprennent la science des vertus, le chant sublime de l'Amour Divin, auprès des âmes chargées de les former à la vie.
Como os passarinhos aprendem a cantar ouvindo os pais, assim também as crianças aprendem a ciência das virtudes, o canto sublime do Amor Divino, junto das almas encarregadas de formá-las para a vida.
Je me souviens que parmi mes oiseaux, j'avais un serin qui chantait à ravir, j'avais aussi un petit linot auquel je prodiguais des soins «maternels», l'ayant adopté avant qu'il ait pu jouir du bonheur de sa liberté. Ce pauvre petit prisonnier n'avait pas de parents pour lui apprendre à chanter, mais entendant du matin au soir son compagnon le serin faire de joyeuses roulades, il voulut l'imiter... Cette entreprise était difficile pour un linot, aussi sa douce voix eut-elle bien de la peine à s'accorder avec la voix vibrante de son maître en musique. C'était charmant de voir les efforts du pauvre petit, mais ils furent enfin couronnés de succès, car son chant tout en conservant une bien plus grande douceur fut absolument le même que celui du serin.
Lembro-me de que, entre os meus pássaros, eu tinha um canário que cantava maravilhosamente; tinha também um pintarroxinho a quem prodigalizava cuidados «maternos», tendo-o adotado antes que ele pudesse gozar da felicidade da sua liberdade. Esse pobre pequeno prisioneiro não tinha pais para lhe ensinarem a cantar, mas, ouvindo de manhã à noite o seu companheiro, o canário, fazer alegres trinados, quis imitá-lo... Essa empresa era difícil para um pintarroxo; por isso a sua doce voz teve muito trabalho para se afinar com a voz vibrante do seu mestre de música. Era encantador ver os esforços do pobrezinho, mas eles foram enfim coroados de êxito, pois o seu canto, embora conservando uma doçura muito maior, ficou absolutamente igual ao do canário.
A 53v O ma Mère chérie ! c'est vous qui m'avez appris à chanter... c'est votre voix qui m'a charmée dès l'enfance, et maintenant j'ai la consolation d'entendre dire que je vous ressemble !!! Je sais combien j'en suis encore loin, mais j'espère malgré ma faiblesse redire éternellement le même cantique que vous !...
A 53v Ó minha Madre querida! fostes vós que me ensinastes a cantar... foi a vossa voz que me encantou desde a infância, e agora tenho a consolação de ouvir dizer que me pareço convosco!!! Sei quanto ainda estou longe disso, mas espero, apesar da minha fraqueza, repetir eternamente o mesmo cântico que vós!...
Avant mon entrée au Carmel, je fis encore bien des expériences sur la vie et les misères du monde, mais ces détails m'entraîneraient trop loin, je vais reprendre le récit de ma vocation. Le 31 octobre fut le jour fixé pour mon voyage à Bayeux. Je partis seule avec Papa, le coeur rempli d'espérance, mais aussi bien émue par la pensée de me présenter à l'évêché. Pour la première fois de ma vie, je devais aller faire une visite sans être accompagnée de mes soeurs et cette visite était à un Évêque ! Moi qui n'avais jamais besoin de parler que pour répondre aux questions que l'on m'adressait, je devais expliquer moi-même le but de ma visite, développer les raisons qui me faisaient solliciter l'entrée du Carmel, en un mot je devais montrer la solidité de ma vocation. Ah ! qu'il m'en a coûté de faire ce voyage ! Il a fallu que le Bon Dieu m'accorde une grâce toute spéciale pour que j'aie pu surmonter ma grande timidité... Il est aussi bien vrai que «Jamais l'Amour ne trouve d'impossibilités, parce qu'il se croit tout possible et tout permis.» C'était vraiment le seul amour de Jésus qui pouvait me faire surmonter ces difficultés et celles qui suivirent car Il se plut à me faire acheter ma vocation par de bien grandes épreuves...
Antes da minha entrada no Carmelo, fiz ainda muitas experiências sobre a vida e as misérias do mundo, mas esses pormenores me levariam longe demais; vou retomar a narrativa da minha vocação. O dia 31 de outubro foi o dia marcado para a minha viagem a Bayeux. Parti sozinha com Papai, com o coração cheio de esperança, mas também bem comovida com a ideia de me apresentar no bispado. Pela primeira vez na vida, eu devia ir fazer uma visita sem estar acompanhada das minhas irmãs, e essa visita era a um Bispo! Eu, que nunca precisava falar senão para responder às perguntas que me faziam, devia explicar eu mesma o objetivo da minha visita, expor as razões que me faziam solicitar a entrada no Carmelo; numa palavra, devia mostrar a solidez da minha vocação. Ah! quanto me custou fazer essa viagem! Foi preciso que o Bom Deus me concedesse uma graça toda especial para que eu pudesse vencer a minha grande timidez... Também é bem verdade que «Nunca o Amor encontra impossibilidades, porque se julga tudo possível e tudo permitido.» Era realmente só o amor de Jesus que podia fazer-me vencer essas dificuldades e as que se seguiram, pois Ele se comprouve em fazer-me comprar a minha vocação com provações bem grandes...
Aujourd'hui que je jouis de la solitude du Carmel (me reposant à l'ombre de Celui que j'ai si ardemment désiré) je trouve avoir acheté mon bonheur à bien peu de frais et je serais prête à supporter de bien plus grandes peines pour l'acquérir si je ne l'avais pas encore !
Hoje que gozo da solidão do Carmelo (repousando à sombra d'Aquele que tão ardentemente desejei), acho que comprei a minha felicidade a bem pouco custo, e estaria pronta a suportar penas bem maiores para adquiri-la, se ainda não a tivesse!
Il pleuvait à verse quand nous arrivâmes à Bayeux, Papa qui ne voulait pas voir sa petite reine entrer à l'évêché avec sa belle toilette toute trempée la fit monter dans un omnibus et conduire à la cathédrale. Là commencèrent mes misères, Monseigneur et tout son clergé assistaient à un grand enterrement. L'église était remplie de dames en deuil et j'étais regardée de tout le monde avec ma A 54r robe claire et mon chapeau blanc, j'aurais voulu sortir de l'Église mais il ne fallait pas y penser, à cause de la pluie, et pour m'humilier encore davantage le Bon Dieu permit que Papa avec sa simplicité patriarcale me fît monter jusqu'au haut de la cathédrale ; ne voulant pas lui faire de peine je m'exécutai de bonne grâce et procurai cette distraction aux bons habitants de Bayeux que j'aurais souhaité n'avoir jamais connus... Enfin je pus respirer à mon aise dans une chapelle qui se trouvait derrière le maître-autel et j'y restai longtemps, priant avec ferveur en attendant que la pluie cessât et nous permit de sortir. En redescendant, Papa me fit admirer la beauté de l'édifice qui me paraissait beaucoup plus grand étant désert, mais une seule pensée m'occupait et je ne pouvais prendre de plaisir à rien. Nous allâmes directement chez Mr Révérony qui était instruit de notre arrivée ayant lui-même fixé le jour du voyage, mais il était absent ; il nous fallut donc errer dans les rues qui me parurent bien tristes ; enfin nous revînmes près de l'évêché et Papa me fit entrer dans un bel hôtel où je ne fis pas honneur à l'habile cuisinier. Ce pauvre petit Père était d'une tendresse pour moi presque incroyable, il me disait de ne pas me faire de chagrin, que bien sûr Monseigneur allait m'accorder ma demande. Après nous être reposés, nous retournâmes chez Mr Révérony ; un monsieur arriva en même temps, mais le grand vicaire lui demanda poliment d'attendre et nous fit entrer les premiers dans son cabinet (le pauvre monsieur eut le temps de s'ennuyer car la visite fut longue). Mr Révérony se montra très aimable, mais je crois que le motif de notre voyage l'étonna beaucoup ; après avoir m'avoir regardée en souriant et adressé quelques questions, il nous dit : «Je vais vous présenter à Monseigneur, voulez-vous avoir la bonté de me suivre.» Voyant des larmes perler dans mes yeux il ajouta : «Ah! je vois des diamants... il ne faut pas les montrer à Monseigneur!...» Il nous fit traverser plusieurs pièces très vastes, garnies A 54v de portraits d'évêques ; en me voyant dans ces grands salons, je me faisais l'effet d'une pauvre petite fourmi et je me demandais ce que j'allais oser dire à Monseigneur ; il se promenait entre deux prêtres sur une galerie, je vis Mr Révérony lui dire quelques mots et revenir avec lui, nous l'attendions dans son cabinet ; là, trois énormes fauteuils étaient placés devant la cheminée où pétillait un feu ardent. En voyant entrer sa Grandeur, Papa se mit à genoux à côté de moi pour recevoir sa bénédiction, puis Monseigneur fit placer Papa dans un des fauteuils, se mit en face de lui et Mr Révérony voulut me faire prendre celui du milieu ; je refusai poliment, mais il insista, me disant de montrer si j'étais capable d'obéir, aussitôt je m'assis sans faire de réflexion et j'eus la confusion de le voir prendre une chaise pendant que moi j'étais enfoncée dans un fauteuil où quatre comme moi auraient été à l'aise (plus à l'aise que moi, car j'étais loin d'y être !...) J'espérais que Papa allait parler mais il me dit d'expliquer moi-même à Monseigneur le but de notre visite ; je le fis le plus éloquemment possible, sa Grandeur habituée à l'éloquence ne parut pas très touchée de mes raisons, au lieu d'elles un mot de Mr le Supérieur m'eût plus servi, malheureusement je n'en avais pas et son opposition ne plaidait aucunement en ma faveur...
Chovia a cântaros quando chegamos a Bayeux; Papai, que não queria ver a sua rainhazinha entrar no bispado com o seu belo vestido todo encharcado, fê-la tomar um ônibus que a levou à catedral. Ali começaram as minhas misérias: Monsenhor e todo o seu clero assistiam a um grande enterro. A igreja estava cheia de senhoras de luto, e eu era olhada por todo o mundo com o meu A 54r vestido claro e o meu chapéu branco; teria querido sair da Igreja, mas não havia que pensar nisso, por causa da chuva, e, para me humilhar ainda mais, o Bom Deus permitiu que Papai, com a sua simplicidade patriarcal, me fizesse subir a catedral de ponta a ponta; não querendo causar-lhe pena, obedeci de bom grado e proporcionei essa distração aos bons habitantes de Bayeux, que eu desejaria nunca ter conhecido... Enfim pude respirar à vontade numa capela que ficava atrás do altar-mor, e ali fiquei muito tempo, rezando com fervor, esperando que a chuva cessasse e nos permitisse sair. Ao descermos, Papai me fez admirar a beleza do edifício, que me parecia muito maior por estar deserto, mas um só pensamento me ocupava e eu não conseguia ter prazer em nada. Fomos diretamente à casa do padre Révérony, que estava informado da nossa chegada, tendo ele mesmo marcado o dia da viagem, mas ele estava ausente; tivemos então de vagar pelas ruas, que me pareceram bem tristes; enfim voltamos para perto do bispado, e Papai me fez entrar num belo hotel, onde não fiz honra ao hábil cozinheiro. O pobre Paizinho tinha por mim uma ternura quase incrível; dizia-me que não me afligisse, que com certeza Monsenhor ia atender o meu pedido. Depois de descansarmos, voltamos à casa do padre Révérony; um senhor chegou ao mesmo tempo, mas o vigário-geral pediu-lhe polidamente que esperasse e nos fez entrar primeiro no seu gabinete (o pobre senhor teve tempo de se aborrecer, pois a visita foi longa). O padre Révérony mostrou-se muito amável, mas creio que o motivo da nossa viagem o espantou muito; depois de me ter olhado sorrindo e feito algumas perguntas, disse-nos: «Vou apresentar-vos a Monsenhor, quereis ter a bondade de me seguir.» Vendo lágrimas perlarem em meus olhos, acrescentou: «Ah! estou vendo diamantes... não convém mostrá-los a Monsenhor!...» Fez-nos atravessar várias salas muito vastas, guarnecidas A 54v de retratos de bispos; ao me ver naqueles grandes salões, eu me sentia uma pobre formiguinha e me perguntava o que iria ousar dizer a Monsenhor; ele passeava entre dois padres numa galeria; vi o padre Révérony dizer-lhe algumas palavras e voltar com ele; nós o esperávamos no seu gabinete; ali, três enormes poltronas estavam colocadas diante da lareira, onde crepitava um fogo ardente. Ao ver entrar sua Grandeza, Papai ajoelhou-se ao meu lado para receber a sua bênção; depois Monsenhor fez Papai sentar-se numa das poltronas, colocou-se diante dele, e o padre Révérony quis fazer-me tomar a do meio; recusei polidamente, mas ele insistiu, dizendo-me que mostrasse se era capaz de obedecer; imediatamente sentei-me sem refletir, e tive a confusão de vê-lo tomar uma cadeira, enquanto eu estava afundada numa poltrona onde quatro como eu teriam ficado à vontade (mais à vontade do que eu, pois eu estava longe disso!...). Esperava que Papai falasse, mas ele me disse que explicasse eu mesma a Monsenhor o objetivo da nossa visita; fi-lo o mais eloquentemente possível; sua Grandeza, habituada à eloquência, não pareceu muito tocada pelas minhas razões; em lugar delas, uma palavra do senhor Superior me teria servido mais; infelizmente eu não a tinha, e a sua oposição não depunha de modo algum em meu favor...
Monseigneur me demanda s'il y avait longtemps que je désirais entre au carmel : «Oh oui! Monseigneur, bien longtemps...» «Voyons, reprit en riant Mr Révérony, vous ne pouvez toujours pas dire qu'il y a 15 ans que vous avez ce désir.» «C'est vrai, repris-je en souriant aussi, mais il n'y a pas beaucoup d'années à retrancher car j'ai désiré me faire religieuse dès l'éveil de ma raison et j'ai désiré le carmel aussitôt que je l'ai bien connu, parce que dans cet ordre je trouvais que toutes les aspirations de mon âme seraient remplies. » Je ne sais pas, ma Mère, si ce sont tout à fait mes paroles, je crois que c'était encore plus mal tourné, mais enfin c'est le sens.
Monsenhor perguntou-me se havia muito tempo que eu desejava entrar no carmelo: «Oh, sim! Monsenhor, há muito tempo...» «Ora vejamos, replicou, rindo, o padre Révérony, não podeis, em todo caso, dizer que há 15 anos tendes esse desejo.» «É verdade, repliquei, sorrindo também, mas não há muitos anos a descontar, pois desejei fazer-me religiosa desde o despertar da minha razão, e desejei o carmelo assim que o conheci bem, porque nessa ordem eu achava que todas as aspirações da minha alma seriam satisfeitas.» Não sei, minha Madre, se são exatamente estas as minhas palavras; creio que era ainda mais mal torneado, mas enfim é o sentido.
Monseigneur croyant être agréable à Papa essaya de me faire rester encore quelques années auprès de lui, aussi ne fut-il pas peu surpris et édifié de le voir prendre mon parti, intercédant pour que j'obtienne la permission de m'envoler à 15 ans. Cependant tout fut inutile, il dit qu'avant de se décider un entretien avec le Supérieur du Carmel était indispensable. Je ne pouvais rien entendre qui me fît plus de peine, car je connaissais l'opposition formelle de notre Père, aussi sans tenir compte de la recommandation de Mr Révérony je fis plus que montrer des diamants à Monseigneur, je lui en donnai !... Je vis bien qu'il était touché ; me prenant par le cou, il appuyait ma tête sur son épaule et me faisait des caresses, comme jamais, paraît-il, personne n'en A 55r avait reçu de lui. Il me dit que tout n'était pas perdu, qu'il était bien content que je fasse le voyage de Rome afin d'affermir ma vocation et qu'au lieu de pleurer je devais me réjouir ; il ajouta que la semaine suivante, devant aller à Lisieux, il parlerait de moi à Mr le Curé de St Jacques et que certainement je recevrais sa réponse en Italie. Je compris qu'il était inutile de faire de nouvelles instances, d'ailleurs je n'avais plus rien à dire ayant épuisé toutes les ressources de mon éloquence.
Monsenhor, julgando ser agradável a Papai, tentou fazer-me ficar ainda alguns anos junto dele; por isso não ficou pouco surpreendido e edificado ao vê-lo tomar o meu partido, intercedendo para que eu obtivesse a permissão de voar aos 15 anos. Tudo, porém, foi inútil; ele disse que, antes de se decidir, era indispensável uma conversa com o Superior do Carmelo. Eu não podia ouvir nada que me fizesse mais pena, pois conhecia a oposição formal de nosso Padre; por isso, sem levar em conta a recomendação do padre Révérony, fiz mais do que mostrar diamantes a Monsenhor, dei-lhe alguns!... Vi bem que ele estava comovido; abraçando-me pelo pescoço, apoiava a minha cabeça no seu ombro e me fazia carícias, como, ao que parece, ninguém jamais A 55r recebera dele. Disse-me que nem tudo estava perdido, que estava muito contente por eu fazer a viagem a Roma, a fim de firmar a minha vocação, e que, em vez de chorar, eu devia alegrar-me; acrescentou que na semana seguinte, devendo ir a Lisieux, falaria de mim ao senhor pároco de São Tiago e que certamente eu receberia a sua resposta na Itália. Compreendi que era inútil fazer novas instâncias; aliás, eu não tinha mais nada a dizer, tendo esgotado todos os recursos da minha eloquência.
Monseigneur nous reconduisit jusqu'au jardin. Papa l'amusa beaucoup en lui disant qu'afin de paraître plus âgée, je m'étais fait relever les cheveux. (Ceci ne fut pas perdu car Monseigneur ne parle pas de «sa petite fille» sans raconter l'histoire des cheveux...) Mr R. voulut nous accompagner jusqu'au bout du jardin de l'évêché, il dit à Papa que jamais chose pareille ne s'était vue : «Un père aussi empressé de donner son enfant au Bon Dieu que cette enfant de s'offrir elle-même!»
Monsenhor nos acompanhou até o jardim. Papai divertiu-o muito, dizendo-lhe que, para parecer mais velha, eu tinha mandado prender os cabelos no alto. (Isso não se perdeu, pois Monsenhor não fala da «sua filhinha» sem contar a história dos cabelos...) O padre R. quis acompanhar-nos até o fim do jardim do bispado; disse a Papai que nunca se vira coisa igual: «Um pai tão pressuroso em dar a sua filha ao Bom Deus quanto essa menina em oferecer-se a si mesma!»
Papa lui demanda plusieurs explications sur le pèlerinage, entre autres comment il fallait s'habiller pour paraître devant le St Père. Je le vois encore se tourner devant Mr Révérony en lui disant : «Suis-je assez bien comme cela?...» Il avait aussi dit à Monseigneur que s'il ne me permettait pas d'entrer au Carmel je demanderais cette grâce au Souverain Pontife. Il était bien simple dans ses paroles et ses manières mon Roi chéri, mais il était si beau... il avait une distinction toute naturelle qui dut plaire beaucoup à Monseigneur habitué à se voir entouré de personnages connaissant toutes les règles de l'étiquette des salons, mais non pas le Roi de France et de Navarre en personne avec sa petite reine...
Papai pediu-lhe várias explicações sobre a peregrinação, entre outras como era preciso vestir-se para aparecer diante do Santo Padre. Ainda o vejo virar-se diante do padre Révérony, dizendo-lhe: «Estou bem assim?...» Tinha dito também a Monsenhor que, se ele não me permitisse entrar no Carmelo, eu pediria essa graça ao Soberano Pontífice. Era bem simples nas palavras e nas maneiras, o meu Rei querido, mas era tão belo... tinha uma distinção toda natural que deve ter agradado muito a Monsenhor, habituado a ver-se rodeado de personagens que conheciam todas as regras da etiqueta dos salões, mas não o Rei de França e de Navarra em pessoa com a sua rainhazinha...
Quand je fus dans la rue mes larmes recommencèrent à couler, non pas tant à cause de mon chagrin, qu'en voyant mon petit Père chéri qui venait de faire un voyage inutile... Lui qui se faisait une fête d'envoyer une dépêche au Carmel, annonçant l'heureuse réponse de Monseigneur, était obligé de A 55v revenir sans en avoir aucune... Ah ! que j'avais de peine !... Il me semblait que mon avenir était brisé pour jamais ; plus j'approchais du terme, plus je voyais mes affaires s'embrouiller. Mon âme était plongée dans l'amertume, mais aussi dans la paix, car je ne cherchais que la volonté du Bon Dieu.
Quando me vi na rua, as minhas lágrimas recomeçaram a correr, não tanto por causa do meu desgosto quanto por ver o meu Paizinho querido, que acabava de fazer uma viagem inútil... Ele, que antegozava a alegria de mandar um telegrama ao Carmelo anunciando a feliz resposta de Monsenhor, era obrigado a A 55v voltar sem nenhuma... Ah! quanta pena eu sentia!... Parecia-me que o meu futuro estava despedaçado para sempre; quanto mais me aproximava do termo, mais via as minhas coisas se complicarem. A minha alma estava mergulhada na amargura, mas também na paz, pois eu só buscava a vontade do Bom Deus.
Aussitôt en arrivant à Lisieux, j'allai chercher de la consolation au Carmel et j'en trouvai près de vous, ma Mère chérie. Oh non ! jamais je n'oublierai tout ce que vous avez souffert à cause de moi. Si je ne craignais de les profaner en m'en servant, je pourrais dire les paroles que Jésus adressait à ses apôtres, le soir de sa Passion : «C'est vous qui avez été toujours avec moi dans toutes mes épreuves»... Mes bien-aimées soeurs m'offrirent aussi de bien douces consolations...
Logo ao chegar a Lisieux, fui buscar consolação no Carmelo e encontrei-a junto de vós, minha Madre querida. Oh, não! nunca esquecerei tudo o que sofrestes por minha causa. Se eu não temesse profaná-las servindo-me delas, poderia dizer as palavras que Jesus dirigia aos seus apóstolos na noite da sua Paixão: «Fostes vós que estivestes sempre comigo em todas as minhas provações»... As minhas bem-amadas irmãs também me ofereceram consolações bem doces...
6 de 15 · índice