Parte III
Chapitre VII — Comme il faut conserver la bonne renommée pratiquant l’humilité
Capítulo VII — Como se deve conservar a boa fama praticando a humildade
III.7 La louange, l’honneur et la gloire ne se donnent pas aux hommes pour une simple vertu, mais pour une vertu excellente. Car par la louange nous voulons persuader aux autres d’estimer l’excellence de quelqu’un ; par l’honneur nous protestons que nous l’estimons nous-mêmes ; et la gloire n’est autre chose, à mon avis, qu’un certain éclat de réputation qui rejaillit de l’assemblage de plusieurs louanges et honneurs : si que les honneurs et louanges sont comme des pierres précieuses, de l’amas desquelles réussit la gloire comme un émail. Or, l’humilité ne pouvant souffrir que nous ayons aucune opinion d’exceller ou devoir être préférés aux autres, ne peut aussi permettre que nous recherchions la louange, l’honneur ni la gloire qui sont dus à la seule excellence. Elle consent bien néanmoins à l’avertissement du Sage, qui nous admoneste « d’avoir soin de notre renommée », parce que la bonne renommée est une estime, non d’aucune excellence, mais seulement d’une simple et commune prud’homie et intégrité de vie, laquelle l’humilité n’empêche pas que nous ne reconnaissions en nous-mêmes, ni par conséquent que nous en désirions la réputation. Il est vrai que l’humilité mépriserait la renommée si la charité n’en avait besoin ; mais parce qu’elle est l’un des fondements de la société humaine, et que sans elle nous sommes non seulement inutiles mais dommageables au public, à cause du scandale qu’il en reçoit, la charité requiert et l’humilité agrée que nous la désirions et conservions précieusement.
III.7 O louvor, a honra e a glória não se dão aos homens por uma simples virtude, mas por uma virtude excelente. Porque, pelo louvor, queremos persuadir os outros a estimar a excelência de alguém; pela honra, protestamos que nós mesmos a estimamos; e a glória não é outra coisa, a meu ver, senão um certo brilho de reputação que ressalta do conjunto de muitos louvores e honras: de sorte que as honras e os louvores são como pedras preciosas, de cujo ajuntamento resulta a glória, como um esmalte. Ora, a humildade, não podendo sofrer que tenhamos nenhuma opinião de sermos excelentes ou de devermos ser preferidos aos outros, também não pode permitir que procuremos o louvor, a honra nem a glória, que são devidos só à excelência. Consente, contudo, de bom grado no aviso do Sábio, que nos admoesta a «ter cuidado da nossa fama», porque a boa fama é uma estima, não de alguma excelência, mas somente de uma simples e comum probidade e integridade de vida, a qual a humildade não impede que reconheçamos em nós mesmos, nem, por conseguinte, que desejemos ter fama dela. É verdade que a humildade desprezaria a fama se a caridade não precisasse dela; mas, porque ela é um dos fundamentos da sociedade humana, e sem ela somos não só inúteis, mas danosos ao público, por causa do escândalo que ele recebe disso, a caridade requer e a humildade aprova que a desejemos e conservemos preciosamente.
Outre cela, comme les feuilles des arbres, qui d’elles-mêmes ne sont pas beaucoup prisables, servent néanmoins de beaucoup, non seulement pour les embellir, mais aussi pour conserver les fruits tandis qu’ils sont encore tendres ; ainsi la bonne renommée, qui de soi-même n’est pas une chose fort désirable, ne laisse pas d’être très utile, non seulement pour l’ornement de notre vie, mais aussi pour la conservation de nos vertus, et principalement des vertus encore tendres et faibles : l’obligation de maintenir notre réputation et d’être tels que l’on nous estime, force un courage généreux, d’une puissante et douce violence. Conservons nos vertus, ma chère Philothée, parce qu’elles sont agréables à Dieu, grand et souverain objet de toutes nos actions ; mais comme ceux qui veulent garder les fruits ne se contentent pas de les confire, ains les mettent dedans des vases propres à la conservation d’iceux, de même, bien que l’amour divin soit le principal conservateur de nos vertus, si est-ce que nous pouvons encore employer la bonne renommée comme fort propre et utile à cela.
Além disso, assim como as folhas das árvores, que por si mesmas não são muito de prezar, servem, contudo, de muito, não somente para embelezá-las, mas também para conservar os frutos enquanto ainda estão tenros; assim a boa fama, que por si mesma não é coisa muito desejável, não deixa de ser muito útil, não somente para o ornamento da nossa vida, mas também para a conservação das nossas virtudes, e principalmente das virtudes ainda tenras e fracas: a obrigação de manter a nossa reputação e de ser tais como nos julgam força um ânimo generoso, com uma poderosa e doce violência. Conservemos as nossas virtudes, minha cara Filoteia, porque são agradáveis a Deus, grande e soberano objeto de todas as nossas ações; mas, assim como os que querem guardar os frutos não se contentam de confeitá-los, mas os põem em vasos próprios para a sua conservação, do mesmo modo, ainda que o amor divino seja o principal conservador das nossas virtudes, podemos ainda empregar a boa fama como muito própria e útil para isso.
Il ne faut pas pourtant que nous soyons trop ardents, exacts et pointilleux à cette conservation, car ceux qui sont si douillets et sensibles pour leur réputation ressemblent à ceux qui pour toutes sortes de petites incommodités prennent des médecines : car ceux-ci, pensant conserver leur santé la gâtent tout à fait, et ceux-là, voulant maintenir si délicatement leur réputation, la perdent entièrement ; car par cette tendreté ils se rendent bizarres, mutins, insupportables, et provoquent la malice des médisants.
Não é preciso, porém, que sejamos demasiado ardentes, rigorosos e melindrosos nessa conservação, porque os que são tão delicados e sensíveis quanto à sua reputação se parecem com os que, por toda espécie de pequenos incômodos, tomam remédios: porque estes, pensando conservar a saúde, estragam-na de todo, e aqueles, querendo manter tão delicadamente a sua reputação, perdem-na inteiramente; porque, com essa melindrice, tornam-se caprichosos, teimosos, insuportáveis, e provocam a malícia dos maldizentes.
La dissimulation et mépris de l’injure et calomnie est pour l’ordinaire un remède beaucoup plus salutaire que le ressentiment, la conteste et la vengeance : le mépris les fait évanouir ; si on s’en courrouce, il semble qu’on les avoue. Les crocodiles n’endommagent que ceux qui les craignent, ni certes la médisance, sinon ceux qui s’en mettent en peine.
O fingir que não se vê e o desprezo da injúria e da calúnia são, de ordinário, um remédio muito mais salutar do que o ressentimento, a contestação e a vingança: o desprezo as faz desvanecer; se nos irritamos, parece que as confessamos. Os crocodilos só fazem mal aos que os temem, nem, certamente, a maledicência, senão aos que se afligem com ela.
La crainte excessive de perdre la renommée témoigne une grande défiance du fondement d’icelle, qui est la vérité d’une bonne vie. Les villes qui ont des ponts de bois sur des grands fleuves craignent qu’ils ne soient emportés à toutes sortes de débordements ; mais celles qui les ont de pierre n’en sont en peine que pour des inondations extraordinaires : ainsi ceux qui ont une âme solidement chrétienne méprisent ordinairement les débordements des langues injurieuses ; mais ceux qui se sentent faibles s’inquiètent à tout propos. Certes, Philothée, qui veut avoir réputation envers tous, la perd envers tous ; et celui mérite de perdre l’honneur, qui le veut prendre de ceux que les vices rendent vraiment infâmes et déshonorés.
O temor excessivo de perder a fama mostra uma grande desconfiança do seu fundamento, que é a verdade de uma boa vida. As cidades que têm pontes de madeira sobre grandes rios temem que sejam arrastadas a cada transbordamento; mas as que as têm de pedra só se preocupam com isso nas inundações extraordinárias: assim os que têm uma alma solidamente cristã desprezam ordinariamente os transbordamentos das línguas injuriosas; mas os que se sentem fracos inquietam-se a todo propósito. Certamente, Filoteia, quem quer ter reputação para com todos a perde para com todos; e merece perder a honra quem a quer receber daqueles que os vícios tornam verdadeiramente infames e desonrados.
La réputation n’est que comme une enseigne qui fait connaître où la vertu loge ; la vertu doit donc être en tout et partout préférée. C’est pourquoi, si l’on dit : vous êtes un hypocrite, parce que vous vous rangez à la dévotion ; si l’on vous tient pour homme de bas courage parce que vous avez pardonné l’injure, moquez-vous de tout cela. Car, outre que tels jugements se font par des niaises et sottes gens, quand on devrait perdre la renommée, si ne faudrait-il pas quitter la vertu ni se détourner du chemin d’icelle, d’autant qu’il faut préférer le fruit aux feuilles, c’est-à-dire le bien intérieur et spirituel à tous les biens extérieurs. Il faut être jaloux, mais non pas idolâtres de notre renommée ; et comme il ne faut offenser l’œil des bons, aussi ne faut-il pas vouloir contenter celui des malins. La barbe est un ornement au visage de l’homme, et les cheveux à celui de la femme : si on arrache du tout le poil du menton et les cheveux de la tête, malaisément pourra-t-il jamais revenir ; mais si on le coupe seulement, voire, qu’on le rase, il recroîtra bientôt après et reviendra plus fort et touffu. Ainsi, bien que la renommée soit coupée, ou même tout à fait rasée par la langue des médisants, « qui est, dit David, comme un rasoir affilé », il ne se faut point inquiéter, car bientôt elle renaîtra non seulement aussi belle qu’elle était, ains encore plus solide. Mais si nos vices, nos lâchetés, notre mauvaise vie nous ôte la réputation, il sera malaisé que jamais elle revienne, parce que la racine en est arrachée. Or, la racine de la renommée, c’est la bonté et la probité, laquelle tandis qu’elle est en nous peut toujours reproduire l’honneur qui lui est dû.
A reputação não é senão como uma tabuleta que dá a conhecer onde mora a virtude; a virtude deve, pois, ser preferida em tudo e por tudo. Por isso, se vos disserem: sois um hipócrita, porque vos entregais à devoção; se vos tiverem por homem de pouco ânimo porque perdoastes a injúria, zombai de tudo isso. Porque, além de tais juízos serem feitos por gente simplória e tola, ainda que se houvesse de perder a fama, nem por isso se deveria deixar a virtude nem desviar-se do seu caminho, visto que é preciso preferir o fruto às folhas, isto é, o bem interior e espiritual a todos os bens exteriores. É preciso sermos zelosos, mas não idólatras da nossa fama; e, assim como não se deve ofender o olhar dos bons, também não se deve querer contentar o dos maliciosos. A barba é um ornamento no rosto do homem, e os cabelos no da mulher: se se arranca de todo o pelo do queixo e os cabelos da cabeça, dificilmente tornará jamais a nascer; mas, se só se corta, ou mesmo se rapa, tornará a crescer logo depois e voltará mais forte e espesso. Assim, ainda que a fama seja cortada, ou mesmo de todo rapada, pela língua dos maldizentes, «que é, diz Davi, como uma navalha afiada», não é preciso inquietar-se, porque logo ela renascerá, não somente tão bela como era, mas ainda mais sólida. Mas, se os nossos vícios, as nossas covardias, a nossa má vida nos tiram a reputação, será difícil que ela jamais volte, porque a raiz foi arrancada. Ora, a raiz da fama é a bondade e a probidade, a qual, enquanto está em nós, pode sempre reproduzir a honra que lhe é devida.
Il faut quitter cette vaine conversation, cette inutile pratique, cette amitié frivole, cette hantise folâtre, si cela nuit à la renommée, car la renommée vaut mieux que toutes sortes de vains contentements ; mais si pour l’exercice de piété, pour l’avancement en la dévotion et acheminement au bien éternel on murmure, on gronde, on calomnie, laissons aboyer les mâtins contre la lune ; car s’ils peuvent exciter quelque mauvaise opinion contre notre réputation, et par ainsi couper et raser les cheveux et la barbe de notre renommée, bientôt elle renaîtra, et le rasoir de la médisance servira à notre honneur, comme la serpe à la vigne, qu’elle fait abonder et multiplier en fruits.
É preciso deixar essa conversação vã, esse trato inútil, essa amizade frívola, essa convivência leviana, se isso prejudica a fama, porque a fama vale mais do que toda espécie de vãos contentamentos; mas, se, por causa do exercício da piedade, do progresso na devoção e do encaminhamento para o bem eterno, murmuram, resmungam, caluniam, deixemos os mastins ladrar contra a lua; porque, se puderem suscitar alguma má opinião contra a nossa reputação, e assim cortar e rapar os cabelos e a barba da nossa fama, logo ela renascerá, e a navalha da maledicência servirá para a nossa honra, como a podadeira para a vinha, que ela faz abundar e multiplicar-se em frutos.
Ayons toujours les yeux sur Jésus-Christ crucifié ; marchons en son service avec confiance et simplicité, mais sagement et discrètement : il sera le protecteur de notre renommée, et s’il permet qu’elle nous soit ôtée, ce sera pour nous en rendre une meilleure, ou pour nous faire profiter en la sainte humilité, de laquelle une seule once vaut mieux que mille livres d’honneur. Si on nous blâme injustement, opposons paisiblement la vérité à la calomnie ; si elle persévère, persévérons à nous humilier : remettant ainsi notre réputation avec notre âme ès mains de Dieu, nous ne saurions la mieux assurer. Servons Dieu « par la bonne et mauvaise renommée », à l’exemple de saint Paul, afin que nous puissions dire avec David : « O mon Dieu, c’est pour vous que j’ai supporté l’opprobre et que la confusion a couvert mon visage ». J’excepte néanmoins certains crimes si atroces et infâmes, que nul n’en doit souffrir la calomnie quand il se peut justement décharger, et certaines personnes de la bonne réputation desquelles dépend l’édification de plusieurs ; car en ce cas, il faut tranquillement poursuivre la réparation du tort reçu, suivant l’avis des théologiens.
Tenhamos sempre os olhos em Jesus Cristo crucificado; caminhemos no seu serviço com confiança e simplicidade, mas sábia e discretamente: ele será o protetor da nossa fama, e, se permitir que ela nos seja tirada, será para nos dar outra melhor, ou para nos fazer progredir na santa humildade, da qual uma só onça vale mais que mil libras de honra. Se nos censurarem injustamente, oponhamos tranquilamente a verdade à calúnia; se ela perseverar, perseveremos em humilhar-nos: entregando assim a nossa reputação, com a nossa alma, nas mãos de Deus, não poderíamos assegurá-la melhor. Sirvamos a Deus «pela boa e pela má fama», a exemplo de são Paulo, a fim de podermos dizer com Davi: «Ó meu Deus, é por vós que suportei o opróbrio e que a confusão cobriu o meu rosto». Excetuo, contudo, certos crimes tão atrozes e infames que ninguém deve sofrer a calúnia deles quando se pode justamente livrar dela, e certas pessoas de cuja boa reputação depende a edificação de muitos; porque, nesse caso, é preciso procurar tranquilamente a reparação do dano recebido, segundo o parecer dos teólogos.