Parte III
Chapitre I — Du choix que l’on doit faire quant à l’exercice des vertus
Capítulo I — Da escolha que se deve fazer quanto ao exercício das virtudes
III.1 Le roi des abeilles ne se met point aux champs qu’il ne soit environné de tout son petit peuple, et la charité n’entre jamais dans un cœur qu’elle n’y loge avec soi tout le train des autres vertus, les exerçant et mettant en besogne ainsi qu’un capitaine fait ses soldats ; mais elle ne les met pas en œuvre ni tout à coup, ni également, ni en tous temps, ni en tous lieux. Le juste est « comme l’arbre qui est planté sur le cours des eaux, qui porte son fruit en son temps », parce que la charité arrosant une âme, produit en elle les œuvres vertueuses chacune en sa saison. « La musique », tant agréable de soi-même, « est importune en un deuil », dit le Proverbe. C’est un grand défaut en plusieurs qui, entreprenant l’exercice de quelque vertu particulière, s’opiniâtrent d’en produire des actions en toutes sortes de rencontres, et veulent, comme ces anciens philosophes, ou toujours pleurer ou toujours rire ; et font encore pis quand ils blâment et censurent ceux qui, comme eux, n’exercent pas toujours ces mêmes vertus. « Il se faut réjouir avec les joyeux et pleurer avec les pleurants », dit l’Apôtre ; et « la charité est patiente, bénigne », libérale, prudente, condescendante.
III.1 O rei das abelhas não sai aos campos sem estar rodeado de todo o seu pequeno povo, e a caridade nunca entra num coração sem alojar nele, consigo, todo o séquito das outras virtudes, exercitando-as e pondo-as em ação, assim como um capitão faz com os seus soldados; mas não as põe em obra nem todas de uma vez, nem igualmente, nem em todo tempo, nem em todo lugar. O justo é «como a árvore que está plantada junto às correntes das águas, que dá o seu fruto no seu tempo», porque a caridade, regando uma alma, produz nela as obras virtuosas, cada uma na sua estação. «A música», tão agradável por si mesma, «é importuna num luto», diz o Provérbio. É um grande defeito em muitos que, empreendendo o exercício de alguma virtude particular, se obstinam em produzir atos dela em toda espécie de ocasiões, e querem, como aqueles antigos filósofos, ou sempre chorar ou sempre rir; e fazem ainda pior quando censuram e repreendem os que, como eles, não exercitam sempre essas mesmas virtudes. «É preciso alegrar-se com os que se alegram e chorar com os que choram», diz o Apóstolo; e «a caridade é paciente, benigna», liberal, prudente, condescendente.
Il y a néanmoins des vertus lesquelles ont leur usage presque universel, et qui ne doivent pas seulement faire leurs actions à part, ains doivent encore répandre leurs qualités ès actions de toutes les autres vertus. Il ne se présente pas souvent des occasions de pratiquer la force, la magnanimité, la magnificence ; mais la douceur, la tempérance, l’honnêteté et l’humilité sont des certaines vertus, desquelles toutes les actions de notre vie doivent être teintes. Il y a des vertus plus excellentes qu’elles ; l’usage néanmoins de celles-ci est plus requis. Le sucre est plus excellent que le sel ; mais le sel a un usage plus fréquent et plus général. C’est pourquoi il faut toujours avoir bonne et prompte provision de ces vertus générales, puisqu’il s’en faut servir presque ordinairement.
Há, contudo, virtudes que têm um uso quase universal, e que não devem somente fazer os seus atos à parte, mas devem ainda derramar as suas qualidades nos atos de todas as outras virtudes. Não se apresentam muitas vezes ocasiões de praticar a fortaleza, a magnanimidade, a magnificência; mas a doçura, a temperança, a honestidade e a humildade são certas virtudes de que todas as ações da nossa vida devem estar tingidas. Há virtudes mais excelentes do que elas; o uso destas, porém, é mais necessário. O açúcar é mais excelente do que o sal; mas o sal tem um uso mais frequente e mais geral. Por isso é preciso ter sempre boa e pronta provisão destas virtudes gerais, já que nos devemos servir delas quase de ordinário.
Entre les exercices des vertus, nous devons préférer celui qui est plus conforme à notre devoir, et non pas celui qui est plus conforme à notre goût. C’était le goût de sainte Paule d’exercer l’âpreté des mortifications corporelles pour jouir plus aisément des douceurs spirituelles, mais elle avait plus de devoir à l’obéissance de ses supérieurs ; c’est pourquoi saint Jérôme avoue qu’elle était répréhensible en ce que, contre l’avis de son évêque, elle faisait des abstinences immodérées. Les Apôtres au contraire, commis pour prêcher l’Évangile et distribuer le pain céleste aux âmes, jugèrent extrêmement bien qu’ils eussent eu tort de s’incommoder en ce saint exercice pour pratiquer la vertu du soin des pauvres, quoique très excellente. Chaque vacation a besoin de pratiquer quelque spéciale vertu : autres sont les vertus d’un prélat, autres celles d’un prince, autres celles d’un soldat, autres celles d’une femme mariée, autres celles d’une veuve ; et bien que tous doivent avoir toutes les vertus, tous néanmoins ne les doivent pas également pratiquer, mais un chacun se doit particulièrement adonner à celles qui sont requises au genre de vie auquel il est appelé.
Entre os exercícios das virtudes, devemos preferir o que é mais conforme ao nosso dever, e não o que é mais conforme ao nosso gosto. Era gosto de santa Paula exercitar a aspereza das mortificações corporais para gozar mais facilmente das doçuras espirituais, mas ela devia mais à obediência aos seus superiores; por isso são Jerônimo confessa que ela era repreensível porque, contra o parecer do seu bispo, fazia abstinências imoderadas. Os Apóstolos, ao contrário, encarregados de pregar o Evangelho e de distribuir o pão celeste às almas, julgaram muitíssimo bem que teriam feito mal em se estorvar nesse santo exercício para praticar a virtude do cuidado dos pobres, ainda que excelentíssima. Cada vocação precisa praticar alguma virtude especial: umas são as virtudes de um prelado, outras as de um príncipe, outras as de um soldado, outras as de uma mulher casada, outras as de uma viúva; e, embora todos devam ter todas as virtudes, nem todos, contudo, as devem praticar igualmente, mas cada um se deve dedicar particularmente às que são requeridas pelo gênero de vida a que é chamado.
Entre les vertus qui ne regardent pas notre devoir particulier, il faut préférer les plus excellentes et non pas les plus apparentes. Les comètes paraissent pour l’ordinaire plus grandes que les étoiles et tiennent beaucoup plus de place à nos yeux ; elles ne sont pas néanmoins comparables ni en grandeur ni en qualité aux étoiles, et ne semblent grandes sinon parce qu’elles sont proches de nous et en un sujet plus grossier au prix des étoiles. Il y a de même certaines vertus lesquelles, pour être proches de nous, sensibles et, s’il faut ainsi dire, matérielles, sont grandement estimées et toujours préférées par le vulgaire : ainsi préfère-t-il communément l’aumône temporelle à la spirituelle, la haire, le jeûne, la nudité, la discipline et les mortifications du corps à la douceur, à la débonnaireté, à la modestie et autres mortifications du cœur, qui néanmoins sont bien plus excellentes. Choisissez donc, Philothée, les meilleures vertus et non pas les plus estimées, les plus excellentes et non pas les plus apparentes, les meilleures et non pas les plus braves.
Entre as virtudes que não dizem respeito ao nosso dever particular, é preciso preferir as mais excelentes e não as mais aparentes. Os cometas parecem de ordinário maiores do que as estrelas e ocupam muito mais lugar aos nossos olhos; não são, contudo, comparáveis às estrelas nem em grandeza nem em qualidade, e só parecem grandes porque estão perto de nós e numa matéria mais grosseira, em comparação com as estrelas. Do mesmo modo, há certas virtudes que, por estarem perto de nós, por serem sensíveis e, se assim se pode dizer, materiais, são grandemente estimadas e sempre preferidas pelo vulgo: assim prefere ele comumente a esmola temporal à espiritual, o cilício, o jejum, a nudez, a disciplina e as mortificações do corpo à doçura, à mansidão, à modéstia e às outras mortificações do coração, que, no entanto, são bem mais excelentes. Escolhei, pois, Filoteia, as melhores virtudes e não as mais estimadas, as mais excelentes e não as mais aparentes, as melhores e não as mais vistosas.
Il est utile qu’un chacun choisisse un exercice particulier de quelque vertu, non point pour abandonner les autres, mais pour tenir plus justement son esprit rangé et occupé. Une belle jeune fille, plus reluisante que le soleil, ornée et parée royalement et couronnée d’une couronne d’olives, apparut à saint Jean, évêque d’Alexandrie et lui dit : « Je suis la fille aînée du roi ; si tu me peux avoir pour ton amie je te conduirai devant sa face ». Il connut que c’était la miséricorde envers les pauvres que Dieu lui recommandait, si que, par après, il s’adonna tellement à l’exercice d’icelle, que pour cela il est partout appelé saint Jean l’Aumônier. Euloge Alexandrin, désirant faire quelque service particulier à Dieu, et n’ayant pas assez de force ni pour embrasser la vie solitaire ni pour se ranger sous l’obéissance d’un autre, retira chez soi un misérable tout perdu et gâté de ladrerie pour exercer en icelui la charité et mortification ; ce que pour faire plus dignement, il fit vœu de l’honorer, traiter et servir comme un valet ferait son maître et seigneur. Or, sur quelque tentation survenue tant au ladre qu’à Euloge de se quitter l’un l’autre, ils s’adressèrent au grand saint Antoine qui leur dit : « Gardez bien, mes enfants, de vous séparer l’un de l’autre ; car étant tous deux proches de votre fin, si l’ange ne vous trouve pas ensemble, vous courez grand péril de perdre vos couronnes ».
É útil que cada um escolha um exercício particular de alguma virtude, não para abandonar as outras, mas para manter o espírito mais exatamente ordenado e ocupado. Uma bela donzela, mais resplandecente que o sol, ornada e enfeitada como rainha e coroada com uma coroa de oliveira, apareceu a são João, bispo de Alexandria, e lhe disse: «Eu sou a filha primogênita do rei; se puderes ter-me por tua amiga, eu te conduzirei diante da sua face». Ele entendeu que era a misericórdia para com os pobres que Deus lhe recomendava, de sorte que, dali em diante, se entregou tanto ao exercício dela, que por isso é chamado em toda parte são João Esmoler. Eulógio de Alexandria, desejando prestar algum serviço particular a Deus, e não tendo força bastante nem para abraçar a vida solitária nem para se pôr sob a obediência de outro, recolheu em sua casa um miserável todo perdido e corroído de lepra, para exercitar nele a caridade e a mortificação; e, para o fazer mais dignamente, fez voto de honrá-lo, tratá-lo e servi-lo como um criado faria ao seu amo e senhor. Ora, sobrevindo tanto ao leproso como a Eulógio uma tentação de se deixarem um ao outro, recorreram ao grande santo Antão, que lhes disse: «Guardai-vos bem, meus filhos, de vos separar um do outro; porque, estando ambos perto do vosso fim, se o anjo não vos encontrar juntos, correis grande perigo de perder as vossas coroas».
Le roi saint Louis visitait, comme par un prix fait, les hôpitaux et servait les malades de ses propres mains. Saint François aimait surtout la pauvreté qu’il appelait sa dame ; saint Dominique, la prédication de laquelle son ordre a pris le nom. Saint Grégoire le Grand se plaisait à caresser les pèlerins à l’exemple du grand Abraham, et comme icelui, reçut le Roi de gloire sous la forme d’un pèlerin. Tobie s’exerçait en la charité d’ensevelir les défunts ; sainte Élisabeth, toute grande princesse qu’elle était, aimait surtout l’abjection de soi-même ; sainte Catherine de Gênes, étant devenue veuve, se dédia au service de l’hôpital. Cassien raconte qu’une dévote damoiselle, désireuse d’être exercée en la vertu de patience, recourut à saint Athanase, lequel à sa requête, mit avec elle une pauvre veuve, chagrine, colère, fâcheuse et insupportable, laquelle gourmandant perpétuellement cette dévote fille, lui donna bon sujet de pratiquer dignement la douceur et condescendance.
O rei são Luís visitava, como por tarefa ajustada, os hospitais e servia os doentes com as próprias mãos. São Francisco amava sobretudo a pobreza, a que chamava sua dama; são Domingos, a pregação, da qual a sua ordem tomou o nome. São Gregório Magno comprazia-se em acolher com carinho os peregrinos, a exemplo do grande Abraão, e, como ele, recebeu o Rei da glória sob a forma de um peregrino. Tobias exercitava-se na caridade de sepultar os mortos; santa Isabel, por grande princesa que fosse, amava sobretudo a abjeção de si mesma; santa Catarina de Gênova, tendo ficado viúva, dedicou-se ao serviço do hospital. Cassiano conta que uma devota dama, desejosa de ser exercitada na virtude da paciência, recorreu a santo Atanásio, o qual, a seu pedido, pôs com ela uma pobre viúva, rabugenta, colérica, impertinente e insuportável, a qual, ralhando perpetuamente com essa devota senhora, lhe deu bom motivo para praticar dignamente a doçura e a condescendência.
Ainsi entre les serviteurs de Dieu, les uns s’adonnent à servir les malades, les autres à secourir les pauvres, les autres à procurer l’avancement de la doctrine chrétienne entre les petits enfants, les autres à ramasser les âmes perdues et égarées, les autres à parer les églises et orner les autels, et les autres à moyenner la paix et concorde entre les hommes. En quoi ils imitent les brodeurs qui, sur divers fonds, couchent en belle variété les soies, l’or et l’argent pour en faire toutes sortes de fleurs ; car ainsi ces âmes pieuses qui entreprennent quelque particulier exercice de dévotion, se servent d’icelui comme d’un fonds pour leur broderie spirituelle, sur lequel elles pratiquent la variété de toutes les autres vertus, tenant en cette sorte leurs actions et affections mieux unies et rangées par le rapport qu’elles en font à leur exercice principal, et font ainsi paraître leur esprit
Assim, entre os servos de Deus, uns se dedicam a servir os doentes, outros a socorrer os pobres, outros a promover o progresso da doutrina cristã entre as criancinhas, outros a recolher as almas perdidas e desgarradas, outros a enfeitar as igrejas e ornar os altares, e outros a negociar a paz e a concórdia entre os homens. Nisso imitam os bordadores, que, sobre fundos diversos, assentam em bela variedade as sedas, o ouro e a prata, para com eles fazerem toda espécie de flores; porque assim essas almas piedosas que empreendem algum exercício particular de devoção servem-se dele como de um fundo para o seu bordado espiritual, sobre o qual praticam a variedade de todas as outras virtudes, mantendo desse modo as suas ações e afeições mais unidas e ordenadas pela relação que delas fazem com o seu exercício principal, e fazem assim aparecer o seu espírito
En son beau vêtement de drap d’or recamé,
Et d’ouvrages divers à l’aiguille semé.
Em seu belo vestido, em ouro recamado,
E de vário lavor à agulha semeado.
Quand nous sommes combattus de quelque vice, il faut, tant qu’il nous est possible, embrasser la pratique de la vertu contraire, rapportant les autres à icelle ; car par ce moyen nous vaincrons notre ennemi et ne laisserons pas de nous avancer en toutes les vertus. Si je suis combattu par l’orgueil ou par la colère, il faut qu’en toute chose je me penche et plie du côté de l’humilité et de la douceur, et qu’à cela je fasse servir les autres exercices de l’oraison, des sacrements, de la prudence, de la constance, de la sobriété. Car, comme les sangliers pour aiguiser leurs défenses les frottent et fourbissent avec leurs autres dents, lesquelles réciproquement en demeurent toutes fort affilées et tranchantes, ainsi l’homme vertueux ayant entrepris de se perfectionner en la vertu de laquelle il a plus de besoin pour sa défense, il la doit limer et affiler par l’exercice des autres vertus, lesquelles en affinant celle-là, en deviennent toutes plus excellentes et mieux polies ; comme il advint à Job, qui s’exerçant particulièrement en la patience, contre tant de tentations desquelles il fut agité, devint parfaitement saint et vertueux en toutes sortes de vertus. Ains il est arrivé, comme dit saint Grégoire Nazianzène, que par une seule action de quelque vertu, bien et parfaitement exercée, une personne a atteint au comble des vertus, alléguant Rahab, laquelle, ayant exactement pratiqué l’office d’hospitalité, parvint à une gloire suprême ; mais cela s’entend quand telle action se fait excellemment, avec grande ferveur et charité.
Quando somos combatidos por algum vício, é preciso, quanto nos for possível, abraçar a prática da virtude contrária, referindo a ela as outras; porque, por esse meio, venceremos o nosso inimigo e não deixaremos de avançar em todas as virtudes. Se sou combatido pelo orgulho ou pela cólera, é preciso que em todas as coisas eu me incline e me dobre para o lado da humildade e da doçura, e que a isso eu faça servir os outros exercícios da oração, dos sacramentos, da prudência, da constância, da sobriedade. Porque, assim como os javalis, para aguçar as presas, as esfregam e lustram com os outros dentes, os quais, reciprocamente, ficam todos muito afiados e cortantes, assim o homem virtuoso, tendo empreendido aperfeiçoar-se na virtude de que mais precisa para a sua defesa, deve limá-la e afiá-la pelo exercício das outras virtudes, as quais, ao afinarem aquela, se tornam todas mais excelentes e mais bem polidas; como aconteceu a Jó, que, exercitando-se particularmente na paciência, contra tantas tentações que o agitaram, se tornou perfeitamente santo e virtuoso em toda espécie de virtudes. Antes, aconteceu, como diz são Gregório Nazianzeno, que, por um só ato de alguma virtude, bem e perfeitamente exercido, uma pessoa chegou ao cúmulo das virtudes, citando Raab, a qual, tendo praticado com exatidão o ofício da hospitalidade, chegou a uma glória suprema; mas isso se entende quando tal ato se faz excelentemente, com grande fervor e caridade.