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Parte III

Chapitre IV — De l’humilité pour l’extérieur

Capítulo IV — Da humildade quanto ao exterior

III.4 « Empruntez, dit Élisée à une pauvre veuve, et prenez force vaisseaux vides et versez l’huile en iceux ». Pour recevoir la grâce de Dieu en nos cœurs, il les faut avoir vides de notre propre gloire. La crécerelle criant et regardant les oiseaux de proie, les épouvante par une propriété et vertu secrète ; c’est pourquoi les colombes l’aiment sur tous les autres oiseaux, et vivent en assurance auprès d’icelle : ainsi l’humilité repousse Satan, et conserve en nous les grâces et dons du Saint-Esprit, et pour cela tous les saints, mais particulièrement le Roi des saints et sa Mère, ont toujours honoré et chéri cette digne vertu plus qu’aucune autre entre toutes les morales.

III.4 «Pedi emprestados, diz Eliseu a uma pobre viúva, e tomai muitos vasos vazios, e derramai neles o azeite». Para receber a graça de Deus em nossos corações, é preciso tê-los vazios da nossa própria glória. O peneireiro, gritando e olhando para as aves de rapina, espanta-as por uma propriedade e virtude secreta; por isso as pombas o amam acima de todas as outras aves e vivem em segurança junto dele: assim a humildade repele Satanás e conserva em nós as graças e os dons do Espírito Santo, e por isso todos os santos, mas particularmente o Rei dos santos e sua Mãe, sempre honraram e amaram ternamente esta digna virtude, mais que qualquer outra entre todas as virtudes morais.

Nous appelons vaine la gloire qu’on se donne ou pour ce qui n’est pas en nous, ou pour ce qui est en nous mais non pas à nous, ou pour ce qui est en nous et à nous, mais qui ne mérite pas qu’on s’en glorifie. La noblesse de la race, la faveur des grands, l’honneur populaire, ce sont choses qui ne sont pas en nous, mais ou en nos prédécesseurs, ou en l’estime d’autrui. Il y en a qui se rendent fiers et morgants pour être sur un bon cheval, pour avoir un panache en leur chapeau, pour être habillés somptueusement ; mais qui ne voit cette folie ? car s’il y a de la gloire pour cela, elle est pour le cheval, pour l’oiseau et pour le tailleur ; et quelle lâcheté de courage est-ce d’emprunter son estime d’un cheval, d’une plume, d’un goderon ? Les autres se prisent et regardent, pour des moustaches relevées, pour une barbe bien peignée, pour des cheveux crêpés, pour des mains douillettes, pour savoir danser, jouer, chanter ; mais ne sont-ils pas lâches de courage, de vouloir enchérir leur valeur et donner du surcroît à leur réputation par des choses si frivoles et folâtres ? Les autres, pour un peu de science, veulent être honorés et respectés du monde, comme si chacun devait aller à l’école chez eux et les tenir pour maîtres : c’est pourquoi on les appelle pédants. Les autres se pavonnent sur la considération de leur beauté, et croient que tout le monde les muguette. Tout cela est extrêmement vain, sot et impertinent, et la gloire qu’on prend de si faibles sujets s’appelle vaine, sotte et frivole.

Chamamos vã a glória que alguém se dá, ou por aquilo que não está em nós, ou pelo que está em nós mas não é nosso, ou pelo que está em nós e é nosso, mas não merece que nos gloriemos dele. A nobreza da linhagem, o favor dos grandes, a honra popular são coisas que não estão em nós, mas ou nos nossos antepassados, ou na estima alheia. Há quem se torne orgulhoso e altivo por estar montado num bom cavalo, por ter um penacho no chapéu, por andar vestido suntuosamente; mas quem não vê essa loucura? Porque, se há glória nisso, ela é do cavalo, da ave e do alfaiate; e que baixeza de ânimo é essa, de tomar emprestada a sua estima de um cavalo, de uma pluma, de uma gola de canudos? Outros se prezam e se miram por uns bigodes levantados, por uma barba bem penteada, por uns cabelos frisados, por umas mãos macias, por saberem dançar, jogar, cantar; mas não são baixos de ânimo, querendo encarecer o seu valor e acrescentar a sua reputação com coisas tão frívolas e levianas? Outros, por um pouco de ciência, querem ser honrados e respeitados por todo mundo, como se cada um devesse ir à escola na casa deles e tê-los por mestres: por isso lhes chamam pedantes. Outros se pavoneiam com a consideração da sua beleza e julgam que todo mundo os anda galanteando. Tudo isso é extremamente vão, tolo e impertinente, e a glória que se tira de motivos tão fracos chama-se vã, tola e frívola.

On connaît le vrai bien comme le vrai baume : on fait l’essai du baume en le distillant dedans l’eau, car s’il va au fond et qu’il prenne le dessous, il est jugé pour être du plus fin et précieux. Ainsi, pour connaître si un homme est vraiment sage, savant, généreux, noble, il faut voir si ses biens tendent à l’humilité, modestie et soumission, car alors ce seront des vrais biens ; mais s’ils surnagent et qu’ils veuillent paraître, ce seront des biens d’autant moins véritables qu’ils seront plus apparents. Les perles qui sont conçues ou nourries au vent et au bruit des tonnerres n’ont que l’écorce de perles, et sont vides de substance ; et ainsi les vertus et belles qualités des hommes qui sont reçues et nourries en l’orgueil, en la ventance et en la vanité, n’ont qu’une simple apparence du bien, sans suc, sans moelle et sans solidité.

Conhece-se o verdadeiro bem como o verdadeiro bálsamo: faz-se a prova do bálsamo deixando-o pingar na água, porque, se vai ao fundo e fica por baixo, é julgado do mais fino e precioso. Assim, para saber se um homem é verdadeiramente sábio, douto, generoso, nobre, é preciso ver se os seus bens tendem à humildade, à modéstia e à submissão, porque então serão verdadeiros bens; mas, se sobrenadam e querem aparecer, serão bens tanto menos verdadeiros quanto mais aparentes forem. As pérolas que são concebidas ou criadas ao vento e ao estrondo dos trovões só têm a casca de pérolas e são vazias de substância; e assim as virtudes e as belas qualidades dos homens que são recebidas e criadas no orgulho, na jactância e na vaidade só têm uma simples aparência do bem, sem suco, sem medula e sem solidez.

Les honneurs, les rangs, les dignités, sont comme le safran, qui se porte mieux et vient plus abondamment d’être foulé aux pieds. Ce n’est plus honneur d’être beau, quand on s’en regarde : la beauté pour avoir bonne grâce doit être négligée ; la science nous déshonore quand elle nous enfle et qu’elle dégénère en pédanterie. Si nous sommes pointilleux pour les rangs, pour les séances, pour les titres, outre que nous exposons nos qualités à l’examen, à l’enquête et à la contradiction, nous les rendons viles et abjectes ; car l’honneur qui est beau étant reçu en don, devient vilain quand il est exigé, recherché et demandé. Quand le paon fait sa roue pour se voir, en levant ses belles plumes, il se hérisse de tout le reste, et montre de part et d’autre ce qu’il a d’infâme ; les fleurs qui sont belles, plantées en terre, flétrissent étant maniées. Et comme ceux qui odorent la mandragore de loin et en passant reçoivent beaucoup de suavité, mais ceux qui la sentent de près et longuement en deviennent assoupis et malades, ainsi les honneurs rendent une douce consolation à celui qui les odore de loin et légèrement, sans s’y amuser ou s’en empresser ; mais à qui s’y affectionne et s’en repaît, ils sont extrêmement blâmables et vitupérables.

As honras, os postos, as dignidades são como o açafrão, que se dá melhor e cresce mais abundante por ser pisado. Já não é honra ser belo quando alguém se mira por isso: a beleza, para ter boa graça, deve ser descuidada; a ciência nos desonra quando nos incha e degenera em pedantismo. Se formos melindrosos quanto aos postos, aos assentos, aos títulos, além de expormos as nossas qualidades ao exame, à indagação e à contradição, tornamo-las vis e abjetas; porque a honra, que é bela quando recebida em dom, torna-se feia quando é exigida, procurada e pedida. Quando o pavão abre a roda para se ver, levantando as suas belas penas, eriça todo o resto e mostra de um lado e de outro o que tem de vergonhoso; as flores, que são belas plantadas na terra, murcham quando manuseadas. E, assim como os que cheiram a mandrágora de longe e de passagem recebem muita suavidade, mas os que a cheiram de perto e longamente ficam com isso entorpecidos e doentes, assim as honras dão uma doce consolação a quem as cheira de longe e de leve, sem se deter nelas nem se afanar por elas; mas, para quem se afeiçoa a elas e delas se alimenta, são extremamente censuráveis e vituperáveis.

La poursuite et amour de la vertu commence à nous rendre vertueux ; mais la poursuite et amour des honneurs commence à nous rendre méprisables et vitupérables. Les esprits bien nés ne s’amusent pas à ces menus fatras de rangs, d’honneurs, de salutations ; ils ont d’autres choses à faire : c’est le propre des esprits fainéants. Qui peut avoir des perles ne se charge pas de coquilles ; et ceux qui prétendent à la vertu ne s’empressent point pour les honneurs. Certes, chacun peut entrer en son rang et s’y tenir sans violer l’humilité, pourvu que cela se fasse négligemment et sans contention. Car, comme ceux qui viennent du Pérou, outre l’or et l’argent qu’ils en tirent, apportent encore des singes et perroquets, parce qu’ils ne leur coûtent guère et ne chargent pas aussi beaucoup leur navire ; ainsi ceux qui prétendent à la vertu ne laissent pas de prendre leurs rangs et les honneurs qui leur sont dûs, pourvu toutefois que cela ne leur coûte pas beaucoup de soin et d’attention, et que ce soit sans en être chargés de trouble, d’inquiétude, de disputes et contentions. Je ne parle néanmoins pas de ceux desquels la dignité regarde le public, ni de certaines occasions particulières qui tirent une grande conséquence ; car en cela, il faut que chacun conserve ce qui lui appartient, avec une prudence et discrétion qui soit accompagnée de charité et courtoisie.

A busca e o amor da virtude começam a tornar-nos virtuosos; mas a busca e o amor das honras começam a tornar-nos desprezíveis e vituperáveis. Os espíritos bem-nascidos não se entretêm com essas ninharias de postos, de honras, de saudações; têm outras coisas que fazer: isso é próprio dos espíritos ociosos. Quem pode ter pérolas não se carrega de conchas; e os que aspiram à virtude não se afanam pelas honras. Certamente, cada um pode tomar o seu lugar e manter-se nele sem violar a humildade, contanto que isso se faça com descuido e sem contenda. Porque, assim como os que vêm do Peru, além do ouro e da prata que de lá tiram, trazem ainda macacos e papagaios, porque lhes custam pouco e também não carregam muito o navio; assim os que aspiram à virtude não deixam de tomar os seus lugares e as honras que lhes são devidas, contanto, todavia, que isso não lhes custe muito cuidado e atenção, e que seja sem ficarem carregados de perturbação, de inquietação, de disputas e contendas. Não falo, contudo, daqueles cuja dignidade diz respeito ao público, nem de certas ocasiões particulares que trazem grande consequência; porque nisso é preciso que cada um conserve o que lhe pertence, com uma prudência e discrição que seja acompanhada de caridade e cortesia.

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