Ms A
Segunda época: os Buissonnets (1877–1882)
Comme je l'ai dit plus haut, c'est à partir de cette époque de ma vie qu'il me fallut entrer dans la seconde période de mon existence, la plus douloureuse des trois, surtout depuis l'entrée au Carmel de celle que j'avais choisie pour ma seconde «Maman». Cette période s'étend depuis l'âge de quatre ans et demi jusqu'à celui de ma quatorzième année, époque où je retrouvai mon caractère d'enfant tout en entrant dans le sérieux de la vie.
Como disse acima, foi a partir dessa época da minha vida que tive de entrar no segundo período da minha existência, o mais doloroso dos três, sobretudo depois da entrada no Carmelo daquela que eu tinha escolhido para minha segunda «Mamãe». Esse período estende-se desde a idade de quatro anos e meio até a dos meus catorze anos, época em que reencontrei o meu caráter de criança, ao mesmo tempo que entrava na seriedade da vida.
Il faut vous dire, ma Mère, qu'à partir de la mort de Maman, mon heureux caractère changea complètement ; moi si vive, si expansive, je devins timide et douce, sensible à l'excès. Un regard suffisait pour me faire fondre en larmes, il fallait que personne ne s'occupât de moi pour que je sois contente, je ne pouvais pas souffrir la compagnie de personnes étrangères et ne retrouvais ma gaieté que dans l'intimité de la famille... Cependant je continuais à être entourée de la tendresse la plus délicate. Le coeur si tendre de Papa avait joint à l'amour qu'il possédait déjà un amour vraiment maternel !... Vous, ma Mère, et Marie n'étiez-vous pas pour moi les mères les plus tendres, les plus désintéressées ?... Ah ! si le Bon Dieu n'avait pas prodigué ses bienfaisants rayons à sa petite fleur, jamais elle n'aurait pu s'acclimater à la terre, elle était encore trop faible pour supporter les pluies et les orages, il lui fallait de la chaleur, une douce rosée et des brises printanières ; jamais elle ne manqua de A 13v tous ces bienfaits, Jésus les lui fit trouver, même sous la neige de l'épreuve !
Preciso vos dizer, minha Madre, que, a partir da morte de Mamãe, meu gênio feliz mudou completamente; eu, tão viva, tão expansiva, tornei-me tímida e meiga, sensível em excesso. Um olhar bastava para me fazer romper em lágrimas, era preciso que ninguém se ocupasse de mim para que eu ficasse contente, não podia suportar a companhia de pessoas estranhas e só reencontrava a minha alegria na intimidade da família... Contudo continuava cercada da ternura mais delicada. O coração tão terno de Papai juntara ao amor que já possuía um amor verdadeiramente materno!... Vós, minha Madre, e Maria, não éreis para mim as mães mais ternas, mais desinteressadas?... Ah! se o Bom Deus não tivesse prodigalizado os seus benfazejos raios à sua florzinha, ela nunca teria podido aclimatar-se à terra, era ainda fraca demais para suportar as chuvas e as tempestades, precisava de calor, de um orvalho suave e de brisas primaveris; nunca lhe faltou A 13v nenhum desses benefícios, Jesus fez que ela os encontrasse, mesmo sob a neve da provação!
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Je ne ressentis aucun chagrin en quittant Alençon, les enfants aiment le changement et ce fut avec plaisir que je vins à Lisieux. Je me souviens du voyage, de l'arrivée le soir chez ma tante, je vois encore Jeanne et Marie nous attendant à la porte... J'étais bien heureuse d'avoir des petites cousines si gentilles, je les aimais beaucoup ainsi que ma tante et surtout mon oncle, seulement il me faisait peur et je n'étais pas à mon aise chez lui comme aux Buissonnets, c'est là que ma vie était véritablement heureuse... Dès le matin vous veniez auprès de moi, me demandant si j'avais donné mon coeur au bon Dieu, ensuite vous m'habilliez en me parlant de Lui et puis, à vos côtés, je faisais ma prière. Après venait la leçon de lecture, le premier mot que je pus lire seule fut celui-ci : «Cieux». Ma chère marraine se chargea des leçons d'écriture et vous, ma Mère, de toutes les autres ; je n'avais pas une très grande facilité pour apprendre mais j'avais beaucoup de mémoire. Le catéchisme et surtout l'histoire sainte avaient mes préférences, je les étudiais avec joie, mais la grammaire a fait souvent couler mes larmes... Rappelez-vous le masculin et le féminin !
Não senti nenhum pesar ao deixar Alençon, as crianças gostam de mudança, e foi com prazer que vim para Lisieux. Lembro-me da viagem, da chegada à noite à casa de minha tia, ainda vejo Joana e Maria esperando-nos à porta... Eu estava muito feliz por ter priminhas tão gentis, amava-as muito, assim como a minha tia e sobretudo o meu tio, só que ele me metia medo e eu não ficava à vontade em sua casa como nos Buissonnets, era lá que a minha vida era verdadeiramente feliz... Logo de manhã vínheis para junto de mim, perguntando-me se eu tinha dado o meu coração ao bom Deus, depois me vestíeis falando-me d'Ele, e então, ao vosso lado, eu fazia a minha oração. Depois vinha a lição de leitura, a primeira palavra que pude ler sozinha foi esta: «Céus». Minha querida madrinha encarregou-se das lições de escrita, e vós, minha Madre, de todas as outras; eu não tinha grande facilidade para aprender, mas tinha muita memória. O catecismo e sobretudo a história sagrada tinham as minhas preferências, eu os estudava com alegria, mas a gramática muitas vezes me fez derramar lágrimas... Lembrai-vos do masculino e do feminino!
Aussitôt que ma classe était finie, je montais au belvédère portant ma rosette et ma note à papa. Que j'étais heureuse quand je pouvais lui dire : «J'ai 5 sans exception, c'est Pauline qui l'a dit la première!...» Car lorsque je vous demandais si j'avais 5 sans exception et que vous me disiez oui, c'était à mes yeux un degré de moins ; vous me donniez aussi des bons points, quand j'en avais amassé un certain nombre, j'avais une récompense et un jour de congé. Je me rappelle que ces jours A 14r là me semblaient bien plus longs que les autres, ce qui vous faisait plaisir puisque cela montrait que je n'aimais pas à rester sans rien faire. Toutes les après-midi, j'allais faire une petite promenade avec papa ; nous faisions ensemble notre visite au Saint-Sacrement, visitant chaque jour une nouvelle église, c'est ainsi que j'entrai pour la première fois dans la chapelle du Carmel, papa me montra la grille du choeur, me disant que derrière étaient des religieuses. J'étais bien loin de me douter que neuf ans plus tard je serais parmi elles !...
Assim que a minha aula terminava, eu subia ao belvedere levando a papai a minha roseta e a minha nota. Como eu ficava feliz quando podia dizer-lhe: «Tirei 5 sem exceção, foi Paulina quem disse primeiro!...» Pois, quando eu vos perguntava se tinha tirado 5 sem exceção e vós me dizíeis que sim, isso era a meus olhos um grau a menos; vós me dáveis também bons pontos, quando eu tinha juntado um certo número, ganhava uma recompensa e um dia de folga. Lembro-me de que esses dias A 14r me pareciam muito mais longos que os outros, o que vos agradava, já que mostrava que eu não gostava de ficar sem fazer nada. Todas as tardes eu ia dar um pequeno passeio com papai; fazíamos juntos a nossa visita ao Santíssimo Sacramento, visitando cada dia uma igreja nova, foi assim que entrei pela primeira vez na capela do Carmelo, papai me mostrou a grade do coro, dizendo-me que atrás dela havia religiosas. Eu estava bem longe de suspeitar que nove anos mais tarde estaria entre elas!...
Après la promenade (pendant laquelle papa m'achetait toujours un petit cadeau d'un ou deux sous) je rentrais à la maison ; alors je faisais mes devoirs, puis tout le reste du temps je restais à sautiller dans le jardin autour de papa, car je ne savais pas jouer à la poupée. C'était une grande joie pour moi de préparer des tisanes avec des petites graines et des écorces d'arbres que je trouvais par terre, je les portais ensuite à papa dans une jolie petite tasse, ce pauvre petit père quittait son ouvrage et puis en souriant il faisait semblant de boire. Avant de me rendre la tasse il me demandait (comme à la dérobée) s'il fallait en jeter le contenu ; quelquefois je disais oui, mais plus souvent je remportais ma précieuse tisane, voulant la faire servir plusieurs fois... J'aimais à cultiver mes petites fleurs dans le jardin que Papa m'avait donné ; je m'amusais à dresser de petits autels dans l'enfoncement qui se trouvait au milieu dans le mur ; quand j'avais fini, je courais vers Papa et l'entraînant je lui disais de bien fermer les yeux et de ne les ouvrir qu'au moment où je lui dirais de le faire, il faisait tout ce que je voulais et se laissait conduire devant mon petit jardin, alors je criais : «Papa, ouvre les yeux!» Il les ouvrait A 14v et s'extasiait pour me faire plaisir, admirant ce que je croyais être un chef-d'oeuvre !... Je ne finirais pas si je voulais raconter mille petits traits de ce genre qui se pressent en foule dans ma mémoire... Ah ! comment pourrai-je redire toutes les tendresses que Papa prodiguait à sa petite reine ? Il est des choses que le coeur sent, mais que la parole et même la pensée ne peuvent arriver à rendre...
Depois do passeio (durante o qual papai sempre me comprava um presentinho de um ou dois tostões) eu voltava para casa; então fazia os meus deveres e depois, todo o resto do tempo, ficava saltitando no jardim ao redor de papai, pois não sabia brincar de boneca. Era uma grande alegria para mim preparar tisanas com sementinhas e cascas de árvore que encontrava no chão, depois eu as levava a papai numa linda xicrinha, o pobre paizinho deixava o seu trabalho e, sorrindo, fingia beber. Antes de me devolver a xícara, perguntava-me (como às escondidas) se devia jogar fora o conteúdo; às vezes eu dizia que sim, mas na maioria das vezes levava de volta a minha preciosa tisana, querendo fazê-la servir várias vezes... Eu gostava de cultivar as minhas florzinhas no jardim que Papai me dera; divertia-me em erguer pequenos altares no vão que havia no meio do muro; quando terminava, corria para Papai e, puxando-o, dizia-lhe que fechasse bem os olhos e só os abrisse no momento em que eu lhe dissesse, ele fazia tudo o que eu queria e se deixava conduzir até diante do meu jardinzinho, então eu gritava: «Papai, abre os olhos!» Ele os abria A 14v e se extasiava para me agradar, admirando o que eu julgava ser uma obra-prima!... Eu não acabaria nunca se quisesse contar mil pequenos episódios desse gênero, que se apinham em minha memória... Ah! como poderei contar todas as ternuras que Papai prodigalizava à sua rainhazinha? Há coisas que o coração sente, mas que a palavra e até o pensamento não conseguem exprimir...
Ils étaient pour moi de beaux jours, ceux où mon roi chéri m'emmenait à la pêche avec lui, j'aimais tant la campagne, les fleurs et les oiseaux ! Quelquefois j'essayais de pêcher avec ma petite ligne, mais je préférais aller m'asseoir seule sur l'herbe fleurie, alors mes pensées étaient bien profondes et sans savoir ce que c'était de méditer, mon âme se plongeait dans une réelle oraison... J'écoutais les bruits lointains... Le murmure du vent et même la musique indécise des soldats dont le son arrivait jusqu'à moi mélancolisaient doucement mon coeur... La terre me semblait un lieu d'exil et je rêvais le Ciel... L'après-midi passait vite, bientôt il fallait rentrer aux Buissonnets, mais avant de partir je prenais la collation que j'avais apportée dans mon petit panier ; la belle tartine de confitures que vous m'aviez préparée avait changé d'aspect : au lieu de sa vive couleur je ne voyais plus qu'une légère teinte rose, toute vieillie et rentrée... alors la terre me semblait encore plus triste et je comprenais qu'au Ciel seulement la joie serait sans nuages... A propos de nuages, je me souviens qu'un jour le beau Ciel bleu de la campagne s'en couvrit et que bientôt l'orage se mit à gronder, les éclairs sillonnaient les nuages sombres et je vis à quelque distance tomber le tonnerre ; loin d'en être effrayée, j'étais ravie, il me semblait que le Bon Dieu A 15r était si près de moi !... Papa n'était pas tout à fait aussi content que sa petite reine, non que l'orage lui fît peur, mais l'herbe et les grandes pâquerettes (qui étaient plus hautes que moi) étincelaient de pierres précieuses, il nous fallait traverser plusieurs prairies avant de trouver une route et mon petit père chéri, craignant que les diamants mouillent sa petite fille, la prit malgré son bagage de lignes et l'emporta sur son dos.
Eram para mim belos dias aqueles em que o meu rei querido me levava consigo à pesca, eu amava tanto o campo, as flores e os pássaros! Às vezes eu tentava pescar com o meu caniço, mas preferia ir sentar-me sozinha na relva florida, então os meus pensamentos eram bem profundos e, sem saber o que era meditar, minha alma mergulhava numa verdadeira oração... Eu escutava os ruídos distantes... O murmúrio do vento e até a música indecisa dos soldados, cujo som chegava até mim, melancolizavam docemente o meu coração... A terra me parecia um lugar de exílio, e eu sonhava o Céu... A tarde passava depressa, logo era preciso voltar aos Buissonnets, mas, antes de partir, eu comia o lanche que tinha trazido na minha cestinha; a bela fatia de pão com geleia que vós me tínheis preparado havia mudado de aspecto: em vez da sua cor viva, eu já não via senão um leve tom rosado, todo envelhecido e sumido... então a terra me parecia ainda mais triste, e eu compreendia que só no Céu a alegria seria sem nuvens... A propósito de nuvens, lembro-me de que um dia o belo Céu azul do campo se cobriu delas e logo a tempestade começou a ribombar, os relâmpagos sulcavam as nuvens escuras, e vi cair um raio a certa distância; longe de ficar assustada, eu estava encantada, parecia-me que o Bom Deus A 15r estava tão perto de mim!... Papai não estava tão contente quanto a sua rainhazinha, não que a tempestade lhe desse medo, mas a relva e as grandes margaridas (que eram mais altas do que eu) cintilavam de pedras preciosas, precisávamos atravessar vários prados antes de encontrar uma estrada, e o meu paizinho querido, temendo que os diamantes molhassem a sua filhinha, pegou-a, apesar da sua bagagem de caniços, e levou-a nas costas.
Pendant les promenades que je faisais avec papa, il aimait à me faire porter l'aumône aux pauvres que nous rencontrions ; un jour nous en vîmes un qui se traînait péniblement sur des béquilles, je m'approchai pour lui donner un sou, mais ne se trouvant pas assez pauvre pour recevoir l'aumône, il me regarda en souriant tristement et refusa de prendre ce que je lui offrais. Je ne puis dire ce qui se passa dans mon coeur, j'aurais voulu le consoler, le soulager ; au lieu de cela je pensais lui avoir fait de la peine, sans doute le pauvre malade devina ma pensée, car je le vis se détourner et me sourire. Papa venait de m'acheter un gâteau, j'avais bien envie de le lui donner mais je n'osai pas, cependant je voulais lui donner quelque chose qu'il ne puisse me refuser, car je sentais pour lui une sympathie très grande, alors je me rappelai avoir entendu dire que le jour de la première communion on obtenait tout ce qu'on demandait ; cette pensée me consola et bien que je n'eusse encore que six ans, je me dis : «Je prierai pour mon pauvre le jour de ma première communion.» Je tins ma promesse cinq ans plus tard et j'espère que le Bon Dieu exauça la prière qu'Il m'avait inspirée de Lui adresser pour un de ses membres souffrants...
Durante os passeios que eu fazia com papai, ele gostava de me mandar levar a esmola aos pobres que encontrávamos; um dia vimos um que se arrastava penosamente de muletas, aproximei-me para lhe dar um tostão, mas, não se achando bastante pobre para receber esmola, ele me olhou sorrindo tristemente e recusou-se a pegar o que eu lhe oferecia. Não posso dizer o que se passou em meu coração, eu teria querido consolá-lo, aliviá-lo; em vez disso, pensava tê-lo magoado, sem dúvida o pobre doente adivinhou o meu pensamento, pois eu o vi voltar-se e sorrir para mim. Papai acabava de me comprar um bolo, eu tinha muita vontade de dá-lo a ele, mas não ousei, contudo queria dar-lhe alguma coisa que ele não pudesse recusar, pois sentia por ele uma simpatia muito grande, então me lembrei de ter ouvido dizer que no dia da primeira comunhão se obtinha tudo o que se pedia; esse pensamento me consolou e, embora eu só tivesse seis anos, disse comigo: «Rezarei pelo meu pobre no dia da minha primeira comunhão.» Cumpri a promessa cinco anos mais tarde, e espero que o Bom Deus tenha atendido a oração que Ele me inspirara a Lhe dirigir por um de seus membros sofredores...
A 15v J'aimais beaucoup le Bon Dieu et je lui donnais bien souvent mon coeur en me servant de la petite formule que maman m'avait apprise, cependant un jour ou plutôt un soir du beau mois de Mai je fis une faute qui vaut bien la peine d'être rapportée, elle me donna un grand sujet de m'humilier et je crois en avoir eu la contrition parfaite. Etant trop petite pour aller au mois de Marie je restais avec Victoire et faisais avec elle mes dévotions devant mon petit mois de Marie que j'arrangeais à ma façon ; tout était si petit : chandeliers et pots de fleurs, que deux allumettes-bougies l'éclairaient parfaitement ; quelquefois Victoire me faisait la surprise de me donner deux petits bouts de rat-de-cave mais c'était rare. Un soir tout était prêt pour nous mettre en prière, je lui dis : «Victoire, voulez-vous commencer le souvenez-vous, je vais allumer.» Elle fit semblant de commencer, mais elle ne dit rien et me regarda en riant ; moi qui voyais mes précieuses allumettes se consumer rapidement, je la suppliai de faire la prière, elle continua de se taire ; alors me levant, je me mis à lui dire bien haut qu'elle était méchante, et sortant de ma douceur habituelle, je frappai du pied de toutes mes forces... Cette pauvre Victoire n'avait plus envie de rire, elle me regarda avec étonnement et me montra du rat-de-cave qu'elle m'avait apporté... après avoir répandu des larmes de colère, je versai des larmes d'un sincère repentir ayant le ferme propos de ne plus jamais recommencer !...
A 15v Eu amava muito o Bom Deus e lhe dava muitas vezes o meu coração, servindo-me da pequena fórmula que mamãe me ensinara; contudo, um dia, ou antes, uma tarde do belo mês de maio, cometi uma falta que bem merece ser contada, ela me deu um grande motivo para me humilhar, e creio ter tido dela a contrição perfeita. Sendo pequena demais para ir ao mês de Maria, eu ficava com Vitória e fazia com ela as minhas devoções diante do meu pequeno mês de Maria, que eu arrumava a meu modo; tudo era tão pequeno: castiçais e vasos de flores, que dois fósforos de cera o iluminavam perfeitamente; às vezes Vitória me fazia a surpresa de me dar dois toquinhos de pavio de cera, mas era raro. Uma tarde, estando tudo pronto para começarmos a rezar, eu lhe disse: «Vitória, quereis começar o lembrai-vos, eu vou acender.» Ela fingiu começar, mas não disse nada e olhou para mim rindo; eu, que via os meus preciosos fósforos se consumirem rapidamente, supliquei-lhe que fizesse a oração, ela continuou calada; então, levantando-me, pus-me a dizer-lhe bem alto que ela era má e, saindo da minha doçura habitual, bati o pé com todas as minhas forças... A pobre Vitória não tinha mais vontade de rir, olhou para mim com espanto e me mostrou o pavio de cera que me tinha trazido... depois de ter derramado lágrimas de raiva, verti lágrimas de sincero arrependimento, com o firme propósito de nunca mais recomeçar!...
Une autre fois il m'arriva une autre aventure avec Victoire mais de celle-ci je n'eus aucun repentir, car je gardai parfaitement mon calme. Je voulais avoir un encrier qui se trouvait sur la cheminée de la cuisine ; étant trop petite pour le prendre, je demandai bien gentiment à Victoire de A 16r me le donner, mais elle refusa en me disant de monter sur une chaise. Je pris une chaise sans rien dire, mais en pensant qu'elle n'était pas aimable ; voulant le lui faire sentir, je cherchai dans ma petite tête ce qui m'offensait le plus, elle m'appelait souvent quand elle était ennuyée de moi : «petite mioche», ce qui m'humiliait beaucoup. Alors avant de sauter au bas de ma chaise, je me détournai avec dignité et je lui dis : «Victoire, vous êtes une mioche!» Puis je me sauvai, la laissant méditer la profonde parole que je venais de lui adresser... Le résultat ne se fit pas attendre, bientôt je l'entendis qui criait : «M'amz'elle Mâri... Thérasse vient d'me dire que j'suis une mioche!» Marie vint et me fit demander pardon, mais je le fis sans contrition, trouvant que puisque Victoire n'avait pas voulu allonger son grand bras pour me rendre un petit service, elle méritait le titre de mioche... Cependant elle m'aimait beaucoup et je l'aimais bien aussi ; un jour elle me tira d'un grand péril où j'étais tombée par ma faute. Victoire repassait ayant à côté d'elle un seau avec de l'eau dedans, moi je la regardais en me balançant (comme à mon habitude) sur une chaise, tout à coup la chaise me manque et je tombe, non pas par terre, mais dans le fond du seau !!!... Mes pieds touchaient ma tête et je remplissais le seau comme un petit poulet remplit son oeuf !... Cette pauvre Victoire me regardait avec une surprise extrême, n'ayant jamais vu pareille chose. J'avais bien envie de sortir au plus tôt de mon seau, mais impossible, ma prison était si juste que je ne pouvais pas faire un mouvement. Avec un peu de peine elle me sauva de mon grand péril, mais non pas ma robe et tout le reste qu'elle fut obligée de me changer, car j'étais trempée comme une soupe.
Outra vez aconteceu-me outra aventura com Vitória, mas desta não tive nenhum arrependimento, pois conservei perfeitamente a calma. Eu queria um tinteiro que estava em cima da lareira da cozinha; sendo pequena demais para pegá-lo, pedi muito gentilmente a Vitória que A 16r o pegasse para mim, mas ela recusou, dizendo-me que subisse numa cadeira. Peguei uma cadeira sem dizer nada, mas pensando que ela não era amável; querendo fazê-la sentir isso, procurei na minha cabecinha o que mais me ofendia, ela muitas vezes me chamava, quando estava aborrecida comigo, de «pirralhinha», o que me humilhava muito. Então, antes de saltar da cadeira, virei-me com dignidade e lhe disse: «Vitória, vós sois uma pirralha!» Depois fugi, deixando-a meditar a profunda palavra que eu acabava de lhe dirigir... O resultado não se fez esperar, logo a ouvi gritar: «Sinhorita Mári... a Terésa acabô de me dizê qu'eu sô uma pirralha!» Maria veio e me fez pedir perdão, mas eu o fiz sem contrição, achando que, já que Vitória não quisera esticar o seu braço comprido para me prestar um pequeno serviço, merecia o título de pirralha... No entanto ela me amava muito e eu também a amava; um dia ela me tirou de um grande perigo em que eu tinha caído por minha culpa. Vitória passava roupa, tendo ao seu lado um balde com água dentro, eu a olhava balançando-me (como de costume) numa cadeira, de repente a cadeira me falta e eu caio, não no chão, mas no fundo do balde!!!... Meus pés tocavam a minha cabeça, e eu enchia o balde como um pintinho enche o seu ovo!... A pobre Vitória me olhava com extrema surpresa, nunca tendo visto coisa igual. Eu tinha muita vontade de sair o quanto antes do meu balde, mas impossível, a minha prisão era tão justa que eu não podia fazer um movimento. Com um pouco de esforço ela me salvou do meu grande perigo, mas não o meu vestido e todo o resto, que ela teve de trocar, pois eu estava toda ensopada.
Une autre fois je tombai dans la cheminée, heureusement le feu n'était A 16v pas allumé. Victoire n'eut que le mal de me relever et de secouer la cendre dont j'étais remplie. C'était le mercredi, alors que vous étiez au chant avec Marie, que toutes ces aventures m'arrivaient. Ce fut aussi un mercredi que Mr Ducellier vint pour faire une visite. Victoire lui ayant dit qu'il n'y avait personne à la maison que la petite Thérèse, il entra dans la cuisine pour me voir et regarda mes devoirs ; j'étais bien fière de recevoir mon confesseur, car peu de temps avant je m'étais confessée pour la première fois. Quel doux souvenir pour moi !...
Outra vez caí na lareira, felizmente o fogo não estava A 16v aceso. Vitória só teve o trabalho de me levantar e de sacudir a cinza de que eu estava coberta. Era às quartas-feiras, quando vós estáveis na aula de canto com Maria, que todas essas aventuras me aconteciam. Foi também numa quarta-feira que o padre Ducellier veio fazer uma visita. Tendo-lhe Vitória dito que não havia ninguém em casa senão a pequena Teresa, ele entrou na cozinha para me ver e olhou os meus deveres; eu estava muito orgulhosa de receber o meu confessor, pois pouco tempo antes eu me confessara pela primeira vez. Que doce lembrança para mim!...
O ma Mère chérie ! avec quel soin ne m'aviez-vous pas préparée ! me disant que ce n'était pas à un homme, mais au Bon Dieu, que j'allais dire mes péchés ; j'en étais vraiment bien convaincue aussi je fis ma confession avec un grand esprit de foi et même je vous demandai s'il ne fallait pas dire à Mr Ducellier que je l'aimais de tout mon coeur puisque c'était au Bon Dieu que j'allais parler en sa personne...
Ó minha Madre querida! com que cuidado me tínheis preparado! dizendo-me que não era a um homem, mas ao Bom Deus, que eu ia dizer os meus pecados; eu estava verdadeiramente bem convencida disso, por isso fiz a minha confissão com grande espírito de fé, e até vos perguntei se não era preciso dizer ao padre Ducellier que eu o amava de todo o coração, já que era ao Bom Deus que eu ia falar na pessoa dele...
Bien instruite de tout ce que je devais dire et faire, j'entrai dans le confessionnal et me mis à genoux, mais en ouvrant le guichet Mr Ducellier ne vit personne, j'étais si petite que ma tête se trouvait sous la banquette où l'on s'appuie les mains, alors il me dit de rester debout ; obéissant aussitôt, je me levai et me tournant juste en face de lui pour bien le voir, je fis ma confession comme une grande fille et je reçus sa bénédiction avec une grande dévotion, car vous m'aviez dit qu'à ce moment les larmes du petit Jésus allaient purifier mon âme. Je me souviens que la première exhortation qui me fut adressée m'invita surtout à la dévotion envers la Sainte Vierge et je me promis de redoubler de tendresse pour elle. En sortant du confessionnal, j'étais si contente et si légère que jamais je n'avais senti autant de joie dans mon A 17r âme. Depuis je retournai me confesser à toutes les grandes fêtes et c'était une vraie fête pour moi à chaque fois que j'y allais.
Bem instruída de tudo o que devia dizer e fazer, entrei no confessionário e me ajoelhei, mas, ao abrir o postigo, o padre Ducellier não viu ninguém, eu era tão pequena que a minha cabeça ficava abaixo da tábua onde se apoiam as mãos, então ele me disse que ficasse de pé; obedecendo logo, levantei-me e, virando-me bem de frente para ele para vê-lo bem, fiz a minha confissão como uma menina grande e recebi a sua bênção com grande devoção, pois vós me tínheis dito que naquele momento as lágrimas do Menino Jesus iam purificar a minha alma. Lembro-me de que a primeira exortação que me foi dirigida me convidou sobretudo à devoção à Santíssima Virgem, e prometi a mim mesma redobrar de ternura para com ela. Ao sair do confessionário, eu estava tão contente e tão leve que nunca tinha sentido tanta alegria na minha A 17r alma. Depois disso voltei a confessar-me em todas as grandes festas, e era uma verdadeira festa para mim cada vez que eu ia.
Les fêtes !... ah ! que ce mot rappelle de souvenirs !... Les fêtes, je les aimais tant !... Vous saviez si bien m'expliquer, ma Mère chérie, tous les mystères cachés sous chacune d'elles que c'étaient vraiment pour moi des jours du Ciel. J'aimais surtout les processions du Saint-Sacrement, quelle joie de semer des fleurs sous les pas du Bon Dieu !... mais avant de les y laisser tomber je les lançais le plus haut que je pouvais et je n'étais jamais aussi heureuse qu'en voyant mes roses effeuillées toucher l'Ostensoir sacré...
As festas!... ah! quantas lembranças essa palavra evoca!... As festas, eu as amava tanto!... Vós sabíeis tão bem explicar-me, minha Madre querida, todos os mistérios escondidos em cada uma delas, que eram verdadeiramente para mim dias do Céu. Eu amava sobretudo as procissões do Santíssimo Sacramento, que alegria semear flores sob os passos do Bom Deus!... mas, antes de deixá-las cair, eu as lançava o mais alto que podia, e nunca era tão feliz como ao ver as minhas rosas desfolhadas tocarem o Ostensório sagrado...
Les fêtes ! ah ! si les grandes étaient rares, chaque semaine en ramenait une bien chère à mon coeur : «Le Dimanche!» Quelle journée que celle du Dimanche !... C'était la fête du Bon Dieu, la fête du repos. D'abord je restais dans le dodo plus longtemps que les autres jours et puis maman Pauline gâtait sa petite fille, lui apportant son chocolat dans son dodo, ensuite elle l'habillait comme une petite reine... Marraine venait friser filleule qui n'était pas toujours gentille quand on lui tirait les cheveux, mais ensuite elle était bien contente d'aller prendre la main de son Roi qui, ce jour-là, l'embrassait encore plus tendrement qu'à l'ordinaire, puis toute la famille partait à la Messe. Tout le long du chemin et même dans l'église, la petite «Reine à Papa» lui donnait la main, sa place était à côté de lui et quand nous étions obligés de descendre pour le sermon il fallait trouver encore deux chaises l'une auprès de l'autre. Ce n'était pas bien difficile, tout le monde avait l'air de trouver cela si gentil de voir un si beau Vieillard avec une si petite fille que les personnes se dérangeaient pour donner leurs places. Mon oncle qui se trouvait au banc des marguilliers se réjouissait de nous voir arriver, il disait que j'étais son petit A 17v rayon de Soleil... Moi je ne m'inquiétais guère d'être regardée, écoutant bien attentivement les sermons auxquels cependant je ne comprenais pas grand'chose ; le premier que je compris et qui me toucha profondément fut un sermon sur la Passion prêché par Mr Ducellier et depuis je compris tous les autres sermons. Quand le prédicateur parlait de Ste Thérèse, papa se penchait et me disait tout bas : «Écoute bien, ma petite reine, on parle de ta Ste Patronne.» J'écoutais bien en effet, mais je regardais papa plus souvent que le prédicateur, sa belle figure me disait tant de choses !... Parfois ses yeux se remplissaient de larmes qu'il s'efforçait en vain de retenir, il semblait déjà ne plus tenir à la terre, tant son âme aimait à se plonger dans les vérités éternelles... Cependant sa course était bien loin d'être achevée, de longues années devaient s'écouler avant que le beau Ciel s'ouvrît à ses yeux ravis et que le Seigneur essuyât les larmes de son bon et fidèle serviteur !...
As festas! ah! se as grandes eram raras, cada semana trazia de volta uma bem querida ao meu coração: «O Domingo!» Que dia, o do Domingo!... Era a festa do Bom Deus, a festa do repouso. Primeiro, eu ficava na caminha mais tempo que nos outros dias, e depois mamãe Paulina mimava a sua filhinha, levando-lhe o chocolate na caminha, em seguida a vestia como uma rainhazinha... Madrinha vinha frisar afilhada, que nem sempre era boazinha quando lhe puxavam os cabelos, mas depois ficava muito contente de ir dar a mão ao seu Rei, que, nesse dia, a beijava ainda mais ternamente que de costume, depois toda a família partia para a Missa. Durante todo o caminho, e até na igreja, a pequena «Rainha do Papai» lhe dava a mão, o seu lugar era ao lado dele, e, quando éramos obrigados a descer para o sermão, era preciso encontrar ainda duas cadeiras uma ao lado da outra. Não era muito difícil, todo mundo parecia achar tão bonito ver um Ancião tão belo com uma menina tão pequena que as pessoas se incomodavam para ceder os seus lugares. Meu tio, que estava no banco dos fabriqueiros, alegrava-se de nos ver chegar, dizia que eu era o seu pequeno A 17v raio de Sol... Eu pouco me importava de ser olhada, escutando bem atentamente os sermões, dos quais, no entanto, não compreendia grande coisa; o primeiro que compreendi e que me tocou profundamente foi um sermão sobre a Paixão pregado pelo padre Ducellier, e desde então compreendi todos os outros sermões. Quando o pregador falava de Santa Teresa, papai se inclinava e me dizia baixinho: «Escuta bem, minha rainhazinha, estão falando da tua Santa Padroeira.» Eu escutava bem, de fato, mas olhava para papai mais vezes que para o pregador, seu belo rosto me dizia tantas coisas!... Às vezes seus olhos se enchiam de lágrimas que ele se esforçava em vão por conter, parecia já não estar preso à terra, tanto a sua alma gostava de mergulhar nas verdades eternas... No entanto a sua carreira estava bem longe de terminar, longos anos deviam passar antes que o belo Céu se abrisse a seus olhos encantados e que o Senhor enxugasse as lágrimas do seu bom e fiel servo!...
Mais je reviens à ma journée du Dimanche. Cette joyeuse journée qui passait si rapidement avait bien sa teinte de mélancolie. Je me souviens que mon bonheur était sans mélange jusqu'à complies ; pendant cet office, je pensais que le jour du repos allait finir... que le lendemain il faudrait recommencer la vie, travailler, apprendre des leçons, et mon coeur sentait l'exil de la terre... je soupirais après le repos éternel du Ciel, le Dimanche sans couchant de la Patrie !... Il n'est pas jusqu'aux promenades que nous faisions avant de rentrer aux Buissonnets qui ne laissaient un sentiment de tristesse dans mon âme ; alors la famille n'était plus au complet puisque pour faire plaisir à mon Oncle, Papa lui laissait le soir de chaque Dimanche Marie ou Pauline ; A 18r seulement j'étais bien contente quand je restais aussi. J'aimais mieux cela que d'être invitée toute seule parce qu'on faisait moins attention à moi. Mon plus grand plaisir était d'écouter tout ce que mon Oncle disait, mais je n'aimais pas qu'il m'interroge et j'avais bien peur quand il me mettait sur un seul de ses genoux en chantant Barbe-bleue d'une voix formidable... C'était avec plaisir que je voyais Papa venir nous chercher. En revenant je regardais les étoiles qui scintillaient doucement et cette vue me ravissait... Il y avait surtout un groupe de perles d'or que je remarquais avec joie trouvant qu'il avait la forme d'un T (voici à peu près sa forme ), je le faisais voir à Papa en lui disant que mon nom était écrit dans le Ciel et puis ne voulant rien voir de la vilaine terre, je lui demandais de me conduire ; alors sans regarder où je posais les pieds, je mettais ma petite tête bien en l'air ne me lassant pas de contempler l'azur étoilé !...
Mas volto ao meu dia de Domingo. Esse dia alegre, que passava tão depressa, tinha lá o seu matiz de melancolia. Lembro-me de que a minha felicidade era sem mistura até as completas; durante esse ofício, eu pensava que o dia do repouso ia acabar... que no dia seguinte seria preciso recomeçar a vida, trabalhar, aprender lições, e o meu coração sentia o exílio da terra... eu suspirava pelo repouso eterno do Céu, o Domingo sem ocaso da Pátria!... Até os passeios que fazíamos antes de voltar aos Buissonnets deixavam um sentimento de tristeza na minha alma; então a família já não estava completa, pois, para agradar a meu Tio, Papai lhe deixava, na noite de cada Domingo, Maria ou Paulina; A 18r só que eu me sentia bem contente quando também ficava. Preferia isso a ser convidada sozinha, porque prestavam menos atenção em mim. Meu maior prazer era escutar tudo o que meu Tio dizia, mas eu não gostava que ele me fizesse perguntas e tinha muito medo quando ele me punha sobre um só dos seus joelhos, cantando o Barba-Azul com uma voz formidável... Era com prazer que eu via Papai vir buscar-nos. Na volta, eu olhava as estrelas que cintilavam docemente, e essa vista me encantava... Havia sobretudo um grupo de pérolas de ouro que eu notava com alegria, achando que tinha a forma de um T (eis mais ou menos a sua forma), eu o mostrava a Papai, dizendo-lhe que o meu nome estava escrito no Céu, e depois, não querendo ver nada da feia terra, pedia-lhe que me conduzisse; então, sem olhar onde punha os pés, eu levantava bem a minha cabecinha para o ar, sem me cansar de contemplar o azul estrelado!...
Que pourrai-je dire des veillées d'hiver, surtout celles du Dimanche ? Ah ! qu'il m'était doux après la partie de damier de m'asseoir avec Céline sur les genoux de Papa... De sa belle voix, il chantait des airs remplissant l'âme de pensées profondes... ou bien, nous berçant doucement, il récitait des poésies empreintes des vérités éternelles... Ensuite nous montions pour faire la prière en commun et la petite reine était toute seule auprès de son Roi, n'ayant qu'à le regarder pour savoir comment prient les Saints... A la fin, nous venions toutes par rang d'âge dire bonsoir à papa et recevoir un baiser ; la reine venait naturellement la dernière, le roi, pour l'embrasser, la A 18v prenait par les coudes et celle-ci s'écriait bien haut : «Bonsoir Papa, bonne nuit, dors bien», c'était tous les soirs la même répétition... Ensuite ma petite maman me prenait entre ses bras et m'emportait dans le lit de Céline, alors je disais : «Pauline, est-ce que j'ai été bien mignonne aujourd'hui?... Est-ce que les petits anges vont voler autour de moi?» Toujours la réponse était oui, autrement j'aurais passé la nuit tout entière à pleurer... Après m'avoir embrassée ainsi que ma chère marraine, Pauline redescendait et la pauvre petite Thérèse restait toute seule dans l'obscurité ; elle avait beau se représenter les petits anges volant autour d'elle, la frayeur la gagnait bientôt, les ténèbres lui faisaient peur, car elle ne voyait pas de son lit les étoiles qui scintillaient doucement...
Que poderei dizer dos serões de inverno, sobretudo os de Domingo? Ah! como me era doce, depois da partida de damas, sentar-me com Celina nos joelhos de Papai... Com sua bela voz, ele cantava árias que enchiam a alma de pensamentos profundos... ou então, embalando-nos docemente, recitava poesias impregnadas das verdades eternas... Depois subíamos para fazer a oração em comum, e a rainhazinha ficava sozinha junto do seu Rei, bastando-lhe olhar para ele para saber como rezam os Santos... No fim, vínhamos todas por ordem de idade dar boa-noite a papai e receber um beijo; a rainha vinha naturalmente por último, o rei, para beijá-la, A 18v tomava-a pelos cotovelos, e ela exclamava bem alto: «Boa noite, Papai, boa noite, dorme bem», era todas as noites a mesma repetição... Depois a minha mamãezinha me tomava nos braços e me levava para a cama de Celina, então eu dizia: «Paulina, eu fui bem boazinha hoje?... Os anjinhos vão voar ao meu redor?» A resposta era sempre sim, do contrário eu teria passado a noite inteira chorando... Depois de me beijar, assim como a minha querida madrinha, Paulina descia de novo, e a pobre pequena Teresa ficava sozinha na escuridão; por mais que imaginasse os anjinhos voando ao seu redor, o pavor logo a dominava, as trevas lhe davam medo, pois ela não via da cama as estrelas que cintilavam docemente...
Je regarde comme une vraie grâce d'avoir été habituée par vous, ma Mère chérie, à surmonter mes frayeurs ; parfois vous m'envoyiez seule, le soir, chercher un objet dans une chambre éloignée ; si je n'avais pas été si bien dirigée je serais devenue très peureuse, au lieu que maintenant je suis vraiment difficile à effrayer... Je me demande parfois comment vous avez pu m'élever avec tant d'amour et de délicatesse sans me gâter, car il est vrai que vous ne me passiez pas une seule imperfection, jamais vous ne me faisiez de reproche sans sujet, mais jamais vous ne reveniez sur une chose que vous aviez décidée ; je le savais si bien que je n'aurais pas pu ni voulu faire un pas si vous me l'aviez défendu. Papa lui-même était obligé de se conformer à votre volonté, sans le consentement de Pauline je n'allais pas me promener et quand Papa me disait de venir je répondais : «Pauline ne veut pas» A 19r alors il venait demander ma grâce, quelquefois pour lui faire plaisir Pauline disait oui, mais la petite Thérèse voyait bien à son air que ce n'était pas de bon coeur, elle se mettait à pleurer sans accepter de consolations jusqu'à ce que Pauline dise oui et l'embrasse de bon coeur !
Considero uma verdadeira graça ter sido acostumada por vós, minha Madre querida, a vencer os meus medos; às vezes me mandáveis sozinha, à noite, buscar um objeto num quarto afastado; se eu não tivesse sido tão bem dirigida, teria ficado muito medrosa, ao passo que agora sou verdadeiramente difícil de assustar... Pergunto-me às vezes como pudestes educar-me com tanto amor e delicadeza sem me mimar, pois é verdade que não me deixáveis passar uma só imperfeição, nunca me repreendíeis sem motivo, mas nunca voltáveis atrás numa coisa que tínheis decidido; eu sabia disso tão bem que não teria podido nem querido dar um passo se vós o tivésseis proibido. O próprio Papai era obrigado a conformar-se à vossa vontade, sem o consentimento de Paulina eu não ia passear, e, quando Papai me dizia que viesse, eu respondia: «Paulina não quer» A 19r então ele vinha pedir a minha graça, às vezes, para lhe agradar, Paulina dizia sim, mas a pequena Teresa via bem pelo seu ar que não era de coração, punha-se a chorar sem aceitar consolo, até que Paulina dissesse sim e a beijasse de coração!
Lorsque la petite Thérèse était malade, ce qui lui arrivait tous les hivers, il n'est pas possible de dire avec quelle tendresse maternelle elle était soignée. Pauline la faisait coucher dans son lit (faveur incomparable) et puis elle lui donnait tout ce dont elle avait envie. Un jour Pauline tira de dessous le traversin un joli petit couteau à elle et le donnant à sa petite fille la laissa plongée dans un ravissement qui ne peut se décrire : «Ah! Pauline, s'écria-t-elle, tu m'aimes donc bien que tu te prives pour moi de ton joli petit couteau qui a une étoile en nacre?... Mais puisque tu m'aimes tant, ferais-tu bien le sacrifice de ta montre pour m'empêcher de mourir?...» «Non seulement pour t'empêcher de mourir, je donnerais ma montre, mais seulement pour te voir bientôt guérie j'en ferais tout de suite le sacrifice.» En écoutant ces paroles de Pauline, mon étonnement et ma reconnaissance étaient si grands que je ne puis les exprimer... En été j'avais quelquefois mal au coeur. Pauline me soignait encore avec tendresse ; pour m'amuser, ce qui était le meilleur de tous les remèdes, elle me promenait en brouette tout autour du jardin et puis, me faisant descendre, elle mettait à ma place un joli petit pied de pâquerettes qu'elle promenait avec bien de la précaution jusqu'à mon jardin où il prenait place en grande pompe...
Quando a pequena Teresa ficava doente, o que lhe acontecia todos os invernos, não é possível dizer com que ternura materna era tratada. Paulina a fazia deitar-se na sua cama (favor incomparável) e depois lhe dava tudo o que ela desejava. Um dia Paulina tirou de debaixo do travesseiro um lindo canivetinho seu e, dando-o à sua filhinha, deixou-a mergulhada num enlevo que não se pode descrever: «Ah! Paulina, exclamou ela, tu me amas então muito, para te privares por mim do teu lindo canivetinho que tem uma estrela de madrepérola?... Mas, já que me amas tanto, farias mesmo o sacrifício do teu relógio para me impedir de morrer?...» «Não só para te impedir de morrer eu daria o meu relógio, mas, só para te ver logo curada, eu faria imediatamente esse sacrifício.» Ouvindo essas palavras de Paulina, meu espanto e minha gratidão eram tão grandes que não os posso exprimir... No verão, eu tinha às vezes enjoos. Paulina ainda cuidava de mim com ternura; para me distrair, o que era o melhor de todos os remédios, levava-me de carrinho de mão por todo o jardim e depois, fazendo-me descer, punha no meu lugar um lindo pezinho de margaridas, que ela levava com muita precaução até o meu jardim, onde ele tomava lugar com grande pompa...
C'était Pauline qui recevait toutes mes confidences intimes, qui éclaircissait tous mes doutes... Une fois je m'étonnais de ce que le Bon Dieu ne A 19v donne pas une gloire égale dans le Ciel à tous les élus, et j'avais peur que tous ne soient pas heureux ; alors Pauline me dit d'aller chercher le grand «verre à Papa» et de le mettre à côté de mon tout petit dé, puis de les remplir d'eau, ensuite elle me demanda lequel était le plus plein. Je lui dis qu'ils étaient aussi pleins l'un que l'autre et qu'il était impossible de mettre plus d'eau qu'ils n'en pouvaient contenir. Ma Mère chérie me fit alors comprendre qu'au Ciel le Bon Dieu donnerait à ses élus autant de gloire qu'ils en pourraient porter et qu'ainsi le dernier n'aurait rien à envier au premier. C'était ainsi que mettant à ma portée les plus sublimes secrets, vous saviez, ma Mère donner à mon âme la nourriture qui lui était nécessaire...
Era Paulina quem recebia todas as minhas confidências íntimas, quem esclarecia todas as minhas dúvidas... Uma vez eu me admirava de que o Bom Deus não A 19v desse uma glória igual no Céu a todos os eleitos, e tinha medo de que nem todos fossem felizes; então Paulina me disse que fosse buscar o grande «copo do Papai» e o pusesse ao lado do meu dedalzinho, depois que os enchesse de água, em seguida perguntou-me qual estava mais cheio. Eu lhe disse que estavam tão cheios um como o outro e que era impossível pôr mais água do que podiam conter. Minha Madre querida me fez então compreender que no Céu o Bom Deus daria aos seus eleitos tanta glória quanto pudessem comportar, e que assim o último nada teria a invejar ao primeiro. Era assim que, pondo ao meu alcance os mais sublimes segredos, vós sabíeis, minha Madre, dar à minha alma o alimento de que ela precisava...
Avec quelle joie je voyais chaque année arriver la distribution des prix !... Là comme toujours, la justice était gardée et je n'avais que les récompenses méritées ; toute seule, debout au milieu de la noble assemblée, j'écoutais ma sentence lue par «le Roi de France et de Navarre» ; le coeur me battait bien fort en recevant les prix et la couronne... c'était pour moi comme une image du jugement !... Aussitôt après la distribution, la petite Reine quittait sa robe blanche, puis on se dépêchait de la déguiser afin qu'elle prenne part à la grande représentation !...
Com que alegria eu via chegar todos os anos a distribuição dos prêmios!... Ali, como sempre, a justiça era observada, e eu só recebia as recompensas merecidas; sozinha, de pé no meio da nobre assembleia, eu escutava a minha sentença lida pelo «Rei de França e de Navarra»; o coração me batia bem forte ao receber os prêmios e a coroa... era para mim como uma imagem do juízo!... Logo depois da distribuição, a Rainhazinha tirava o seu vestido branco, depois se apressavam a fantasiá-la para que tomasse parte na grande representação!...
Ah ! comme elles étaient joyeuses ces fêtes de famille... Comme j'étais loin alors en voyant mon Roi chéri si radieux, de prévoir les épreuves qui devaient le visiter !...
Ah! como eram alegres essas festas de família... Como eu estava longe então, vendo o meu Rei querido tão radiante, de prever as provações que o haviam de visitar!...
Un jour cependant, le Bon Dieu me montra dans une vision vraiment extraordinaire, l'image vivante de l'épreuve qu'Il se plaisait à nous préparer d'avance.
Um dia, porém, o Bom Deus me mostrou, numa visão verdadeiramente extraordinária, a imagem viva da provação que Ele se comprazia em nos preparar de antemão.
Papa était en voyage depuis plusieurs jours, il devait encore s'en écouler deux A 20r avant son retour. Il pouvait être deux ou trois heures de l'après-midi, le soleil brillait d'un vif éclat et toute la nature semblait en fête. Je me trouvais seule à la fenêtre d'une mansarde donnant sur le grand jardin ; je regardais devant moi, l'esprit occupé de pensées riantes, quand je vis, devant la buanderie qui se trouvait juste en face, un homme vêtu absolument comme Papa, ayant la même taille et la même démarche, seulement il était beaucoup plus courbé... Sa tête était couverte d'une espèce de tablier de couleur indécise en sorte que je ne pus voir son visage. Il portait un chapeau semblable à ceux de Papa. Je le vis s'avancer d'un pas régulier, longeant mon petit jardin... Aussitôt un sentiment de frayeur surnaturelle envahit mon âme, mais en un instant je réfléchis que sans doute Papa était de retour et qu'il se cachait afin de me surprendre ; alors j'appelai bien haut d'une voix tremblante d'émotion : «Papa, Papa!...» Mais le mystérieux personnage ne paraissant pas m'entendre, continua sa marche régulière sans même se détourner ; le suivant des yeux, je le vis se diriger vers le bosquet qui coupait la grande allée en deux, je m'attendais à le voir reparaître de l'autre côté des grands arbres, mais la vision prophétique s'était évanouie !... Tout ceci ne dura qu'un instant, mais se grava si profondément en mon coeur qu'aujourd'hui, après 15 ans... le souvenir m'en est aussi présent que si la vison était encore devant mes yeux...
Papai estava em viagem havia vários dias, deviam passar-se ainda dois A 20r antes da sua volta. Podiam ser duas ou três horas da tarde, o sol brilhava com vivo esplendor e toda a natureza parecia em festa. Eu estava sozinha à janela de uma água-furtada que dava para o grande jardim; olhava para a frente, com o espírito ocupado de pensamentos risonhos, quando vi, diante da lavanderia que ficava bem em frente, um homem vestido exatamente como Papai, com a mesma estatura e o mesmo andar, só que muito mais curvado... Sua cabeça estava coberta com uma espécie de avental de cor indefinida, de modo que não pude ver o seu rosto. Usava um chapéu semelhante aos de Papai. Vi-o avançar com passo regular, ao longo do meu jardinzinho... Imediatamente um sentimento de pavor sobrenatural invadiu a minha alma, mas num instante refleti que sem dúvida Papai estava de volta e se escondia para me fazer uma surpresa; então chamei bem alto, com uma voz trêmula de emoção: «Papai, Papai!...» Mas o misterioso personagem, parecendo não me ouvir, continuou a sua marcha regular, sem sequer se voltar; seguindo-o com os olhos, vi-o dirigir-se para o arvoredo que cortava em dois a grande alameda, eu esperava vê-lo reaparecer do outro lado das grandes árvores, mas a visão profética se desvanecera!... Tudo isso durou apenas um instante, mas gravou-se tão profundamente em meu coração que hoje, depois de 15 anos... a lembrança me é tão presente como se a visão estivesse ainda diante dos meus olhos...
Marie était avec vous, ma Mère, dans une chambre communiquant avec celle où je me trouvais ; m'entendant appeler Papa, elle ressentit une impression de frayeur, sentant, m'a-t-elle dit depuis, qu'il devait se passer quelque chose d'extraordinaire ; sans me laisser voir son émotion elle accourut auprès de moi, me demandant ce qui me prenait d'appeler Papa qui était à Alençon ; je A 20v racontai alors ce que je venais de voir. Pour me rassurer, Marie me dit que c'était sans doute Victoire qui pour me faire peur s'était caché la tête avec son tablier, mais interrogée, Victoire assura n'avoir pas quitté sa cuisine ; d'ailleurs, j'étais bien sûre d'avoir vu un homme et que cet homme avait la tournure de Papa, alors nous allâmes toutes les trois derrière le massif d'arbres, mais n'ayant trouvé aucune marque indiquant le passage de quelqu'un, vous m'avez dit de ne plus penser à cela...
Maria estava convosco, minha Madre, num quarto que se comunicava com aquele em que eu me encontrava; ouvindo-me chamar Papai, sentiu uma impressão de pavor, sentindo, como me disse depois, que alguma coisa extraordinária devia estar acontecendo; sem me deixar ver a sua emoção, acorreu para junto de mim, perguntando-me que ideia era aquela de chamar Papai, que estava em Alençon; eu A 20v contei então o que acabava de ver. Para me tranquilizar, Maria me disse que era sem dúvida Vitória que, para me fazer medo, tinha escondido a cabeça com o avental, mas, interrogada, Vitória garantiu não ter saído da sua cozinha; aliás, eu estava bem certa de ter visto um homem e de que esse homem tinha o porte de Papai, então fomos as três para trás do maciço de árvores, mas, não tendo encontrado nenhum sinal que indicasse a passagem de alguém, vós me dissestes que não pensasse mais nisso...
Ne plus y penser n'était pas en mon pouvoir, bien souvent mon imagination me représenta la scène mystérieuse que j'avais vue... bien souvent j'ai cherché à lever le voile qui m'en dérobait le sens, car j'en gardai au fond du coeur la conviction intime, cette vision avait un sens qui devait m'être révélé un jour... Ce jour s'est fait longtemps attendre mais après 14 ans le Bon Dieu a lui-même déchiré le voile mystérieux.
Não pensar mais nisso não estava em meu poder, muitas vezes a minha imaginação me representou a cena misteriosa que eu tinha visto... muitas vezes procurei levantar o véu que me ocultava o seu sentido, pois guardei no fundo do coração a convicção íntima, essa visão tinha um sentido que um dia me devia ser revelado... Esse dia se fez esperar muito tempo, mas, depois de 14 anos, o próprio Bom Deus rasgou o véu misterioso.
Etant en licence avec Sr Marie du Sacré-Coeur, nous parlions comme toujours des choses de l'autre vie et de nos souvenirs d'enfance, quand je lui rappelai la vision que j'avais eue à l'âge de 6 à 7 ans ; tout à coup, en rapportant les détails de cette scène étrange, nous comprîmes en même temps ce qu'elle signifiait... C'était bien Papa que j'avais vu, s'avançant courbé par l'âge... C'était bien lui, portant sur son visage vénérable, sur sa tête blanchie, le signe de sa glorieuse épreuve... Comme la Face Adorable de Jésus qui fut voilée pendant sa Passion, ainsi la face de son fidèle serviteur devait être voilée aux jours de ses douleurs, afin de pouvoir rayonner dans la Céleste Patrie auprès de son Seigneur, le Verbe Éternel !... C'est du sein de cette gloire ineffable, alors qu'il régnait dans le Ciel, que notre Père chéri nous a obtenu la grâce de comprendre la vision A 21r que sa petite reine avait eue à un âge où l'illusion n'est pas à craindre. C'est du sein de la gloire qu'il nous a obtenu cette douce consolation de comprendre que 10 ans avant notre grande épreuve le Bon Dieu nous la montrait déjà, comme un Père fait entrevoir à ses enfants l'avenir glorieux qu'il leur prépare et se complaît à considérer d'avance les richesses sans prix qui doivent être leur partage...
Estando em licença com a Irmã Maria do Sagrado Coração, falávamos como sempre das coisas da outra vida e das nossas lembranças de infância, quando lhe recordei a visão que eu tivera com a idade de 6 a 7 anos; de repente, ao relatar os pormenores dessa cena estranha, compreendemos ao mesmo tempo o que ela significava... Era mesmo Papai que eu tinha visto, avançando curvado pela idade... Era mesmo ele, trazendo no rosto venerável, na cabeça embranquecida, o sinal da sua gloriosa provação... Como a Face Adorável de Jesus, que foi velada durante a sua Paixão, assim a face do seu fiel servo devia ser velada nos dias das suas dores, a fim de poder resplandecer na Celeste Pátria junto do seu Senhor, o Verbo Eterno!... Foi do seio dessa glória inefável, quando reinava no Céu, que o nosso Pai querido nos obteve a graça de compreender a visão A 21r que a sua rainhazinha tivera numa idade em que não há que temer a ilusão. Foi do seio da glória que ele nos obteve esta doce consolação de compreender que, 10 anos antes da nossa grande provação, o Bom Deus já no-la mostrava, como um Pai faz entrever a seus filhos o futuro glorioso que lhes prepara e se compraz em considerar de antemão as riquezas sem preço que devem ser o seu quinhão...
Ah ! pourquoi est-ce à moi que le Bon Dieu a donné cette lumière ? Pourquoi a-t-il montré à une enfant si petite une chose qu'elle ne pouvait comprendre, une chose qui, si elle l'avait comprise, l'aurait fait mourir de douleur, pourquoi ?... C'est là un de ces mystères que sans doute nous comprendrons dans le Ciel et qui fera notre éternelle admiration !...
Ah! por que foi a mim que o Bom Deus deu essa luz? Por que mostrou a uma criança tão pequena uma coisa que ela não podia compreender, uma coisa que, se ela a tivesse compreendido, a teria feito morrer de dor, por quê?... É esse um daqueles mistérios que sem dúvida compreenderemos no Céu e que será a nossa eterna admiração!...
Que le Bon Dieu est bon !... comme il proportionne les épreuves aux forces qu'Il nous donne. Jamais, comme je viens de le dire, je n'aurais pu supporter même la pensée des peines amères que l'avenir me réservait... Je ne pouvais pas même penser sans frémir que Papa pouvait mourir... Une fois il était monté sur le haut d'une échelle et comme je restais juste dessous il me cria : «Éloigne-toi paup'tit, si je tombe je vais t'écraser.» En entendant cela, je ressentis une révolte intérieure, au lieu de m'éloigner je me collai contre l'échelle en pensant : «Au moins si Papa tombe, je ne vais pas avoir la douleur de le voir mourir, puisque je vais mourir avec lui!» Je ne puis dire ce que j'aimais Papa, tout en lui me causait de l'admiration ; quand il m'expliquait ses pensées (comme si j'avais été une grande fille) je lui disais naïvement que bien sûr, s'il disait A 21v tout cela aux grands hommes du gouvernement, ils le prendraient pour le faire Roi et qu'alors la France serait heureuse comme elle ne l'avait jamais été... Mais dans le fond j'étais contente (et me le reprochais comme une pensée d'égoïsme) qu'il n'y ait que moi à bien connaître Papa, car s'il était devenu Roi de France et de Navarre je savais qu'il aurait été malheureux puisque c'est le sort de tous les monarques et surtout il n'aurait plus été mon Roi à moi toute seule !...
Como o Bom Deus é bom!... como proporciona as provações às forças que Ele nos dá. Nunca, como acabo de dizer, eu teria podido suportar nem sequer o pensamento das penas amargas que o futuro me reservava... Eu não podia nem pensar sem estremecer que Papai podia morrer... Uma vez ele tinha subido ao alto de uma escada e, como eu ficasse bem embaixo, gritou-me: «Afasta-te, pobrezinha, se eu cair vou te esmagar.» Ouvindo isso, senti uma revolta interior, em vez de me afastar, colei-me à escada, pensando: «Pelo menos, se Papai cair, não vou ter a dor de vê-lo morrer, já que vou morrer com ele!» Não posso dizer quanto eu amava Papai, tudo nele me causava admiração; quando ele me explicava os seus pensamentos (como se eu fosse uma menina grande), eu lhe dizia ingenuamente que com certeza, se ele dissesse A 21v tudo aquilo aos grandes homens do governo, eles o tomariam para fazê-lo Rei e que então a França seria feliz como nunca tinha sido... Mas no fundo eu estava contente (e me censurava por isso como por um pensamento de egoísmo) de que só eu conhecesse bem Papai, pois, se ele se tornasse Rei de França e de Navarra, eu sabia que seria infeliz, já que essa é a sorte de todos os monarcas, e sobretudo já não seria o meu Rei, só meu!...
J'avais six ou 7 ans lorsque Papa nous conduisit à Trouville. Jamais je n'oublierai l'impression que me fit la mer, je ne pouvais m'empêcher de la regarder sans cesse ; sa majesté, le mugissement de ses flots, tout parlait à mon âme de la Grandeur et de la Puissance du Bon Dieu. Je me rappelle que pendant la promenade que nous faisions sur la plage, un Mr et une Dame me regardèrent courant joyeusement autour de Papa et s'approchant, ils lui demandèrent si j'étais à lui, et dirent que j'étais une bien gentille petite fille. Papa leur répondit que oui, mais je m'aperçus qu'il leur fit signe de ne pas me faire de compliments... C'était la première fois que j'entendais dire que j'étais gentille, cela me fit bien plaisir, car je ne le croyais pas ; vous faisiez une si grande attention, ma Mère chérie, à ne laisser auprès de moi aucune chose qui pût ternir mon innocence, à ne me laisser surtout entendre aucune parole capable de faire glisser la vanité dans mon coeur. Comme je ne faisais attention qu'à vos paroles et à celles de Marie (et jamais vous ne m'aviez adressé un seul compliment), je n'attachai pas beaucoup d'importance aux paroles et aux regards admiratifs de la dame.
Eu tinha seis ou 7 anos quando Papai nos levou a Trouville. Nunca esquecerei a impressão que me causou o mar, eu não conseguia deixar de olhá-lo sem cessar; a sua majestade, o mugido das suas ondas, tudo falava à minha alma da Grandeza e do Poder do Bom Deus. Lembro-me de que, durante o passeio que fazíamos na praia, um Senhor e uma Senhora me olharam enquanto eu corria alegremente ao redor de Papai e, aproximando-se, perguntaram-lhe se eu era dele, e disseram que eu era uma menina muito bonitinha. Papai lhes respondeu que sim, mas percebi que lhes fez sinal para não me fazerem elogios... Era a primeira vez que eu ouvia dizer que era bonitinha, isso me deu muito prazer, pois eu não acreditava nisso; vós tínheis tão grande cuidado, minha Madre querida, em não deixar junto de mim coisa alguma que pudesse empanar a minha inocência, e sobretudo em não me deixar ouvir nenhuma palavra capaz de fazer insinuar-se a vaidade em meu coração. Como eu só prestava atenção às vossas palavras e às de Maria (e vós nunca me tínheis dirigido um só elogio), não dei muita importância às palavras e aos olhares admirativos da senhora.
A 22r Le soir, à l'heure où le soleil semble se baigner dans l'immensité des flots laissant devant lui un sillon lumineux, j'allai m'asseoir toute seule sur un rocher avec Pauline... Alors je me rappelai la touchante histoire «Du sillon d'or!...» Je contemplai longtemps ce sillon lumineux, image de la grâce illuminant le chemin que doit parcourir le petit vaisseau à la gracieuse voile blanche... Près de Pauline, je pris la résolution de ne jamais éloigner mon âme du regard de Jésus, afin qu'elle vogue en paix vers la Patrie des Cieux !...
A 22r Ao entardecer, na hora em que o sol parece banhar-se na imensidão das ondas, deixando diante de si um sulco luminoso, fui sentar-me sozinha num rochedo com Paulina... Então me lembrei da comovente história «Do sulco de ouro!...» Contemplei longamente aquele sulco luminoso, imagem da graça iluminando o caminho que deve percorrer o barquinho de graciosa vela branca... Junto de Paulina, tomei a resolução de nunca afastar a minha alma do olhar de Jesus, a fim de que ela navegue em paz para a Pátria dos Céus!...
Ma vie s'écoulait tranquille et heureuse, l'affection dont j'étais entourée aux Buissonnets me faisait pour ainsi dire grandir, mais j'étais sans doute assez grande pour commencer à lutter, pour commencer à connaître le monde et les misères dont il est rempli...
Minha vida corria tranquila e feliz, o afeto de que eu era cercada nos Buissonnets me fazia, por assim dizer, crescer, mas sem dúvida eu já era bastante grande para começar a lutar, para começar a conhecer o mundo e as misérias de que ele está cheio...
J'avais huit ans et demi lorsque Léonie sortit de pension et je la remplaçai à l'Abbaye. J'ai souvent entendu dire que le temps passé au pensionnat est le meilleur et le plus doux de la vie, il n'en fut pas ainsi pour moi, les cinq années que j'y passai furent les plus tristes de ma vie ; si je n'avais pas eu avec moi ma Céline chérie, je n'aurais pas pu y rester un seul mois sans tomber malade... La pauvre petite fleur avait été habituée à plonger ses fragiles racines dans une terre choisie, faite exprès pour elle, aussi lui sembla-t-il bien dur de se voir au milieu de fleurs de toute espèce, aux racines souvent bien peu délicates, et d'être obligée de trouver dans une terre commune le suc nécessaire à sa subsistance !...
Eu tinha oito anos e meio quando Leônia saiu do pensionato e eu a substituí na Abadia. Ouvi dizer muitas vezes que o tempo passado no pensionato é o melhor e o mais doce da vida, para mim não foi assim, os cinco anos que lá passei foram os mais tristes da minha vida; se eu não tivesse tido comigo a minha Celina querida, não teria podido ficar lá um só mês sem cair doente... A pobre florzinha tinha sido acostumada a mergulhar as suas frágeis raízes numa terra escolhida, feita de propósito para ela, por isso pareceu-lhe bem duro ver-se no meio de flores de toda espécie, de raízes muitas vezes bem pouco delicadas, e ser obrigada a encontrar numa terra comum a seiva necessária à sua subsistência!...
Vous m'aviez si bien instruite, ma Mère chérie, qu'en arrivant en pension j'étais la plus avancée des enfants de mon âge ; je fus placée dans A 22v une classe d'élèves toutes plus grandes que moi, l'une d'elles âgée de 13 à 14 ans était peu intelligente, mais savait cependant en imposer aux élèves et même aux maîtresses. Me voyant si jeune, presque toujours la première de ma classe et chérie de toutes les religieuses, elle en éprouva sans doute une jalousie bien pardonnable à une pensionnaire et me fit payer de mille manières mes petits succès...
Vós me tínheis instruído tão bem, minha Madre querida, que, ao chegar ao pensionato, eu era a mais adiantada das crianças da minha idade; fui posta numa A 22v classe de alunas todas maiores do que eu, uma delas, de 13 a 14 anos, era pouco inteligente, mas sabia, contudo, impor-se às alunas e até às mestras. Vendo-me tão nova, quase sempre a primeira da classe e querida de todas as religiosas, sentiu sem dúvida um ciúme bem perdoável numa pensionista e me fez pagar de mil maneiras os meus pequenos sucessos...
Avec ma nature timide et délicate, je ne savais pas me défendre et me contentais de pleurer sans rien dire, ne me plaignant pas même à vous de ce que je souffrais, mais je n'avais pas assez de vertu pour m'élever au-dessus de ces misères de la vie et mon pauvre petit coeur souffrait beaucoup... Heureusement chaque soir je retrouvais le foyer paternel, alors mon coeur s'épanouissait, je sautais sur les genoux de mon Roi, lui disant les notes qui m'avaient été données et son baiser me faisait oublier toutes mes peines... Avec quelle joie j'annonçai le résultat de ma 1ère composition (une composition d'H. Sainte), un seul point me manquait pour avoir le maximum, n'ayant pas su le nom du père de Moïse. J'étais donc la première et j'apportais une belle décoration d'argent. Pour me récompenser Papa me donna une jolie petite pièce de quatre sous que je plaçai dans une boîte et qui fut destinée à recevoir presque chaque Jeudi une nouvelle pièce, toujours de la même grandeur... (c'était dans cette boîte que j'allais puiser quand à certaines grandes fêtes je voulais faire une aumône de ma bourse à la quête, soit pour la propagation de la Foi ou autres oeuvres semblables). Pauline, ravie du succès de sa petite élève, lui fit cadeau d'un A 23r joli cerceau pour l'encourager à continuer d'être bien studieuse. La pauvre petite avait un réel besoin de ces joies de la famille, sans elles, la vie de pension lui aurait été trop dure.
Com a minha natureza tímida e delicada, eu não sabia defender-me e me contentava em chorar sem dizer nada, sem me queixar nem mesmo a vós do que sofria, mas não tinha virtude bastante para me elevar acima dessas misérias da vida, e o meu pobre coraçãozinho sofria muito... Felizmente, todas as noites eu reencontrava o lar paterno, então o meu coração desabrochava, eu saltava para os joelhos do meu Rei, dizendo-lhe as notas que me tinham dado, e o seu beijo me fazia esquecer todas as minhas penas... Com que alegria anunciei o resultado da minha 1.ª composição (uma composição de H. Sagrada), faltava-me um só ponto para ter a nota máxima, por não ter sabido o nome do pai de Moisés. Eu era, pois, a primeira e trazia uma bela condecoração de prata. Para me recompensar, Papai me deu uma linda moedinha de quatro tostões, que pus numa caixinha e que foi destinada a receber quase todas as quintas-feiras uma moeda nova, sempre do mesmo tamanho... (era dessa caixinha que eu ia tirar quando, em certas grandes festas, queria dar da minha bolsa uma esmola na coleta, fosse para a propagação da Fé, fosse para outras obras semelhantes). Paulina, encantada com o sucesso da sua pequena aluna, deu-lhe de presente um A 23r lindo arco, para animá-la a continuar bem estudiosa. A pobre pequena tinha real necessidade dessas alegrias da família, sem elas a vida de pensionato lhe teria sido dura demais.
L'après-midi de chaque Jeudi c'était congé, mais ce n'était pas comme les congés de Pauline, je n'étais pas dans le belvédère avec Papa... Il fallait jouer non pas avec ma Céline, ce qui me plaisait quand j'étais toute seule avec elle, mais avec mes petites cousines et les petites Maudelonde ; c'était pour moi une vraie peine, ne sachant pas jouer comme les autres enfants, je n'étais pas une compagne agréable, cependant je faisais de mon mieux pour imiter les autres sans y réussir et je m'ennuyais beaucoup, surtout quand il fallait passer tout une après-midi à danser des quadrilles. La seule chose qui me plaisait c'était d'aller au jardin de l'étoile, alors j'étais la première partout, cueillant les fleurs à profusion et sachant trouver les plus jolies j'excitais l'envie de mes petites compagnes...
A tarde de cada quinta-feira era de folga, mas não era como as folgas de Paulina, eu não ficava no belvedere com Papai... Era preciso brincar, não com a minha Celina, o que me agradava quando estava sozinha com ela, mas com as minhas priminhas e as meninas Maudelonde; era para mim uma verdadeira pena, não sabendo brincar como as outras crianças, eu não era uma companheira agradável, contudo fazia o melhor que podia para imitar as outras, sem conseguir, e me aborrecia muito, sobretudo quando era preciso passar uma tarde inteira dançando quadrilhas. A única coisa que me agradava era ir ao jardim da Estrela, então eu era a primeira em toda parte, colhendo flores em profusão, e, sabendo encontrar as mais bonitas, despertava a inveja das minhas pequenas companheiras...
Ce qui me plaisait encore c'était lorsque par hasard j'étais seule avec la petite Marie, n'ayant plus Céline Maudelonde pour l'entraîner à des jeux ordinaires, elle me laissait libre de choisir et je choisissais un jeu tout à fait nouveau. Marie et Thérèse devenaient deux solitaires n'ayant qu'une pauvre cabane, un petit champ de blé et quelques légumes à cultiver. Leur vie se passait dans une contemplation continuelle, c'est-à-dire que l'une des solitaires remplaçait l'autre à l'oraison lorsqu'il fallait s'occuper de la vie active. Tout se faisait avec une entente, un silence et des manières si religieuses que c'était parfait. Lorsque ma Tante venait nous chercher pour la promenade, notre jeu continuait même dans la rue. Les deux solitaires récitaient A 23v ensemble le chapelet, se servant de leurs doigts afin de ne pas montrer leur dévotion à l'indiscret public, cependant un jour le plus jeune solitaire s'oublia : ayant reçu un gâteau pour sa collation, il fit avant de le manger, un grand signe de croix, ce qui fit rire tous les profanes du siècle...
O que me agradava também era quando, por acaso, eu ficava sozinha com a pequena Maria, não tendo mais Celina Maudelonde para arrastá-la a brincadeiras comuns, ela me deixava livre para escolher, e eu escolhia uma brincadeira totalmente nova. Maria e Teresa tornavam-se dois solitários que só tinham uma pobre cabana, um pequeno campo de trigo e alguns legumes para cultivar. Sua vida se passava numa contemplação contínua, isto é, uma das solitárias substituía a outra na oração quando era preciso ocupar-se da vida ativa. Tudo se fazia com um entendimento, um silêncio e maneiras tão religiosas que era perfeito. Quando minha Tia vinha buscar-nos para o passeio, nossa brincadeira continuava até na rua. Os dois solitários rezavam A 23v juntos o terço, servindo-se dos dedos para não mostrar a sua devoção ao público indiscreto, no entanto um dia o solitário mais novo se esqueceu: tendo ganhado um bolo para o lanche, fez, antes de comê-lo, um grande sinal da cruz, o que fez rir todos os profanos do século...
Marie et moi étions toujours du même avis, nous avions si bien les mêmes goûts qu'une fois notre union de volontés passa les bornes. Revenant un soir de l'Abbaye, je dis à Marie : «Conduis-moi, je vais fermer les yeux.» «Je veux les fermer aussi, me répondit-elle.» Aussitôt dit, aussitôt fait, sans discuter chacune fit sa volonté... Nous étions sur un trottoir, il n'y avait pas à craindre les voitures ; après une agréable promenade de quelques minutes, ayant savouré les délices de marcher sans y voir, les deux petites étourdies tombèrent ensemble sur des caisses posées à la porte d'un magasin, ou plutôt elles les firent tomber. Le marchand sortit tout en colère pour relever sa marchandise, les deux aveugles volontaires s'étaient bien relevées toutes seules et marchaient à grand pas, les yeux grands ouverts, écoutant les justes reproches de Jeanne qui était aussi fâchée que le marchand !... Aussi pour nous punir, elle résolut de nous séparer et depuis ce jour Marie et Céline allèrent ensemble pendant que je fis route avec Jeanne. Cela mit fin à notre trop grande union de volonté et ce ne fut pas un mal pour les aînées qui au contraire n'étaient jamais du même avis et se disputaient tout le long du chemin. La paix fut ainsi complète.
Maria e eu éramos sempre da mesma opinião, tínhamos tanto os mesmos gostos que uma vez a nossa união de vontades passou dos limites. Voltando uma tarde da Abadia, eu disse a Maria: «Guia-me, vou fechar os olhos.» «Eu também quero fechá-los, respondeu-me ela.» Dito e feito, sem discutir, cada uma fez a sua vontade... Estávamos numa calçada, não havia que temer as carruagens; depois de um agradável passeio de alguns minutos, tendo saboreado as delícias de andar sem ver, as duas pequenas estouvadas caíram juntas sobre uns caixotes postos à porta de uma loja, ou antes, os fizeram cair. O comerciante saiu todo zangado para levantar a sua mercadoria, as duas cegas voluntárias tinham-se levantado muito bem sozinhas e andavam a passos largos, de olhos bem abertos, escutando as justas censuras de Joana, que estava tão zangada quanto o comerciante!... Por isso, para nos castigar, ela resolveu separar-nos, e desde esse dia Maria e Celina foram juntas, enquanto eu fazia o caminho com Joana. Isso pôs fim à nossa excessiva união de vontade, e não foi um mal para as mais velhas, que, ao contrário, nunca eram da mesma opinião e brigavam o caminho todo. A paz ficou assim completa.
Je n'ai rien dit encore de mes rapports intimes avec Céline, ah ! A 24r s'il me fallait tout raconter, je ne pourrais finir...
Ainda não disse nada da minha intimidade com Celina, ah! A 24r se eu tivesse de contar tudo, não poderia terminar...
A Lisieux les rôles avaient changé, c'était Céline qui était devenue un malin petit lutin et Thérèse n'était plus qu'une petite fille bien douce mais pleureuse à l'excès... Cela n'empêchait pas que Céline et Thérèse s'aimaient de plus en plus ; parfois il y avait quelques petites discussions mais ce n'était pas grave et dans le fond elle étaient toujours du même avis. Je puis dire que jamais ma petite soeur chérie ne m'a fait de peine, mais qu'elle a été pour moi comme un rayon de soleil, me réjouissant et me consolant toujours... Qui pourra dire avec quelle intrépidité elle me défendait à l'Abbaye lorsque j'étais accusée ?... Elle prenait tant soin de ma santé que cela m'ennuyait quelquefois. Ce qui ne m'ennuyait pas c'était de la regarder s'amuser ; elle rangeait toute la troupe de nos petites poupées et leur faisait la classe comme une habile maîtresse, seulement elle avait le soin que ses filles soient toujours sages au lieu que les miennes étaient souvent mises à la porte à cause de leur mauvaise conduite... Elle me disait toutes les choses nouvelles qu'elle venait d'apprendre dans sa classe, ce qui m'amusait beaucoup, et je la regardais comme un puits de science. J'avais reçu le titre de : «petite fille à Céline», aussi quand elle était fâchée contre moi, sa plus grande marque de mécontentement était de me dire : «Tu n'es plus ma petite fille, c'est fini, je m'en rappellerai toujours!...» Alors je n'avais plus qu'à pleurer comme une Madeleine, la suppliant de me regarder encore comme sa petite fille, bientôt elle m'embrassait et me promettait de ne plus se rappeler de rien !... Pour me consoler elle prenait une de ses poupées et lui A 24v disait : «Ma chérie, embrasse ta tante.» Une fois la poupée fut si empressée de m'embrasser tendrement qu'elle me passa ses deux petits bras dans le nez... Céline qui ne l'avait pas fait exprès me regardait stupéfaite, la poupée pendue au nez ; la tante ne fut pas longtemps à repousser les étreintes trop tendres de sa nièce et se mit à rire de tout son coeur d'une aussi singulière aventure.
Em Lisieux os papéis tinham mudado, era Celina que se tornara um diabrete travesso, e Teresa já não passava de uma menininha muito meiga, mas chorona em excesso... Isso não impedia que Celina e Teresa se amassem cada vez mais; às vezes havia algumas pequenas discussões, mas não era nada grave, e no fundo eram sempre da mesma opinião. Posso dizer que nunca minha irmãzinha querida me fez sofrer, mas que foi para mim como um raio de sol, sempre me alegrando e me consolando... Quem poderá dizer com que intrepidez ela me defendia na Abadia quando eu era acusada?... Cuidava tanto da minha saúde que isso às vezes me aborrecia. O que não me aborrecia era vê-la brincar; ela enfileirava toda a tropa das nossas bonequinhas e lhes dava aula como uma hábil mestra, só que tinha o cuidado de que as suas filhas fossem sempre comportadas, ao passo que as minhas eram muitas vezes postas para fora da sala por causa do seu mau comportamento... Contava-me todas as coisas novas que acabava de aprender na aula, o que me divertia muito, e eu a considerava um poço de ciência. Eu tinha recebido o título de: «filhinha da Celina», por isso, quando ela estava zangada comigo, a sua maior demonstração de descontentamento era dizer-me: «Tu não és mais minha filhinha, acabou, eu vou me lembrar disso sempre!...» Então só me restava chorar como uma Madalena, suplicando-lhe que me considerasse de novo a sua filhinha, logo ela me beijava e me prometia não se lembrar de mais nada!... Para me consolar, pegava uma das suas bonecas e lhe A 24v dizia: «Minha querida, beija a tua tia.» Uma vez a boneca teve tanta pressa de me beijar ternamente que me enfiou os dois bracinhos no nariz... Celina, que não o fizera de propósito, olhava para mim estupefata, a boneca pendurada no nariz; a tia não demorou a repelir os abraços ternos demais da sobrinha e se pôs a rir de todo o coração de tão singular aventura.
Le plus amusant était de nous voir acheter nos étrennes, ensemble au bazar, nous nous cachions soigneusement l'une de l'autre. Ayant 10 sous à dépenser il nous fallait au moins 5 ou 6 objets différents, c'était à laquelle achèterait les plus belles choses. Ravies de nos emplettes, nous attendions avec impatience le premier jour de l'an afin de pouvoir nous offrir nos magnifiques cadeaux. Celle qui se réveillait avant l'autre s'empressait de lui souhaiter la bonne année, ensuite on se donnait les étrennes et chacune s'extasiait sur les trésors donnés pour 10 sous !...
O mais divertido era ver-nos comprar os nossos presentes de ano-novo, juntas no bazar, nos escondíamos cuidadosamente uma da outra. Tendo 10 tostões para gastar, precisávamos de pelo menos 5 ou 6 objetos diferentes, era para ver qual compraria as coisas mais bonitas. Encantadas com as nossas compras, esperávamos com impaciência o primeiro dia do ano para podermos trocar os nossos magníficos presentes. A que acordava primeiro apressava-se a desejar à outra um feliz ano-novo, depois trocávamos os presentes, e cada uma se extasiava diante dos tesouros dados por 10 tostões!...
Ces petits cadeaux nous faisaient presque autant de plaisir que les belles étrennes de mon oncle, d'ailleurs ce n'était que le commencement des joies. Ce jour-là nous étions vite habillées et chacune se tenait au guet pour sauter au cou de Papa ; dès qu'il sortait de sa chambre, c'étaient des cris de joie dans toute la maison et ce pauvre petit Père paraissait heureux de nous voir si contentes... Les étrennes que Marie et Pauline donnaient à leurs petites filles n'avaient pas une grande valeur mais elles leur causaient aussi une grande joie... Ah ! c'est qu'à cet âge nous n'étions pas blasées, notre âme dans toute sa fraîcheur s'épanouissait comme une fleur heureuse de recevoir la rosée du matin... Le même souffle faisait balancer nos corolles et ce qui faisait de la joie ou de la peine à A 25r l'une en faisait en même temps à l'autre. Oui nos joies étaient communes, je l'ai bien senti au beau jour de la première Communion de ma Céline chérie. Je n'allais pas encore à l'Abbaye n'ayant que sept ans mais j'ai conservé en mon coeur le très doux souvenir de la préparation que vous, ma Mère chérie, avez fait faire à Céline ; chaque soir vous la preniez sur vos genoux et lui parliez de la grande action qu'elle allait faire ; moi j'écoutais avide de me préparer aussi, mais bien souvent vous me disiez de m'en aller parce que j'étais trop petite, alors mon coeur était bien gros et je pensais que ce n'était pas trop de quatre années pour se préparer à recevoir le Bon Dieu...
Esses presentinhos nos davam quase tanto prazer quanto os belos presentes de meu tio, aliás era só o começo das alegrias. Nesse dia estávamos vestidas num instante e cada uma ficava à espreita para se atirar ao pescoço de Papai; assim que ele saía do quarto, eram gritos de alegria pela casa inteira, e esse pobre Paizinho parecia feliz de nos ver tão contentes... Os presentes que Maria e Paulina davam às suas filhinhas não tinham grande valor, mas também lhes causavam uma grande alegria... Ah! é que nessa idade não estávamos enfastiadas, a nossa alma, em todo o seu frescor, desabrochava como uma flor feliz de receber o orvalho da manhã... O mesmo sopro fazia balançar as nossas corolas, e o que alegrava ou entristecia A 25r uma alegrava ou entristecia ao mesmo tempo a outra. Sim, as nossas alegrias eram comuns, eu o senti bem no belo dia da primeira Comunhão da minha Celina querida. Eu ainda não ia à Abadia, pois tinha só sete anos, mas guardei no coração a dulcíssima lembrança da preparação que vós, minha Madre querida, destes a Celina; todas as noites vós a tomáveis sobre os joelhos e lhe faláveis da grande ação que ela ia fazer; eu escutava, ávida de me preparar também, mas muitas vezes vós me dizíeis que fosse embora porque eu era pequena demais, então o meu coração ficava bem apertado, e eu pensava que quatro anos não eram demais para alguém se preparar para receber o Bom Deus...
Un soir, je vous entendis qui disiez qu'à partir de la première Communion, il fallait commencer une nouvelle vie, aussitôt je résolus de ne pas attendre ce jour-là mais d'en commencer une en même temps que Céline... Jamais je n'avais autant senti que je l'aimais comme je le sentis pendant sa retraite de trois jours ; pour la première fois de ma vie, j'étais loin d'elle, je ne couchais pas dans son lit... Le premier jour, ayant oublié qu'elle n'allait pas revenir, j'avais gardé un petit bouquet de cerises que Papa m'avait acheté pour le manger avec elle, ne la voyant pas arriver j'eus bien du chagrin. Papa me consola en me disant qu'il me conduirait à l'Abbaye le lendemain pour voir ma Céline et que je lui donnerais un autre bouquet de cerises !... Le jour de la 1ère Communion de Céline me laissa une impression semblable à celle de la mienne ; en me réveillant le matin toute seule dans le grand lit, je me sentis inondée de joie. «C'est aujourd'hui!... Le grand jour est arrivé...» je ne me lassais pas de A 25v répéter ces paroles. Il me semblait que c'était moi qui allais faire ma 1ère Communion. Je crois que j'ai reçu de grandes grâces ce jour-là et je le considère comme un des plus beaux de ma vie...
Uma noite, eu vos ouvi dizer que, a partir da primeira Comunhão, era preciso começar uma vida nova, imediatamente resolvi não esperar esse dia, mas começar uma ao mesmo tempo que Celina... Nunca eu tinha sentido tanto que a amava como o senti durante o seu retiro de três dias; pela primeira vez na vida, eu estava longe dela, não dormia na sua cama... No primeiro dia, tendo esquecido que ela não ia voltar, eu tinha guardado um raminho de cerejas que Papai me comprara, para comê-lo com ela, e, não a vendo chegar, fiquei muito triste. Papai me consolou dizendo que me levaria à Abadia no dia seguinte para ver a minha Celina e que eu lhe daria outro raminho de cerejas!... O dia da 1.ª Comunhão de Celina deixou-me uma impressão semelhante à da minha; ao acordar de manhã sozinha na cama grande, senti-me inundada de alegria. «É hoje!... O grande dia chegou...» eu não me cansava de A 25v repetir essas palavras. Parecia-me que era eu que ia fazer a 1.ª Comunhão. Creio que recebi grandes graças nesse dia, e o considero um dos mais belos da minha vida...
3 de 15 · índice